Santé publique France

Comment la cigarette est passée de mode chez les Français

Société Depuis plusieurs années, la cigarette semble avoir de moins en moins la faveur des Français. La preuve avec la baisse observée de près de 2 millions de fumeurs en moins entre 2014 et 2019

Baptiste Roux Dit Riche - 20 Minutes Production
— 
Relaxed man lying down at the meadow and listening to music
Relaxed man lying down at the meadow and listening to music — Getty Images

« J'ai décidé d'arrêter de fumer il y a onze ans ! Aujourd'hui, lorsque je croise un fumeur dans la rue, je me demande comment j'ai pu supporter cette odeur et cette dépendance quotidienne à la cigarette. » Lectrice de 20 Minutes, Sabrina incarne bien cette génération d'ex-fumeurs qui jugent aujourd'hui, avec beaucoup de fermeté, leur ancienne vie de « clopeur ». Les chiffres ne trompent d'ailleurs pas. En 2019, 30% de nos compatriotes de 18-75 ans déclaraient consommer de façon occasionnelle ou régulière du tabac contre 42% en 1974. Une baisse notable et continue qui a été rendue possible grâce à une série de mesures prises par les pouvoirs publics pour lutter contre la consommation : hausse de la taxation des produits du tabac, interdiction de fumer dans les lieux publics (2007-2008), et bien sûr campagnes de prévention dénonçant les méfaits de la cigarette. Mieux, cette mobilisation nationale a non seulement fait baisser l'usage de la cigarette mais aussi changé le regard de la société à son égard. « Nous assistons à un phénomène de dénormalisation du tabac, explique Karine Gallopel-Morvan, Professeur des universités au sein de l'École des hautes études en santé publique. Moins présente dans notre quotidien, la cigarette est désormais perçue de façon très négative par la population. Les Français ont notamment été très sensibilisés au tabagisme passif par Santé Publique France. Les repas de famille ou les soirées entre amis enfumés des années 80 ou 90 semblent désormais appartenir à un passé très lointain. »

La norme sociale liée au tabac évolue de plus en plus

Comment aller encore plus loin ? Il convient aujourd'hui de soutenir les motivations individuelles des fumeurs souhaitant se détacher du tabac (santé, économies, enfants...) par des mesures collectives toujours plus ambitieuses. Parmi les leviers les plus efficaces prônés par les spécialistes de la santé : une interdiction élargie - et stricte - de la cigarette dans les lieux publics, une hausse régulière du prix du paquet d’au moins 10%, et enfin, une application plus stricte de l’interdiction de la vente de tabac aux mineurs de moins de 18 ans. Si la France a beaucoup progressé sur ce sujet depuis plusieurs années, l'heure n’est pas encore venue de baisser la garde. Publié en 2019, un rapport sur le tabagisme réalisé par l'Organisation mondiale de la Santé plaçait ainsi l'hexagone - avec un taux de tabagisme de 29,7% derrière plusieurs de ses voisins européens comme l’Allemagne et l'Espagne (24,3% et 24,5%), l'Italie (21,3%) ou encore le Royaume Uni (17,8%). Il s'agit d'une question de santé mais aussi de dépense publique. Selon une étude - publiée fin 2015 - par Pierre-Alexandre Kopp, professeur d'économie à l'Université Panthéon-Sorbonne, le tabac coûterait encore à la France près de 120 milliards d'euros par an.

Protéger les plus jeunes de la première cigarette

Les plus jeunes doivent être au cœur du mouvement de dénormalisation en cours avec pour objectif qu'ils ne commencent jamais la cigarette, pour ne jamais avoir à l'arrêter. A l'image du parcours de Pierre, un lecteur quarantenaire de 20 Minutes qui témoigne de la difficulté de sortir de la cigarette après avoir commencé adolescent. « Je fume depuis l’âge de 17 ans. C'est une époque où il était important de ressembler aux copains et où la quasi-totalité de mon entourage fumait. J’ai finalement abandonné la cigarette 30 ans plus tard... Soit il y a un mois ! » Un défi d'autant plus complexe que les industriels du tabac ciblent massivement les jeunes à travers des campagnes marketing très efficaces et de nouveaux produits pensées pour eux. « L'industrie du tabac est toujours très maligne. Constatant que la cigarette traditionnelle avait désormais une mauvaise image, elle s'est par exemple engouffrée sur le marché de l'e-cigarette, en commercialisant des produits proposant des arômes et des designs séduisants, explique Karine Gallopel-Morvan. 

Le comportement tabagique débute à l’adolescence, il faut empêcher à tout prix l'industrie du tabac de toucher les plus jeunes ». Trente ans après la loi Evin sur la publicité, treize ans après l'interdiction de fumer dans les lieux collectifs, si l'image de cigarette semble de plus en plus dégradée dans la société française, le combat pour son éviction se poursuit donc. Le tabac continue d'ailleurs de tuer près 75 000 personnes chaque année dans notre pays. Le débat public sur les sujets de santé – notamment lors des prochaines échéances électorales – impactera la place du tabac dans notre société pour les années à venir. En espérant que la bonne dynamique enclenchée de dénormalisation ces dernières années se poursuive.

Ce contenu a été réalisé par 20 Minutes Production, l'agence de contenu de 20 Minutes, pour Santé publique France