Alternance : 44 % des étudiants n'ont pas trouvé d'entreprise depuis la rentrée
Concurrence accrue•Très populaire, l’alternance n’échappe plus aux difficultés d’accès au contrat. Une réalité qui pèse sur de nombreux parcours étudiantsFostine Carracillo pour 20 Minutes
L'essentiel
- L’alternance conserve une forte adhésion des entreprises comme des étudiants, mais l’accès au contrat s’est nettement complexifié.
- Près de 44 % des candidats déclarent rencontrer des difficultés pour trouver une entreprise, dans un contexte de concurrence accrue.
- Les ruptures de contrats et l’accompagnement inégal font aujourd’hui de la sécurisation des parcours un enjeu central de l’alternance.
Pendant des années, l’alternance a été présentée comme la voie la plus directe entre l’école et l’emploi. Et, sur le papier, la promesse reste largement partagée. Le baromètre de l’Observatoire de l’alternance, réalisé par l’institut BVA pour la Fondation The Adecco Group, le cabinet Quintet Conseil et l’association Walt, montre un attachement toujours très fort au dispositif : 90 % des entreprises et 91 % des alternants se déclarent satisfaits, et 78 % des deux côtés lui attribuent une note supérieure à 8 sur 10. À mesure que l’apprentissage s’est imposé dans le supérieur, la mécanique s’est toutefois grippée sur un point devenu central : l’accès au contrat.
Un accès au contrat de plus en plus difficile pour les alternants
Le chiffre qui résume la tension actuelle est connu : 44 % des candidats à l’alternance déclarent rencontrer des difficultés pour trouver une entreprise, selon le baromètre 2024 de l’Observatoire de l’alternance. Dit autrement, une part importante d’étudiants entame l’année avec un dossier scolaire validé, mais sans entreprise d’accueil, donc sans certitude de pouvoir mener son parcours à son terme. Ces difficultés sont particulièrement marquées dans l’enseignement supérieur, comme le soulignent plusieurs études récentes sur l’alternance post-bac, même si les données publiques ne permettent pas d’isoler un pourcentage précis par niveau de diplôme.
Des centaines de candidatures pour quelques réponses
Ce qui ressort des témoignages recueillis par les acteurs de terrain, ce n’est pas seulement l’intensité de la concurrence, mais l’usure qu’elle engendre. Certains étudiants multiplient les candidatures, parfois par centaines, pour un nombre très limité de retours, le plus souvent négatifs ou standardisés. À force de relances et d’envois successifs, la recherche d’alternance prend des allures de processus mécanique, où l’investissement personnel ne garantit plus une réponse. L’absence de retour des recruteurs est devenue suffisamment fréquente pour être identifiée comme une pratique récurrente des processus de recrutement.
Un cadre financier moins incitatif pour les entreprises
Une partie des difficultés s’explique par l’évolution des incitations financières, devenues plus ciblées et parfois moins lisibles pour les employeurs. Le décret n° 2025-174 du 22 février 2025 a redéfini les conditions d’éligibilité à l’aide à l’embauche des apprentis, dans une logique de recentrage budgétaire. À compter du 1er juillet 2025, une participation obligatoire de 750 euros a également été instaurée pour les contrats d’apprentissage à partir du bac +3, conformément aux orientations du ministère du Travail. Dans ce contexte, de nombreuses entreprises, notamment les PME, ont ajusté leurs stratégies de recrutement, ce qui s’est traduit par un ralentissement observé des offres d’alternance au cours de l’année 2025, en particulier dans les structures les plus sensibles aux contraintes financières.
Un décalage persistant entre candidats et entreprises
Les chiffres mettent en lumière un paradoxe durable. Alors que 44 % des candidats déclarent avoir des difficultés à trouver une entreprise, 50 % des employeurs indiquent, de leur côté, peiner à identifier le profil correspondant à leurs besoins, selon l’Observatoire de l’alternance. L’image d’un marché riche en opportunités se heurte ainsi à une réalité plus contrastée, marquée par une forte concurrence et des attentes de plus en plus ciblées. Dans ce contexte, la sélection se resserre et de nombreux étudiants restent bloqués dans cette phase décisive où la candidature doit parvenir à se distinguer.
Signer un contrat ne suffit pas à sécuriser le parcours
Obtenir une alternance ne garantit pas un parcours sans rupture. Selon la Dares, 21 % des contrats d’apprentissage commencés en 2022 ont été rompus au cours de leurs neuf premiers mois, un niveau supérieur à celui observé avant la crise sanitaire. Pour les étudiants dont l’équilibre financier repose sur ce dispositif, une rupture peut avoir des conséquences immédiates, en remettant en cause la poursuite des études ou en imposant un changement de trajectoire non anticipé.
Des établissements sous tension face à l’engorgement du système
Face à ces difficultés, les centres de formation et les établissements d’enseignement supérieur occupent une place centrale dans le dispositif. Leur rôle dépasse désormais le seul accompagnement pédagogique et inclut un soutien accru à la recherche d’entreprises ainsi qu’un suivi plus individualisé des étudiants. Les données de l’Observatoire de l’alternance montrent toutefois que seuls 7 % des alternants déclarent avoir bénéficié d’un parcours d’intégration spécifique, et que 22 % indiquent ne pas avoir eu de tuteur ou de maître d’apprentissage, pourtant prévu dans le cadre du contrat.
Dans un contexte où l’alternance a atteint un niveau de déploiement élevé, les débats portent davantage sur la qualité et la stabilité des parcours que sur la seule augmentation des effectifs. L’accès au contrat, la continuité des formations et la lisibilité du dispositif constituent ainsi des points d’attention récurrents. À défaut d’évolutions sur ces aspects, la proportion d’étudiants sans entreprise à la rentrée pourrait cesser d’être marginale et s’inscrire plus durablement dans le paysage de l’enseignement supérieur.



















