Espace : La nouvelle explosion de Starship peut-elle mettre SpaceX (et Elon Musk) en difficulté ?
le boum de trop•Si SpaceX relève les progrès du nouveau vol test, réalisé dans la nuit de mardi à ce mercredi, les observateurs du secteur spatial pointent du doigt l’accumulation d’échecs, qui pourraient compromettre le programme ArtemisManon Minaca
L'essentiel
- Le dernier vol test de la fusée Starship de SpaceX s’est soldé la nuit dernière par une nouvelle explosion. L’entreprise, loin de considérer cette mission comme une déconvenue, met en avant les progrès effectués.
- Mais ce vol est considéré comme un échec par les spécialistes, les objectifs principaux n’ayant pas été atteints, notamment la rentrée atmosphérique contrôlée de l’étage supérieur, ratée pour la troisième fois consécutive.
- Ces échecs répétés interrogent sur la capacité du Starship à réaliser les futures missions lunaires Artemis dans les temps, sans toutefois remettre en cause la stabilité et la fiabilité de SpaceX.
Boum, boum, et reboum. Le dernier vol test de la mégafusée Starship de SpaceX, ce mercredi à 1h35 (heure française), s’est soldé par l’explosion – ou, pour reprendre le terme utilisé par l’entreprise, un « désassemblage rapide non programmé » – du booster après six minutes de vol, suivie de celle de l’étage supérieur en fin de mission. C’est la troisième fois consécutive que la société d’Elon Musk perd son vaisseau pendant un essai, une situation jamais vue depuis le début des vols de test du Starship.
Malgré cette énième explosion, le patron de SpaceX s’est réjoui sur son réseau social X d'« un gros progrès par rapport au précédent vol », relevant que le vaisseau avait « atteint l’étape de la coupure programmée des moteurs » et qu'« aucune perte significative de tuiles sur le bouclier thermique » n’a été relevée. L’entreprise a, elle, salué la première réutilisation du booster Super Heavy et le retour de l’étage supérieur dans l’espace, indiquant qu'« avec un test comme celui-là, le succès vient de ce que nous apprenons, et ce vol nous permettra d’améliorer la fiabilité du Starship ».
Tester pour progresser
Un discours qui ne surprend pas les observateurs du secteur spatial comme Benjamin Peter, chargé de l’actualité spatiale à la Cité de l’espace de Toulouse. « C’est la technique habituelle de SpaceX. Chaque fois que ça ne s’est pas passé exactement comme prévu, ils se focalisent sur les avancées, et il y en a eu. »
D’autant que les tests et les échecs sont « la façon de faire de SpaceX : ils lancent, ils cassent et ils apprennent », poursuit le spécialiste. Une technique efficace qui a déjà porté ses fruits et permis de développer la fusée Falcon 9, « la plus utilisée dans le monde aujourd’hui ». « Il n’y a rien de mieux que l’essai en taille réelle, détaille Benjamin Peter. On en apprend beaucoup plus en essayant qu’en simulant le vol avec des modèles. »
« On peut dire que c’est un échec »
Si les progrès effectués cette nuit sont indéniables, « on peut considérer le vol comme un échec, tranche le chargé d’actualité spatiale. Pas tellement parce que ça a explosé, mais plutôt parce que les objectifs étaient plus importants ». Le premier, réutiliser un booster Super Heavy, n’a été que partiellement atteint : le premier étage a décollé et s’est séparé du reste du vaisseau comme attendu, « un exploit incroyable », mais n’a pas réussi à effectuer une rentrée contrôlée et a explosé.
Autre « coup dur de ce vol », l’échec de la tentative de déploiement de faux satellites. « Ils ont vu qu’il y avait une avarie, donc ils ne se sont pas risqués à ouvrir la porte » qui devait les lâcher dans l’espace, décrit Benjamin Peter. Plus gênant encore, l’étage supérieur n’a pas réussi à rentrer dans l’atmosphère de manière contrôlée à cause d’une fuite d’un réservoir et a été perdu avant d’atteindre l’océan Indien, où il aurait dû finir sa course. « Ça fait trois fois qu’on essaie de lui faire faire une rentrée atmosphérique et qu’il n’y parvient pas, ça commence à faire beaucoup », pointe Benjamin Peter.
Les missions Artemis en danger
Des échecs d’autant plus inquiétants que SpaceX les accumule depuis le début de l’année, une situation à laquelle l’entreprise spatiale n’est pas habituée. « Depuis le tout premier test du Starship en avril 2023, qui s’est soldé par un échec, ils ont progressé de manière considérable à chaque vol », résume le spécialiste. Ces progrès se sont soldés par la récupération spectaculaire d’un booster dans les bras de la tour de lancement, en octobre dernier. « Mais tout ce qui a suivi depuis n’arrive pas au bout », relève-t-il, probablement en raison de la mise en service de la deuxième version du vaisseau spatial.
Cette situation met SpaceX dans une mauvaise posture vis-à-vis de la Nasa, dont les missions Artemis doivent ramener des hommes sur la Lune grâce au Starship en 2027. « Au vu de ce qu’il s’est passé cette nuit, ça paraît plus qu’ambitieux », commente Benjamin Peter. Surtout que pour atteindre ses objectifs lunaires, le vaisseau spatial devra non seulement réussir à atteindre l’espace, mais aussi parvenir à effectuer un ravitaillement en orbite terrestre, une manœuvre dont SpaceX est encore très loin.
Des retards qui pourraient coûter la nouvelle « course à la Lune » engagée entre les Etats-Unis et la Chine, qui a annoncé vouloir poser des hommes sur notre satellite d’ici à 2030. « Si tous les tests du Starship n’ont pas été réussis avant 2029 ou 2030, le programme Artemis sera battu par le programme chinois, ce qui serait un coup dur pour l’administration Trump quand on sait que c’est elle qui a lancé ce programme en 2019 », anticipe l’expert du secteur spatial.
SpaceX en danger ?
Pour le moment, les échecs successifs du Starship ne remettent pas en question les missions lunaires, ni même la stabilité de SpaceX. L’entreprise américaine, grâce à sa fusée Falcon 9, dispose d’une assise solide. « C’est ce qui permet d’envoyer des astronautes dans la Station spatiale internationale, d’y envoyer des cargos pour la ravitailler… », énumère Benjamin Peter. Et quand bien même la Nasa déciderait de rompre le contrat avec SpaceX sur Artemis, le spécialiste estime que « cela ne remettrait pas vraiment en cause le modèle économique de l’entreprise », même s’il s’agirait d’un « coup dur en termes d'image ».
Notre dossier sur l'espaceSpaceX, qui a obtenu en mai l’autorisation des autorités américaines d’augmenter la cadence du Starship de cinq à vingt-cinq vols par an, devra donc compter sur les prochains tests pour relever la tête. Elon Musk a d’ores et déjà annoncé que les trois prochains vols seraient plus rapprochés, avec « un prévu toutes les trois ou quatre semaines ».



















