IA : Gemini, le chatbot de Google, pourra-t-il bientôt prendre le contrôle de vos e-mails ?
fake off•Un post publié sur X alerte sur les nouvelles fonctionnalités dévolues à Gemini, l’outil d’IA de Google, qui pourrait, grâce à une lecture fouillée de nos e-mails, répondre à notre place, et même se faire passer pour nousEmilie Petit
L'essentiel
- Dans un post publié sur X, un internaute affirme, article à l’appui, que Gemini, grâce à la lecture d’e-mails reçus et envoyés depuis la création de votre boîte Gmail, pourrait réussir à envoyer des e-mails en se faisant passer pour vous.
- Un article titré « j’ai autorisé Gemini à accéder à mon compte Gmail, et c’est carrément flippant » et publié sur le site pcmag.com, le 5 novembre dernier, semble être en partie à l’origine de ce vent de panique.
- « Outre le fait qu’avec Gemini, il n’y aura parfois plus d’humain derrière certains e-mails qui seront envoyés, il y a, en plus d’un objectif économique fort, un but de surveillance et de manipulation extrêmement inquiétant », explique à 20 Minutes, la chercheuse spécialiste de l’IA, Laurence Devillers.
L’IA de Google, Gemini, prendra-t-il bientôt le contrôle de vos mails (voire de votre vie) ? Dans un post publié sur X et partagé plusieurs milliers de fois, un internaute affirme, article à l’appui, que Gemini, grâce à la lecture d’e-mails reçus et envoyés depuis la création de votre boîte Gmail, pourrait réussir à reproduire votre style d’écriture et vos gimmicks rédactionnels.
Voire même d’établir votre profil psychologique grâce aux nombreuses informations que peuvent contenir vos échanges numériques personnels et professionnels, et ainsi vous livrer une analyse approfondie et détaillée de vos névroses les plus intimes.
Un article publié sur le site pcmag.com, le 5 novembre dernier, semble être en partie à l’origine de ce vent de panique. Titré « j’ai autorisé Gemini à accéder à mon compte Gmail, et c’est carrément flippant », il raconte les échanges entre l’IA de Google et l’auteur.
Ainsi, ce dernier affirme que Gemini, grâce à l’analyse de « 16 ans d’historique de courriels », a pu lui livrer des informations très intimes sur ses relations amoureuses passées, tout en signant ses réponses du nom de l’auteur, « comme si c’était moi », s’étonne-t-il. Carrément flippant.
FAKE OFF
Un élément important précisé dans l’article de pcmag.com n’apparaît toutefois pas dans la publication postée sur X : les fonctionnalités de Gemini que teste l’auteur ne sont disponibles que pour les abonnés à l’AI Pro de Google. Les utilisateurs de Gmail n’ayant souscrit à aucun abonnement n’auront donc pas accès aux mêmes fonctionnalités, et Gemini n’aura, lui non plus, pas accès aux mêmes données, en théorie.
« Récupérer nos données, c’est en réalité le fonctionnement classique de n’importe quelle IA de type ChatGPT, Meta, etc. à partir du moment où on l’utilise », assure Laurence Devillers, chercheuse au CNRS, professeure en IA à Sorbonne Université et spécialiste des interactions affectives des gommes avec les machines. Pour elle, il ne fait donc aucun doute que Gemini, version pro ou non, exploite les données des utilisateurs de Gmail, Drive et du Chat de Google.
Un niveau de collecte intrusif
En mai 2025, une étude menée par l’entreprise de cybersécurité Surfshark avait mis en évidence l’utilisation particulièrement gourmande de Gemini pour les données de ses utilisateurs. En comparaison des autres chatbots d’IA qui collectent en moyenne 11 des 35 types de données possibles (coordonnées, historique de navigation, position géographique, contenus partagés, entre autres), Gemini en exploite, lui, le double. Un niveau de collecte intrusif et inquiétant quant au respect de la vie privée de ses utilisateurs.
Une pratique qui ne surprend pourtant pas la chercheuse : « Par exemple, le modèle économique de Meta repose sur la publicité. Pour en tirer des revenus, comment fait-il, à votre avis ? Dans un e-mail, vous racontez votre vie. Et ensuite, tout ça est "profilé" et vendu à tout un tas d’entreprises. Donc que les données soient prises pour modéliser votre profil et vendre vos données, ce n’est pas nouveau. »
Une « prothèse parfaite »
Outre l’aspect financier, le marché très compétitif de l’intelligence artificielle pourrait également expliquer les problèmes soulevés autour de la confidentialité des données exploitées par le chatbot de Google. Car pour pouvoir être plus performant que ses concurrents, Gemini doit pouvoir « se nourrir » plus et mieux.
« Même s’il n’y a pas forcément de grande révolution en matière d'IA, tout le monde s’excite sur Gemini, car avec ce nouvel outil, Google essaie de contre-attaquer OpenAI et ChatGPT notamment. C’est une véritable compétition ! Et la meilleure façon de concourir, c’est d’intégrer l’IA dans tout ce qu’on fait, de l’envisager comme un assistant qui écoute tout, tout le temps, et qui peut vous aider à n’importe quel moment sur n’importe quel sujet. On est sur la prothèse parfaite », estime Laurence Devillers.
La problématique du « biais de l’IA »
Un appui quotidien qui n’est pas sans danger. Si Gemini ne peut pas, pour l’heure, prendre le contrôle de nos mails sans notre accord, sa capacité à écrire à notre place est, elle, bien réelle. D’autant que l’utilisation du chatbot de Google lui permet d’avoir accès à un ensemble de données dont les journaux d’appels et de messages, et les contacts, en plus de l’historique de recherches Google et YouTube ainsi que la géolocalisation.
« Outre le fait qu’avec Gemini, il n’y aura parfois plus d’humain derrière certains e-mails qui seront envoyés, il y a, en plus d’un objectif économique fort, un but de surveillance et de manipulation extrêmement inquiétant. Surtout que ces machines sont tout sauf neutres », alerte la chercheuse.
Une référence au fameux « biais de l’IA » déjà pointé du doigt dans plusieurs études, les outils d’IA absorbant les préjugés humains, ce qui fausse ainsi ses données d’entraînement ou son algorithme, et entraîne une partialité dans ses réponses. Et Gemini, conçu selon un modèle anglo-saxon, n’y échappe pas.



















