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Elon Musk peut-il être viré de Tesla ?

Elon Musk peut-il être viré de Tesla ?

Siège éjectableEntre une grosse baisse des ventes en avril et des rumeurs de changement de PDG, la situation de Tesla et d’Elon Musk est précaire. Mais pas au point de virer l’entrepreneur… pour l’instant
Quentin Meunier

Quentin Meunier

L'essentiel

  • Tesla connaît une baisse significative de ses ventes en Europe, avec une chute des immatriculations de près de 60 % en France en avril par rapport à l’année précédente.
  • Plusieurs facteurs expliquent les difficultés de Tesla, notamment les positions politiques controversées d’Elon Musk, mais aussi la concurrence accrue dans le marché des véhicules électriques, et le positionnement haut de gamme de la marque qui limite son potentiel de croissance.
  • Des rumeurs ont circulé sur un possible remplacement d’Elon Musk à la tête de Tesla, bien que l’entreprise les ait démenties.

Elon Musk a bâti Tesla comme un empire, mais devra-t-il faire face à une révolte ? Entre sa personnalité, ses engagements politiques aux côtés de Donald Trump, mais aussi les faibles résultats de l’entreprise depuis quelque temps, des rumeurs sur son éventuel remplacement ont émergé.

En France, les immatriculations de Tesla ont continué de chuter en avril, avec une baisse de près de 60 % par rapport au même mois il y a un an. Dans l’Union européenne, alors même que les ventes de voitures électriques ont augmenté de 24 % entre mars 2024 et mars 2025, le nombre de véhicules Tesla écoulé, lui, a diminué de 28 % selon l’ACEA, l’association des constructeurs automobiles européens.

Plusieurs facteurs expliquent les problèmes de Tesla

Alors que les appels au boycott se multiplient contre les produits américains, faut-il voir un lien entre la baisse des ventes de Tesla et la personnalité politique d’Elon Musk ? L’homme d’affaires, également à la tête de SpaceX et X, est l’un des plus proches conseillers de Donald Trump, et s’est fait remarquer pour ses prises de position contre les personnes trans ou ses décisions à la tête du Doge, la nouvelle agence de « l’efficacité gouvernementale », chargée de réduire la dépense publique américaine à la tronçonneuse. Fin avril, dans un communiqué revenant sur ses résultats financiers décevant, le groupe évoquait à demi-mot « le changement des sensibilités politiques » comme facteur.

« C’est d’autant plus vrai que la question de l’électrique fait l’objet d’une polarisation encore plus forte aux Etats-Unis, rappelle Bernard Jullien, maître de conférences en économie à l’Université de Bordeaux, spécialiste de l’industrie automobile. Jusqu’à présent, Tesla réalisait une grande partie de ses ventes aux Etats-Unis, auprès d’un public très démocrate. » « Elon Musk est plus impopulaire que Trump, et son statut de milliardaire qui s’attaque aux fonctionnaires est un élément du récit politique démocrate », rappelle Jérôme Viala-Godefroy, docteur en civilisation américaine. Selon un sondage du Pew Research Center paru en février, 54 % des Américains avaient une opinion négative sur le patron du Doge.

Mais ce n’est pas la seule explication à ce trou d’air de la marque. « L’incertitude sur les marchés de l’automobile et de l’énergie continue d’augmenter tandis que l’évolution rapide de la politique commerciale affecte négativement la chaîne mondiale d’approvisionnement et la structure de coûts de Tesla et de nos pairs », détaille l’entreprise dans son communiqué. Mais surtout, la dynamique est plus ancienne. « L’entreprise bénéficiait d’un avantage aux pionniers, qui est en train de s’écrouler, explique Bernard Jullien. Les concurrents se sont aussi mis à l’électrique, que ce soit Volkswagen, Renault, BMW ou BYD en Chine. On observait déjà un ralentissement avant son soutien explicité à Donald Trump en juillet 2024. »

Autre problème, le positionnement de la marque. Le segment d’acheteurs pouvant s’offrir une voiture électrique haut de gamme n’est pas extensible à l’infini. Pour Bernard Jullien, cette déconvenue de Tesla rappelle aussi que, dans le secteur automobile, « il y a un avantage considérable à être déjà installé ». « Les investisseurs de Tesla ont compris que vendre des voitures, ça n’a jamais fait des marges incroyables », complète Julien Pillot, économiste et enseignant-chercheur à l’Inseec Grande Ecole.

Elon Musk sur la sellette

Politique ou pas, toujours est-il qu’Elon Musk est attendu dans son bureau chez Tesla. Selon une enquête du Wall Street Journal, le conseil d’administration aurait lancé une recherche pour remplacer son directeur, lassé de le voir délaisser Tesla pour ses missions au sein du Doge. L’entreprise a rapidement démenti sur le réseau social X, dans un post signé Robyn Denholm, présidente du conseil d’administration. « Le PDG de Tesla est Elon Musk et le conseil est très confiant dans sa capacité à continuer à mettre en place son plan de croissance », écrit-elle. Malgré ce démenti, « il serait opportun que quelqu’un d’autre prenne la tête de Tesla, venu du monde de l’automobile plutôt que de la tech, avance Bernard Jullien. Et cela rassurerait les investisseurs d’avoir quelqu’un qui expose moins l’entreprise aux risques politiques. »

Et même si ce n’est pas la première fois que le cours de Tesla dévisse, cette situation égratigne l’image de « serial entrepreneur » d’Elon Musk. « Le succès avait une dimension contagieuse, le doute aussi, commente le maître de conférences. On se met à voir différemment certains de ses projets comme l’Hyperloop ou les taxis autonomes. » « En moyenne, les investisseurs sont assez rationnels et ne mélangent pas les pommes et les raisins, nuance Julien Pillot. Même si elles ont pour point commun Elon Musk, chacune de ses entreprises a ses propres enjeux et perspective de croissance. Et les investisseurs se soucient moins de l’éthique que de la performance à moyen ou long terme. »

Sentant la situation se dégrader, Elon Musk a déjà fait savoir, au moment de la publication des résultats de Tesla, qu’il comptait consacrer plus de temps à l’entreprise et prendre du recul sur ses missions politiques. « Avec la défaite des républicains dans l’élection d’un représentant, dans laquelle Musk s’était beaucoup investie, cela fait plusieurs défaites, et on peut voir une forme d’épuisement psychologique, décèle Jérôme Viala-Godefroy. Mais il a encore l’oreille du président, ce sera un départ à l’amiable. » De son côté, Donald Trump a affirmé que Musk peut « rester aussi longtemps qu’il le veut », tout en reconnaissant qu’à un moment il « voudra retourner à ses voitures ». Pour le président des Etats-Unis, c’est sûrement un mal pour un bien aussi : devant les médias américains, Elon Musk a reconnu que le Doge était encore loin des objectifs d’économie fixés en début de mandat.