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Pourquoi la première période des Bleus est à encadrer au Louvre

France - Irlande : « Quand on est tous connectés comme ça »… Cette première période des Bleus est à encadrer au Louvre

récitalLe XV de France a mené 22-0 à la pause jeudi soir, au sortir d’une des meilleures entames de match de l’ère Galthié
France-Irlande : Le brief-débrief de la victoire des Bleus
Nicolas Camus

Nicolas Camus

L'essentiel

  • Le XV de France a largement battu l’Irlande (36-14) jeudi soir pour son premier dans le Tournoi des Six Nations 2026.
  • La première période des Bleus a été particulièrement aboutie, avec trois essais inscrits, aucun point concédé et un plan de jeu parfaitement mis en œuvre, que ce soit dans l’intensité défensive ou les prises de libertés offensives.
  • Le sélectionneur Fabien Galthié a apprécié, les joueurs pris beaucoup de plaisir et le public du Stade de France avec eux. Décortiquons ensemble ce premier acte savoureux.

Au Stade de France,

Loin de nous la prétention d’être une mémoire vivante du rugby international, mais une première période comme celle qu’ont livré les Bleus jeudi soir face à l’Irlande en ouverture du Tournoi est d’une rareté exceptionnelle. « C’est l’une des plus abouties, clairement », confirme l’ancien capitaine Charles Ollivon du haut de ses 49 sélections. Parce que c’était l’Irlande en face, tout de même, et si cette équipe n’est plus ce qu’elle était il y a encore un an et demi, elle a prouvé autour de l’heure de jeu qu’elle n’avait pas non plus perdu dans le renouvellement de générations en cours tous les principes qui en ont fait la première nation mondiale.

Mais le XV de France s’est montré tout simplement intraitable pendant 40 minutes, entre densité physique monstre, rythme effréné et prises de risque fructueuses. On ne va pas faire comme si la seconde période, marquée par un gros trou d’air d’une quinzaine de minutes, n’avait pas existé. Mais comme le dit Louis Bielle-Biarrey, « les Irlandais avaient aussi le droit d’avoir des temps forts ». Alors prenons le temps, plutôt, de décortiquer cette petite œuvre d’art.

La discipline

Commençons par le moins sexy, mais certainement pas le moins important. Avant de lancer ce Tournoi, Fabien Galthié avait fait ses petits comptes de l’année 2025 et ils n’étaient pas bons. Du coup, le sélectionneur n’a pas arrêté de taper sur les doigts de ses joueurs lors de ce premier rassemblement pour qu’ils arrêtent de se faire sanctionner à tout bout de champ (10 pénalités concédées en moyenne par match). De la DI-SCI-PLINE, on vous dit ! « On en a parlé, reparlé, re-reparlé, re-re-reparlé pendant dix jours, en souriait Charles Ollivon après la rencontre. Jérôme (Garcès, le référent arbitrage des Bleus) nous avait présenté notre bilan, et notamment sur certains secteurs comme les hors-jeu, où on était vraiment en bas du classement mondial. On a beaucoup bossé. »

Les Français ont défendu l'acier tout en concédant un minimum de pénalités, comme ici Oscar Jegou.
Les Français ont défendu l'acier tout en concédant un minimum de pénalités, comme ici Oscar Jegou. - Julie SEBADELHA/AFP

Résultat, zéro pénalité concédée sur toute la première période, et quatre au final. Une performance rarissime, qui a fait plaisir au staff mais qui a surtout permis aux Français de ne laisser aucune munition aux Irlandais pour s’adonner à leur activité favorite : camper dans le camp adverse pour imposer d’interminables séquences de possession – et aplatir en bout de chaîne quand l’autre équipe est cramée, bien sûr. Ollivon reprend : « On ne voulait pas leur donner des pénalités au milieu du terrain, parce que c’est comme ça qu’ils rentrent dans les 22 adverses et qu’ils peuvent lancer leur jeu. Donc on ne voulait vraiment pas leur donner l’opportunité de rentrer dans notre zone de marque. »

Galthié pouvait se friser la moustache en tout cas en descendant des tribunes. « Ça a été dur à travailler, on a demandé aux joueurs de changer des habitudes. Mais je les remercie », a-t-il souligné. On en connaît qui seront contents qu’on leur lâche un peu la grappe là-dessus dans les jours à venir, mais attention, on peut compter sur le Lotois pour ne pas ranger sa réglette en fer trop loin.

La maîtrise des ballons hauts

Le grand drame de la Coupe du monde 2023, quand les Sud-Africains avaient renversé le quart de finale en balançant des chandelles dont les Bleus n’ont jamais trouvé quoi faire, hormis des fautes de main coupables. La météo aidant, avec cette fine pluie qui ne s’est quasiment pas arrêtée de la journée, les Irlandais ont exploré cette piste pendant toute la première période. Et ils sont tombés sur la Muraille de Chine. Particulièrement visé, Bielle-Biarrey a été un peu décontenancé. « Mais ça met dans le bain », a-t-il débriefé ensuite avec son relâchement toujours désarmant.

Thomas Ramos récupère un ballon haut brûlant juste devant Garry Ringrose alors que les Irlandais étaient en train de revenir dans le match en seconde période.
Thomas Ramos récupère un ballon haut brûlant juste devant Garry Ringrose alors que les Irlandais étaient en train de revenir dans le match en seconde période.  - Julie SEBADELHA/AFP

De l’autre côté, Théo Attissogbe a eu sa part également, et il s’en est très bien sorti – peut-être une pierre dans le jardin de Damian Penaud, au passage. Mais au-delà des deux ailiers, c’est tout le secteur arrière qui s’est mobilisé pour relever le défi. « On a été parfait sous les jeux au pied de pression sur la première partie du match, apprécie Fabien Galthié. On avait beaucoup de gens sur la zone, avec toujours un premier soutien au sol rapidement présent. Notre organisation était très en place alors que les conditions étaient difficiles. »

« C’est un secteur sur lequel on se sait attendus, ajoute Thomas Ramos. On le travaille beaucoup, et je crois qu’aujourd’hui notre stratégie est plutôt efficace. C’est bien de gagner un secteur comme ça, face à une nation qui se dit spécialiste. » Cette maîtrise est d’autant plus vitale qu’avec la nouvelle règle instaurée l’an dernier, qui interdit les escortes et oblige donc le réceptionneur à se débrouiller seul dans un premier temps, il est plus dur de gagner le ballon au duel donc tout se joue vraiment à la retombée.

Les prises de risques et l’amusement

Les conditions n’étaient pas idéales pour envoyer du jeu depuis les quatre coins du terrain, mais les Bleus s’y sont quand même attelés dès l’entame. Bielle-Biarrey a failli scorer dès la 3e minute, avant de trouver la faille au quart d’heure de jeu. Ce premier essai est venu d’une passe inspirée de Jalibert qui a obligé l’arrière irlandais Osborne à dégager en touche, que les Bleus ont joué très rapidement. Ramos, Depoortere puis Moefana, tous les trois quasiment sur un pas, ont décalé l’ailier bordelais, qui a mis les gaz pour semer tout le monde. Lisez l’analyse très juste de Matthieu Jalibert :

« C’était un point aussi sur lequel on voulait appuyer, mettre du rythme. L’équipe d’Irlande peut pêcher physiquement parfois, donc nous on voulait emballer le match et essayer de sortir un peu des structures qu’ils ont l’habitude de défendre et d’analyser en match. Ils sont très forts dans leur système, mais dès qu’on sort un peu de tout ça, ils sont plus en difficulté. Nous, avec la vitesse qu’on a derrière, on savait que les pénaltouches vite jouées ou les pénalités rapidement jouées, ça pouvait les mettre à mal. »

Le XV de France ne s’en est pas privé pendant ces 40 premières minutes. Avec pour les aider, il faut le dire, des ballons qui rebondissaient souvent du bon côté, comme sur le petit coup de pied par-dessus du numéro 10 qui retombe par miracle dans les mains de François Cros pour aboutir au troisième essai signé Charles Ollivon. On appelle ça provoquer la chance, non ? « On a mis de l’énergie, de l’engagement, relève Galthié. C’est une des performances les plus justes offensivement depuis longtemps. »

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Les joueurs ont pris du plaisir dans leur expression offensive, en tout cas. « Jouer des pénalités ou des touches très vite, tenter des choses, c’est toujours des prises de risque mais quand on est tous connectés comme ça, c’est là où on arrive à transformer ces prises d’initiative en choix qui paient, observe Bielle-Biarrey. Et c’est super plaisant. »

Cette notion d’amusement sur le terrain n’est pas tombée du ciel, selon Charles Ollivon. Le deuxième-ligne a constaté la différence d’état d’esprit entre les 10 derniers jours passés ensemble et le rassemblement de l’automne dernier à Marcoussis. « Tout ce qu’on s’est dit dans la semaine, on l’a retrouvé sur le terrain. Les connexions, devant, derrière. Alors que les conditions n’étaient pas ouf. Donner une explication, c’est difficile, mais j’ai l’impression qu’il y a eu beaucoup plus de plaisir sur les entraînements (par rapport à novembre). Peut-être que c’est ça aussi qui nous a permis d’avoir ce visage-là ce soir (jeudi). Franchement, on s’est régalé. » Et tout le public avec.