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A TABLE !Emmanuelle Jary, une critique allergique à « l’uniformisation du goût »

Sur Instagram comme dans sa revue, la critique Emmanuelle Jary ne veut plus « de simple quiche saumon épinard »

A TABLE !Victime de son succès sur les réseaux sociaux, Emmanuelle Jary et son compte « C’est meilleur quand c’est bon » a adapté son format en une revue l’été dernier. Le troisième numéro sort ce jeudi
Les trois conseils d'Emmanuelle Jary, critique gastronomique, pour rater à coup sûr la dégustation d'un plat
Lina Fourneau

Lina Fourneau

L'essentiel

  • Sur YouTube, comme sur Instagram, l’aventure « C’est meilleur quand c’est bon » est un énorme succès. Derrière ces comptes, on retrouve l’amoureuse de la bonne bouffe Emmanuelle Jary et son éternel acolyte Mathieu Pansard.
  • Depuis juin, le duo a lancé une revue mêlant art de vivre et investigation culinaire. Le troisième numéro, dédié au mystérieux vin, sort ce jeudi en kiosque.
  • « 20 Minutes » a rencontré Emmanuelle Jary pour discuter de ce succès, mais aussi de sa passion pour la gastronomie ainsi que sa vision des tendances actuelles de la cuisine.

Le rendez-vous est donné dans une brasserie du 17e arrondissement. Le temps est pluvieux, mais l’ambiance feutrée du café parisien se veut chaleureuse. Un thé vert commandé plus tard, Emmanuelle Jary zieute les assiettes passer autour d’elle. Un tartare de bœuf, suivi d’une escalope de veau et d’une burrata. « Ça, vous voyez, on en voit vraiment partout. C’est l’uniformisation du goût ». Malgré ses 325.000 abonnés sur Instagram et 166.000 sur YouTube, l’animatrice du compte « C’est meilleur quand c’est bon » préfère l’authenticité des plats au côté tendance. Oubliez les avocado toast et les plats à l’huile de truffe, on parle ici de recettes originales, celles qu’on ne voit pas partout. « Il ne faut pas présupposer ce qu’aiment les gens. On ne mange pas dans les régions le dimanche midi comme on mange à Paris », note Emmanuelle Jary.

C’est sur ce constat que repose l’ADN des vidéos filmées avec son binôme et réalisateur [également mari, mais on n’avait pas franchement envie de rentrer dans le cliché de la « femme de »], Mathieu Pansard. Après vingt ans de carrière en tant que journaliste food, Emmanuelle Jary décide d’aller plus loin sur son expertise gastronomique en 2016 et de pousser les frontières de sa rédaction pour se tourner vers la vidéo. « Au début, j’ai fait ça pour m’amuser, peut-être avec la certitude que j’allais enfin dire les choses que je voulais dire ». Ce besoin est intrinsèquement lié à la passion sans limites d’Emmanuelle Jary pour la cuisine. « Petite, quand on voulait me calmer, on me mettait de la nourriture dans la bouche. Dans une interview, Rocco Siffredi disait que le sexe était le prisme à travers lequel il voyait sa vie, moi, c’est la cuisine ».

« Le bon, c’est toujours subjectif »

Quelques années et des milliers d’abonnées plus tard, l’aventure 2.0 « C’est meilleur quand c’est bon » est un franc succès. Pourtant Emmanuelle Jary ne connaissait pas les codes des réseaux sociaux au départ. Un compte Facebook personnel, rien de plus. « J’ai juste dit "on va faire comme je pense qu’il faut faire" ». Et d’ajouter : « Peut-être que si, en commençant, on avait deviné là où ça nous mènerait aujourd’hui, on aurait eu beaucoup plus peur ».

Désormais, pour chaque restaurateur à qui la critique rend visite, ce sont des centaines de nouveaux clients qui s’amassent près de la devanture chaque semaine. Une chance pour ce restaurant vietnamien, avenue de Choisy, qui, avant le tournag, e désespérait de sa clientèle disparue depuis la crise sanitaire du Covid-19. D’autres choisissent même d’éviter la promo. « Ils refusent notre venue parce que ça apporte trop de monde et qu’ils en ont déjà beaucoup ».

Sur le compte Instagram de « C’est meilleur quand c’est bon », il y a quelque chose de sincère, sans rentrer dans le négatif comme on l’attendrait d’un vieux critique. « Nous, notre truc, c’est surtout d’être un guide de bonnes adresses ». Sur son compte, Emmanuelle Jary ne filme que ce qu’elle aime. Si elle n’apprécie pas un restaurant, elle ne le filme pas. C’est aussi simple que cela. Mais alors, comment savoir ce que l’on apprécie manger ? « Le bon, c’est toujours subjectif ». En réalité, quand elle entre dans un restaurant, la critique privilégie toujours l’assiette au cadre. « On peut être dans le Sud sous un grand soleil et je préfère un truc sombre avec des néons justes parce que c’est bon ». A l’image du Tour de France qu’on regarde « pour les jolis paysages », Emmanuelle Jary trace désormais une cartographie gourmande des différentes régions. « Qu’elles soient connues ou pas, ce sont les adresses que j’aime ».

Une nouvelle revue appétissante

Une carrière remplie, des reportages et des grands voyages. Voilà un menu déjà bien complet et pourquoi s’arrêter là quand on a encore un peu faim ? Après l’entrée et le plat, Emmanuelle Jary ne serait pas du genre à louper le dessert dans l’aventure « C’est meilleur quand c’est bon ». Toujours avec son associé Mathieu Pansard, la critique gastro a décidé d’adapter ses contenus en revue, dont le premier numéro est paru en juin. « C’est notre grande aventure », résume-t-elle.

Un format novateur, graphique et très appétissant où se mêlent reportages, enquêtes, bonnes adresses et bien sûr des recettes, « celles qu’on ne voit pas ailleurs ». Derrière ce mantra, un goût amer laissé par une « quiche saumon épinard » glissée dans la deuxième revue (sortie en septembre). « Je me suis dit "plus jamais ça". Il y en a partout sur les réseaux sociaux, je n’avais pas envie que ce soit dans ma revue ».

Les enquêtes, elles aussi, se veulent novatrices. Le premier numéro s’intéressait à la piètre qualité de l’alimentation dans les stations-service et les gares. « Ça n’a même pas l’élégance d’être immonde, c’est du vide ». La deuxième revue à la consommation de viande. Là-dessus, Emmanuel Jary avait bien envie de dépiauter les idées reçues vues dans les commentaires de ses vidéos.

La cuisine, un sujet de société

« Des gens m’ont critiqué sur la consommation de viande. C’est ma culture. Si demain ça devient uniquement de l’élevage, j’arrêterai d’en manger ». Mais ce ne sera pas le seul débat sur la table : le vin, le fromage, la malbouffe. Avec le temps, la cuisine est devenue un sujet central au sein de notre société. « Ça ne l’était effectivement pas avant. Quand j’étais étudiante en ethnologie, mes professeurs me disaient "la cuisine en France, c’est bien gentil, mais ce n’est pas vraiment ethnologique comme sujet". Aujourd’hui je pense qu’on ne dirait plus la même chose. Il n’y a pas plus ethnologique comme sujet car il n’y a que les humains qui cuisinent et transforment leurs aliments ».

Dans sa revue, Emmanuelle Jary veut donc aborder tous les contours de la gastronomie, sans jamais devoir se limiter par les contraintes d’une rédaction. La bande dessinée dans la revue en est le parfait exemple. Ecrite depuis des années lors de ses voyages, le récit sera longtemps boudé par les éditeurs avant d’être adapté en épisode dans la revue, sous les jolis traits du célèbre auteur Christophe Gaultier. Elle sera même publiée prochainement à part – avec quatre histoires inédites – grâce à la création des éditions du Meilleur. Inutile de vous préciser qui se trouve derrière.

Emmanuelle Jary ne compte pas s’en arrêter là. Inutile de quitter la table, d’autres formats vont encore être démultipliés. Un livre de recettes – tiré à 100.000 exemplaires – est paru fin septembre. Et, en 2024, « C’est meilleur quand c’est bon » proposera de nouveaux formats courts où se mélangeront astuces de cuisine et des focus précis autour de la gastronomie. De quoi satisfaire l’appétit des abonnés.

Un nouveau numéro en kiosque ce jeudi

Pour son troisième numéro, en kiosque ce jeudi 30 novembre, la revue « C’est meilleur quand c’est bon » s’intéresse au vin et à ce qu’il se cache dans nos bouteilles. Une revue de plus en plus fouillée et de plus en plus graphique. Pour son prix (12,90 €), Emmanuelle Jarry promet à ses lecteurs des enquêtes gourmandes et des recettes festives à l’approche de Noël.

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