Décathlon : C’est quoi cette palme de plongée conçue par l’intelligence artificielle ?
FUTURE PROOTH•Décathlon a réinventé la palme de plongée pour minimiser son impact environnemental en convoquant l’IAChristophe Séfrin
L'essentiel
- Chez Décathlon, une nouvelle palme de plongée a fait son apparition dans les rayons pour l’été. Son nom : FF 500 React.
- Vendue une quarantaine d’euros, elle a été développée grâce à l’intelligence artificielle et aux outils de la firme Autodesk.
- Réduction du temps de développement, des process de fabrication, mais surtout de l’empreinte écologique du produit : les apports de l’IA sont nombreux, sans menacer la profession de designer.
Réinventer la roue ? Peut-être pas. La palme qui vous permettra de tutoyer les moraines, comme dans Le Grand Bleu, cet été, sans doute. C’est ce que propose Décathlon avec sa FF 500 React, une palme plongée et apnée actuellement vendue 39 euros, dont la conception a été rendue possible par l’IA. Quels sont les bénéfices apportés par l’intelligence artificielle pour métamorphoser un tel équipement ? En quoi peut-elle révolutionner le design, les process de fabrication ? Et quels sont ses bénéfices face aux enjeux environnementaux ? 20 Minutes a voulu en savoir plus et a interrogé la firme Autodesk, dont les outils ont permis à cette fameuse palme de se réinventer.
Vers des produits plus durables
A priori, rien de plus classique qu’une palme de plongée dédiée au grand public : un gros morceau de plastique, le plus souvent noir, dans lequel on glisse le pied, que l’on utilise pour se déplacer plus facilement, rapidement et efficacement sous l’eau. Oui, mais ça, c’était avant. Décathlon a souhaité revisiter ce banal équipement sportif qui, depuis quelques décennies, n’avait guère innové.
Et c’est avec Autodesk, l’un des leaders mondiaux de la conception et de la création numérique, que l’enseigne et ses designers ont souhaité repartir d’une page blanche. « Les entreprises doivent concevoir toujours plus, plus rapidement, pour des produits aux cycles de vie de plus en plus courts, mais aussi plus durables, en utilisant moins de matériaux et d’énergie », explique Bertrand Masure, ingénieur de solutions chez Autodesk à 20 Minutes.
50 % de matières premières économisées
Concevoir une nouvelle palme avec les logiciels de design génératif d’Autodesk, ce fut un peu comme d’adresser un « prompt » (une instruction) à ChatGPT. « En amont ont été intégrées les méthodes de fabrication, les contraintes mécaniques en flexion, en fréquence, en fatigue. Ont également été mis en exergue le choix des matériaux, le fait de renforcer la masse ou de renforcer mécaniquement le produit », décrypte Bertrand Masure. Puis l’IA fait ses propositions.
Les équipes de Décathlon ont aussi obtenu différents résultats sur lesquels ils ont travaillé. « La surprise a concerné la faible épaisseur proposée pour la palme. Les designers avaient des vrais a priori et étaient notamment perplexes sur sa résistante. Sans l’IA, ils ne seraient pas allés à ce niveau de dépouillement ». La quête vers la réduction de matériaux pour réduire l’empreinte énergétique de la FF 500 React a visiblement payé, puisque grâce à l’IA, 50 % de matière première a pu être économisée !
Mieux : la palme a pu être réalisée avec un seul polymère, ce qui permettra de simplifier sa revalorisation. Quant à son apparence, le constat est que l’IA fait œuvre de biomimétisme et génère des formes très organiques. Autodesk l’avait déjà constaté en travaillant avec Décathlon en 2020 sur un projet autour de la marque de vélo Van Rysel. L’idée était alors de réinventer le vélo de course.
Résultat là encore très organique, avec le prototype d’une fourche avant ressemblant… aux racines d’un arbre ! « C’est un élément assez intéressant : lorsque l’on alimente la machine avec toutes les données désirées, on se rend compte que l’on tend vers des formes qui s’inspirent de la nature », constate-t-on chez Autodesk. L’IA est-elle réponse à tout ? Autodesk le reconnaît : pour la palme FF 500 React de Décathlon, 20 % des propositions faites n’étaient pas réalisables ou dues à des « erreurs de convergences de données ».
L’IA, co-assistante des designers
Alors question : l’IA va-t-elle mettre les designers au chômage ? « Au contraire, elle agit comme co-assistante », tient à préciser Bertrand Masure, ingénieur de solutions chez Autodesk. Qui poursuit : « Jusqu’alors, le métier de designer consistait schématiquement à avoir des idées, à les exprimer en 3D, puis à les pousser vers un bureau des méthodes pour en connaître la faisabilité. Grâce à l’IA, le métier de designer évolue et va lui permettre de se concentrer sur les problématiques auxquelles il doit trouver des réponses ». Un designer, et non des moindres, s’est d’ailleurs déjà converti : Philippe Starck.
S’avouant un peu en panne d’inspiration en 2019 pour dessiner une nouvelle chaise, comme il en avait déjà tant dessiné, Starck s’était rapproché d’Autodesk et de son IA pour imaginer pour l’entreprise italienne Kartell la chaise du futur. Résultat : la bien nommée « A.I. », une chaise qui revendique sa filiation à l’intelligence artificielle, présentée à la Design Week de Milan en 2019 et toujours commercialisée.
Notre dossier Intelligence artificielleAprès la palme FF 500 React avec Décathlon, Autodesk risque de ne pas quitter l’univers du sport pour longtemps. La firme a été nommée plateforme officielle de conception et de fabrication des Jeux olympiques et Paralympiques de Los Angeles 2028. Jeux pour lesquels aucun nouveau site ne sera construit, la ville s’étant engagée à rénover et réadapter ceux existants. Et c’est Autodesk qui veillera à leur « restauration ». Comme la petite start-up déjà âgée de 40 ans l’avait fait pour Notre Dame de Paris…



















