Instagram : Entre anonymat et liberté, les créateurs de contenu virtuels sont-ils l’avenir des réseaux sociaux ?
Monde virtuel•Comme beaucoup de créateurs de contenu, Hella partage quotidiennement sa passion pour la mode sur son compte Instagram. Sa particularité ? Hella existe seulement dans le monde virtuelLina Fourneau
L'essentiel
- Hella est une influenceuse virtuelle créée par une passionnée de mode travaillant dans ce milieu et souhaitant rester anonyme.
- Son double numérique lui ressemble mais n’est pas assez réaliste pour la reconnaître.
- « Pouvoir rester anonyme permet au compte de ne pas avoir trop d’impact sur ma vie de tous les jours. Et pour moi c’est assez important de pouvoir garder mon truc, ma personnalité, de pouvoir faire comme j’ai envie », souligne la créatrice d’Hella.
Dans son luxuriant jardin bordé de palmiers – et même d’un mur d’escalade – Hella nous ouvre les portes de sa vie, rythmée entre sa passion de la mode et la création de contenu. Sur son Instagram – suivi par 20.000 personnes – on y découvre aussi son splendide dressing où la jeune femme de 25 ans arbore chaque jour des pièces toutes plus tendances les unes que les autres : jupe léopard, pantalon en vinyle rouge ou veste blazer à rayures. Jusqu’ici rien de nouveau sous le soleil dans le monde de l’influence, sauf qu’Hella n’est pas une vraie personne, mais une sorte de double virtuel. « Ce n’est pas mon prénom, mais c’est vraiment moi, ma personnalité, mes intérêts, mes passions », raconte sa créatrice qui a minutieusement acheté une puce prépayée pour nous appeler ce mercredi après-midi.
Interdiction toutefois de la décrire comme une Intelligence artificielle (IA). Ça l’énerve. « C’est vraiment juste moi, avec une tête en 3D. Bien sûr, on pourrait philosopher des heures sur le fait que quand on fait de la 3D, on est aidé par de l’intelligence artificielle d’un logiciel ». Pas question non plus de savoir comment Hella existe techniquement. Pourtant en commentaires des vidéos, les internautes meurent d’envie de savoir. « Probablement Unreal engine », remarquent certains. « C’est de la réalité virtuelle ? », demandent d’autres. « C’est un peu un secret de fabrication. Pour l’instant, je ne veux pas trop en parler », répond la créatrice.
« C’est mon jardin secret »
Ici, l’anonymat est plus qu’important et la créatrice d’Hella tient à le préserver. Elle travaille dans la mode et se doit de garder un peu de mystère sur ce qu’elle fait au quotidien. « J’avais un compte avec ma vraie tête et on m’a dit à mon travail que c’était un peu compliqué ». A la suite de cette demande, elle envisage toutes les possibilités pour être présente numériquement sans faire de vague au boulot. Par chance, elle n’est pas seulement passionnée par la mode, mais aussi par les nouvelles technologies. « Le virtuel est quelque chose qui m’a toujours intéressé, c’est depuis longtemps dans ma tête ». En novembre, après des mois de modélisation, sa tête est enfin dévoilée. Son double lui ressemble, mais pas assez pour pouvoir être reconnaissable. Très vite, le compte cartonne auprès d’un public peu habitué au format. « Pour l’instant c’est assez inédit, je suis une des seules à faire ça ».
Depuis trois mois, le quotidien d’Hella évolue un peu plus quotidiennement. Des pièces se débloquent, des nouveaux formats aussi. « Comme j’ai une communauté grandissante, j’écoute ce que, eux, ils ont envie de faire. Je fais des propositions, je tente des trucs ». Pourrait-on par exemple imaginer de nouveaux personnages dans le monde d’Hella ? « Pour l’instant, j’ai la volonté d’avoir mon propre projet, de le faire dans mon coin. C’est mon jardin secret. Mes potes sont vaguement au courant ». Peut-être à l’avenir, elle réfléchira à enrichir son environnement. « Je ne me donne pas trop de barrières », en témoigne une vidéo où elle propose à ses abonnés de voter pour l’animal à adopter sur son monde virtuel.
Garder de la liberté dans l’influence
Au-delà de la mode, créer des contenus virtuels peut aussi devenir un moyen de se libérer des carcans de l’influence : la surproduction, la connexion permanente et bien sûr les remarques malveillantes reçues sur le physique. « Pouvoir rester anonyme permet au compte de ne pas avoir trop d’impact sur ma vie de tous les jours. Et pour moi c’est assez important de pouvoir garder mon truc, ma personnalité, de faire comme j’ai envie. A partir du moment où tu deviens un personnage public, ta vie ne t’appartient plus vraiment et je n’avais surtout pas envie de ça », souligne la créatrice d’Hella.
Contre toute attente, les marques – souvent plus passionnées par l’incarnation – sont friandes des contenus d’Hella. La jeune femme a même déjà été contactée pour des collaborations, même si elle ne peut pas trop plus en dire. « Des trucs inattendus, ça m’est un peu tombé dessus. Mais ça m’a donné hyper envie de continuer ». Pourtant la créatrice d’Hella ne se projette pas dans l’avenir. « Je me dis aussi que ça peut s’arrêter demain. J’ai surtout envie de faire des choses qui me plaisent et qui plaisent aussi aux gens qui sont intéressés par ce que je fais ».


















