«Rocco»: Siffredi «a entre les jambes l’outil de sa gloire et son pire ennemi»

DOCU Thierry Demaizière et Alban Teurlai ont tenté de tirer le portrait de « Rocco Siffredi »…

Clio Weickert

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Rocco Siffredi dans le documentaire «Rocco»
Rocco Siffredi dans le documentaire «Rocco» — Emmanuel Guionet

Rocco Siffredi sous la douche, seul, nu et ruisselant. La caméra le caresse de la tête aux pieds, sans éluder son sexe. Une manière d’évacuer très vite le sujet « mensuration », de ne pas créer de faux suspense voyeuriste, de ne pas être « dans l’attente de voir la bête », explique Thierry Demaizière à 20 Minutes. Le journaliste - connu pour ses « portraits » dans 7 à 8 sur TF1 -, retrouve pour ce documentaire, sobrement intitulé Rocco, Alban Teurlai, avec qui il a coréalisé récemment Relève : Histoire d’une création, collant aux basques de Benjamin Millepied à l’Opéra de Paris. Changement de registre, donc, mais toujours cette volonté d’approcher ce qui meut un homme qui a fait de son corps un moyen d’expression.

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« Un athlète fatigué »

Vingt-quatre centimètres, 30 ans de carrière, 1.500 films et 5.000 partenaires, Rocco Siffredi, Tano de son vrai nom, est devenu un véritable mythe du porno. Initiateur du « gonzo », le hardeur et son célèbre appendice ont marqué à jamais l’industrie du film pour adulte. « Lorsqu’on fait un documentaire, explique Thierry Demaizière, on cherche toujours les grands caractères. Là, nous sommes tombés sur un monstre sacré, une sorte de Mike Tyson du porno. Un homme qui a un supplément d’âme et un supplément de sexe, qui est devenu le hardeur du siècle. »

Mais du haut de ses 52 ans, Rocco n’est plus aussi fringant. « On s’attendait à rencontrer un roi du porno, content de lui, confie Alban Teurlai, et on a découvert un type fracturé, fracassé, écorché vif. » Car mine de rien, trois décennies en tant que performer du sexe, ça use. « Il a des problèmes de prostate, de dos… C’est un athlète fatigué en fait. Il est quand même à un âge où c’est plus compliqué de faire des scènes de hard, qui peuvent durer jusqu’à 6 heures ! », explique Thierry Demaizière. Une carrière autant galvanisante qu’harrassante, qui a laissé des séquelles physiques (l’acteur décide d’ailleurs de raccrocher les gants), mais aussi des traces beaucoup moins visibles.

« Un Faust moderne »

« On arrive à un moment de sa vie où les choses se compliquent, éclaire Thierry Demaizière, où il a du mal à gérer être à la fois le père de famille, le mari et le hardeur. » Un homme torturé, en quête d’une stabilité familiale, mais dévoré par ses démons. « Il a à la fois entre les jambes l’outil de sa gloire et son pire ennemi, et c’est ingérable à 50 balais de continuer à faire ça avec des gosses qui grandissent. Mais arrêter est aussi une folie absolue car il est en manque comme un drogué, et c’est ça son enfer ! », dévoile le journaliste, qui entrevoit le hardeur comme un « Faust moderne ».

« Pour moi, ce documentaire, c’était aussi une analyse », reconnaît Rocco Siffredi. Une façon de faire face à ses démons, de se confronter à cette obsession sexuelle destructrice, et aussi de dévoiler une part de son âme à « ses fans ». « Je suppose que les gens qui vont voir le documentaire sont des gens qui m’ont vu dans des films, qui m’ont vu toujours faire la même chose. Ils vont donc vont vouloir comprendre, "c’est quoi Rocco ? Qu’est-ce qui se passe dans sa tête ?" ».

Et c’est peut-être là que le spectateur restera sur sa faim. Car si le documentaire dévoile une facette inédite de l’acteur, et en dit beaucoup sur le monde du porno, il peine à lever le voile sur Rocco Siffredi. Un paradoxe étonnant, puisque cet homme, que l’on connaît sous toutes les coutures et qui a fait de son intimité un mythe, demeure finalement impénétrable.