Espace : Après plusieurs faux départs, le premier vol commercial d’Ariane 6 espéré ce jeudi
souveraineté européenne•Après deux reports (le dernier lundi à la dernière minute, Ariane 6 doit décoller ce jeudi avec à son bord le satellite militaire CSO-3, qui doit sécuriser l’accès autonome des Européens à l’Espace20 Minutes avec AFP
L'essentiel
- Le premier lancement commercial de la fusée Ariane 6, prévu ce jeudi depuis la Guyane française, vise à placer en orbite le satellite militaire français CSO-3 pour améliorer les capacités de renseignement du ministère de la Défense.
- Ce lancement est crucial pour restaurer la souveraineté spatiale européenne, après une période où l’Europe a été privée d’accès autonome à l’espace suite à l’arrêt de l’utilisation des fusées russes Soyouz.
- Le vol a déjà été reporté à deux reprises, la dernière in extremis, lundi, à quelques minutes du décollage de la fusée.
Pour la souveraineté spatiale européenne, l’enjeu est lourd. Le premier lancement commercial de la fusée Ariane 6 est attendu, ce jeudi, depuis la Guyane française, après avoir été repoussé à deux reprises.
Il avait été avorté lundi, trente minutes avant l’heure prévue, en raison du dysfonctionnement d’une vanne sur un des tuyaux d’avitaillement. Le lanceur était pourtant sur son pas de tir et le portique mobile qui protège la fusée, retiré. Les tests effectués avant le tir « montraient un comportement anormal », a expliqué le président exécutif d’Arianespace, David Cavaillolès. Par conséquent, « la seule bonne décision était d’interrompre la chronologie jusqu’à comprendre le dysfonctionnement et le traiter ».
Améliorer les capacités de renseignement du ministère de la Défense
Cette mission vise à sceller la souveraineté retrouvée de l’Europe spatiale. Le satellite CSO-3 (pour « composante spatiale optique »), qui doit être placé sur une orbite à 800 kilomètres, va compléter la mini-constellation de surveillance de la Terre pour le ministère français de la Défense et améliorera ses capacités de renseignement. Ce satellite attend depuis 2022 d’être lancé. Ses deux prédécesseurs ont été envoyés en 2018 et 2020 par des vaisseaux russes Soyouz.
Pour cette mission, la fenêtre de tir est à la seconde près, l’armée française souhaite une orbite précise pour optimiser la qualité des prises de vues. Si le lancement doit encore être reporté, il ne pourra être reprogrammé le lendemain, car la nécessaire vidange des réservoirs de carburant prend 48 heures. En revanche, le tir aura forcément lieu à 13h24 locales, quel que soit le jour.
Satellites bloqués depuis l’invasion de l’Ukraine
En Europe, seules la France et l’Italie disposent de satellites militaires, respectivement cinq avec celui qui doit être lancé jeudi et deux. De leur côté, les Etats-Unis comme la Chine comptent « des centaines » de satellites militaires ou civils et militaires, selon Philippe Steininger, auteur du livre « Révolutions spatiales » et consultant du Cnes, l’agence spatiale française.
Après le dernier vol d’Ariane 5 en 2023, Ariane 6 a décollé pour la première fois en juillet 2024. Son premier vol embarquant un satellite commercial doit sécuriser l’accès autonome des Européens à l’espace, puisqu’ils n’utilisent plus de Soyouz depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022. L’autre fusée européenne légère, Vega-C, n’a repris les vols qu’en décembre 2024, après avoir été immobilisée pendant deux ans dans la foulée d’un accident ayant entraîné la perte de satellites.
Notre dossier sur la fusée Ariane« L’Europe doit assurer sa propre sécurité », défend le directeur du transport spatial de l’Agence spatiale européenne, Toni Tolker-Nielsen. Il insiste sur la nécessité de viser plus de lancements annuels avec Ariane 6 : jusqu’à 12, contre cinq prévus en 2025. « Le nombre de lancements a explosé. Nous devons garder notre place », le conforte le général Jérôme Bellanger, chef de l’Etat-major de l’armée de l’air et de l’espace.


















