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Pourquoi certains pays interdisent-ils DeepSeek ?

Intelligence artificielle : Pourquoi certains pays interdisent-ils DeepSeek ?

CYBERSécuritéPlusieurs gouvernements ont déjà restreint l’utilisation du chatbot conversationnel DeepSeek, qui vient juste d’être lancé
Hakima Bounemoura

H. B. avec AFP

L’irruption du robot conversationnel de la start-up chinoise DeepSeek a stupéfié l’industrie de la tech par sa capacité à égaler ses concurrents américains pour un coût moindre, rebattant les cartes de l’intelligence artificielle (IA).

Mais ce chatbot à peine lancé, plusieurs gouvernements ont déjà restreint son utilisation, invoquant des menaces pour la sécurité nationale ou de potentielles fuites d’informations sensibles. « 20 Minutes » fait le point sur la situation.

Qui a interdit DeepSeek ?

L’Italie est le premier pays à avoir ouvert une enquête sur DeepSeek, à qui elle a interdit de traiter les données d’utilisateurs italiens. En 2023, l’organisme de surveillance italien avait déjà temporairement bloqué le chatbot d’OpenAI dans le pays, ChatGPT, pour des raisons de confidentialité.

Après l’Italie, les autorités taïwanaises ont interdit à leurs fonctionnaires et à des infrastructures clés d’utiliser les applications de la start-up chinoise, invoquant des risques pour « la sécurité nationale de l’information ». Cette décision a été suivie quelques jours plus tard par l’Australie.

En Corée du Sud, plusieurs ministères, dont celui qui supervise les relations avec la Corée du Nord, ont bloqué l’accès à DeepSeek sur leurs ordinateurs. Ces mesures de blocage concernent également les « PC militaires ».

Aux Etats-Unis, une proposition de loi a été présentée par des parlementaires pour empêcher l’utilisation de DeepSeek - qualifiée « d’entreprise affiliée au Parti communiste chinois » par le représentant Darin LaHood - sur les appareils du gouvernement pour des raisons de cybersécurité.

Que craignent-ils ?

Les conditions générales de DeepSeek renferment une section sur la transmission des données personnelles à des tiers, très semblable à celle de ChatGPT, le robot conversationnel de son rival américain OpenAI. Mais « en Chine, lorsque le gouvernement demande l’accès aux données des utilisateurs, les entreprises sont légalement tenues de les fournir », relève Youm Heung-youl, enseignant et spécialiste de la sécurité des données à l’université Soonchunhyang en Corée du Sud.

Selon la politique de confidentialité de DeepSeek, la start-up chinoise collecte également des informations sur « les frappes au clavier », c’est-à-dire toute interaction qu’un utilisateur effectue avec une touche de son clavier.

Pékin affirme pour sa part que le gouvernement chinois « n’exigera jamais des entreprises ou des individus qu’ils collectent ou stockent illégalement des données ».

Des inquiétudes justifiées ?

La décision de la Corée du Sud de restreindre l’utilisation de DeepSeek répond à de « véritables inquiétudes », mais témoigne également de « leur réflexe de suivre la ligne des Etats-Unis », souligne Vladimir Tikhonov, professeur d’études coréennes à l’université d’Oslo.

Séoul « ne peut pas opérer seule dans une situation de guerre à grande échelle. On s’attend donc plus ou moins à ce qu’elle suive les directives de l’armée américaine en matière de cybersécurité », ajoute le chercheur.

Mais, note-t-il, « aucune grande entreprise de la tech n’est politiquement neutre ». « Google stocke les données relatives à l’historique de navigation et il est naïf de penser qu’elles ne sont pas partagées avec des agences gouvernementales lorsqu’elles en font la demande », ajoute Vladimir Tikhonov. Il reconnaît toutefois que la collaboration des grandes entreprises de la tech avec les autorités chinoises est probablement « plus approfondie ».