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Les grandes sœurs traumatisent-elles vraiment leurs cadettes ?

« Big sister trauma » : Les cadettes qui vident leur sac contre leurs aînées exagèrent-elles un poil ?

TikTOkDepuis quelque temps, la trend « Big sister trauma » émerge sur les réseaux. Des petites sœurs racontent les sévices que leur ont fait vivre leurs grandes sœurs. La psychologue Laura Texido analyse ce phénomène
Farah Birhadiouen

Farah Birhadiouen

L'essentiel

  • Depuis quelques semaines la trend « Big sister trauma » émerge sur les réseaux sociaux.
  • Cette trend consiste à dénoncer les comportements parfois limite des grandes sœurs.
  • La psychologue Laura Texido analyse cette tendance.

«Mon big sister trauma à moi, c’est lorsqu’elle partait dire bonjour aux invités sans moi », « le mien c’est quand ma grande sœur me faisait payer pour que je puisse jouer avec elle ». Ce sont des vidéos que l’on peut voir émerger sous le hashtag « Big sister trauma », une tendance tik tok que l’on peut traduire par « traumatisme de la grande sœur ». Pour analyser ce phénomène 20 Minutes a interrogé la psychologue Laura Texido.

@lex.ctl

Et puis ça partait en chialade #bigsistertrauma

♬ original sound - emma

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Pourquoi le rapport entre une petite et une grande sœur est aussi conflictuel ?

Bien que cette nouvelle tendance laisse à penser que les relations entre sœurs seraient plus conflictuelles qu’une relation frère/sœur ou frère/frère, il est fondamental de ne pas faire de généralités sur les rapports que peuvent entretenir deux sœurs. Les relations fraternelles, de manière générale, peuvent être conflictuelles : et c’est normal. La famille est une sorte de « microsociété » et c’est au sein de ce système que l’enfant va petit à petit développer ses compétences sociales et émotionnelles, et notamment apprendre à intégrer les règles de la vie en communauté, apprendre ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas au sein d’une relation, et commencer à développer certaines compétences telles que l’empathie.

On pourrait donc tout à fait avoir « un big brother trauma » qui ressemblerait trait pour trait à la tendance actuelle ?

Le « degré » de conflit n’est pas attribuable au genre. Beaucoup de sœurs ont des rapports sains et bienveillants entre elles, tout comme beaucoup de frères peuvent avoir des rapports compliqués emplis d’agressivité. Ce n’est donc pas nécessairement une question de genre et dans le cas de situations conflictuelles au sein d’une fratrie, beaucoup d’autres facteurs sont à prendre en compte : l’environnement familial, la place du conflit dans le couple parental et dans la famille, les valeurs familiales, l’éducation, les compétences de résolution de conflits qui ont été transmises aux enfants, la capacité à communiquer, etc. donc à nouveau, cela n’a rien à voir avec le genre.

Comment cela se fait-il que la parole se libère aussi facilement vis-à-vis de ces schémas quasi-quotidiens ?

Ce n’est pas nécessairement le fait que la « parole se libère » sur ce sujet en particulier – qui en soit n’en est pas un, car le concept de « big sister trauma » n’existe pas en psychologie – ou alors je n’en ai pas connaissance. De nouveaux concepts peuvent apparaître sur les réseaux, et d’une certaine manière c’est intéressant car cela nous permet à tous de réfléchir sur certains sujets, néanmoins aucune étude n’a été réalisée sur ce sujet en particulier. Il faut donc rester vigilant et ne pas faire de surgénéralisation (du type « les sœurs se disputent plus que les frères »).

« Big sister trauma », est-ce vraiment un traumatisme ?

Il est important de se pencher sur la définition du trauma – un traumatisme à un impact durable sur le quotidien ainsi que sur le fonctionnement social et affectif d’une personne. Sans affirmer que tous les exemples partagés sur TikTok ne relèvent pas d’un réel traumatisme – car parfois ils peuvent l’être, notamment dans des situations de harcèlement ou de violences physiques/psychologiques dans la fratrie – la plupart semblent être le reflet d’interactions « typiques » que l’on retrouve traditionnellement au sein d’une fratrie (et peu importe le genre), et donc pas nécessairement traumatiques.

Il faut faire attention à l’utilisation des termes comme « traumatisme » sur les réseaux sociaux ?

Il faut donc effectivement faire attention à ce que l’on voit sur les réseaux sociaux et toujours garder un esprit critique. La psychologie est vulgarisée de manière excessive sur les réseaux et chacun y va de son interprétation, de ses hypothèses et de son « auto-diagnostic ». Des généralisations sont faites sans prendre en compte l’histoire familiale de chacun, ses particularités, son tempérament, ses vulnérabilités…

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Les réseaux sociaux ne peuvent pas faire office d’espaces thérapeutiques – s’il y a un réel traumatisme, une vraie blessure émotionnelle, il est important d’explorer tout cela avec un professionnel formé.