Passer au contenu principalPasser à l'en-têtePasser au pied de page
La Russie en perte de vitesse ? Ce que révèlent les « Kremlin leaks »

Russie : Propagande dans les films, censure et contrôle d’Internet… Le point sur les « Kremlin leaks »

Fuite de donnéesLundi, le média estonien « Delfi » a révélé comment le Kremlin assurait un réseau de propagande afin de faire réélire Vladimir Poutine en mars prochain
Lina Fourneau

Lina Fourneau

L'essentiel

  • Lundi, un média estonien a révélé des documents confidentiels autour d’un réseau de propagande et de contrôle de l’information financé par le Kremlin pour assurer la réélection de Vladimir Poutine.
  • Plusieurs organisations créées par le Kremlin, dont l’Institut de développement de l’Internet (IRI), reçoivent des centaines de millions d’euros pour produire des films et séries vantant les valeurs russes et ou pour exercer une censure d’Internet.
  • Les documents montrent aussi une surveillance accrue des jeunes dans les territoires occupés en Ukraine.

L’élection présidentielle en Russie approche et avec elle quelques failles du système politique russe. A l’approche du scrutin du 17 mars, le média estonien Delfi a révélé ce lundi la présence d’un important réseau de propagande sous-traité par le gouvernement à différentes organisations pour assurer la future victoire de Vladimir Poutine. 20 Minutes s’est posé plusieurs questions pour mieux comprendre les « Kremlin leaks ».

C’est quoi ces « Kremlin leaks » ?

Le média Delfi s’est procuré à la fin de l’année 2023 des documents expliquant comment le gouvernement russe avait misé 1,1 milliard de dollars pour entretenir une propagande dans le but de faire réélire Vladimir Poutine. Plusieurs médias européens – comme Der Spiegel en Allemagne ou Expressen en Suède – ont scruté les stratégies déployées sous trois axes : « les élections présidentielles, la guerre de l’information et les zones occupées en Ukraine », cite VSquare, un média d’Europe central. On y apprend que 740 millions d’euros ont été alloués aux futures élections de mars. Outre les sondages, des « études sociologiques » auraient ainsi été commandées en amont du vote.

Selon les analystes russes interrogés par le média, les documents confirment trois hypothèses : l’idéologie entretenue autour de l’Etat russe, la gestion économique de la propagande, ainsi que la perte de vitesse d’un régime qui se sentirait en danger.

On y trouve quoi concrètement ?

A travers cet énormissime fichier Excel, on comprend qu’une quinzaine d’ONG ont été créées par Poutine et ses proches. Toutes seraient liées au Kremlin. Parmi elles, on retrouve par exemple l’Institut de développement de l’Internet (IRI) – créé en 2015 – qui a reçu près de 220 millions d’euros. Sa mission ? Produire des jeux, des séries télévisées ou des films patriotiques pour « renforcer l’identité civique et les valeurs spirituelles et morales », tout en soutenant le contenu gouvernemental selon de nouvelles lignes thématiques ».

A l’approche de la présidentielle, l’Institut de développement de l’Internet a été chargé de proposer des films et des pièces de théâtre destinés à vendre la Russie, au détriment des pays occidentaux et de l’Ukraine. Le média russe Meduza en cite plusieurs : « la comédie « Slave 2 », le drame sur le patinage artistique « Ice 3 », la comédie musicale « The Town of Bremen » et le film de conte de fées "At the Pike’s Command" ». Des productions qui mettent en avant les « valeurs culturelles et traditionnelles » de la Russie.

La guerre actuelle en Ukraine est également au cœur des productions. La série 20/22 retrace par exemple une histoire d’amour entre un volontaire parti en mission humanitaire au Donbass et une opposante à la guerre.

La société est-elle aussi contrôlée ?

Il y a de fortes chances. D’après les informations recueillies par nos confrères, la guerre de l’information mentionnée dans les « Kremlin leaks » passe aussi par une censure d’Internet. Toujours d’après le média VSquare, les contenus inappropriés sont bloqués lorsque le Kremlin le souhaite. Un système de blocage a même été financé à hauteur de 10 millions d’euros à l’approche de la présidentielle. Sous le doux nom de « Système automatisé de sécurité Internet » ou ASBI, l’outil doit « résister à la diffusion d’information interdite ».

De son côté, le Centre d’étude de l’environnement des jeunes et de surveillance des réseaux ou CISM a pour mission de surveiller les jeunes générations dans les territoires occupés en Ukraine afin « d’informer des menaces émergentes et les manifestations destructrices ».

Que disent les « Kremlin leaks » de la Russie ?

Pour l’enseignant et chercheur à Sciences po, David Colon, ces révélations montrent une « grande fragilité du système poutinien ». Le régime « investit massivement dans une propagande de type soviétique en Russie comme dans les territoires occupés faute d’être assuré d’un solide et sincère soutien populaire », a-t-il résumé sur son compte X.