JO de Paris 2024 : La flamme du recyclage des équipements sportifs en fin de vie est allumée !
JO de Paris 2024•À l’occasion des Jeux olympiques et paralympiques, zoom sur le recyclage de notre matériel de sport usagé, de mieux en mieux organiséChristophe Séfrin
L'essentiel
- L’éco organisme Ecologic profite des JO de Paris 2024 pour sensibiliser le public au recyclage des équipements sportifs, une filière en pleine expansion.
- De la balle de ping-pong à la toile de tente, en passant par le vélo ou la raquette de tennis, le matériel en fin de vie doit être collecté, recyclé, valorisé.
- De leur côté, les fabricants doivent, eux, redoubler d’efforts, pour concevoir des équipements plus responsables et mieux valorisables.
Ce sont de nouveaux gestes qu’il faut apprendre. La balle de tennis fatiguée, le volant de badminton déchiré, mais aussi les skis d’une autre génération, les chaussures à crampons percées, ou la Quechua à la toile déchirée par un grizzli lors de votre dernier boot camp : tous ces équipements sportifs ne doivent plus être jetés, mais re-cy-clés ! Du moins en France, où l’éco organisme Ecologic développe depuis deux ans une filière dédiée. Une première mondiale qui fait déjà des envieux.
Dix Tour Eiffel à la poubelle
Les chiffres communiqués sont éloquents. Il se vend chaque année en France 150.000 tonnes de matériel sportif. Et il s’en jette chaque année 100.000 tonnes. Le poids de dix Tour Eiffel ! Depuis deux ans, l’éco-organisme Ecologic (financé par l’écocontribution) est chargé de mettre en place une filière dédiée à ces produits en France : dans la distribution, les déchetteries, les réseaux d’économie sociale et solidaire, les associations, les fédérations sportives, les collectivités… Un premier chantier d’une ampleur considérable qui se double d’un second : le réemploi et la valorisation des matières premières issues des produits collectés.
À chaque produit, son dispositif
Et là, tous les équipements ne sont pas logés à la même enseigne. « Il faut trouver pour chaque type de produit le dispositif adapté », explique Quentin Bellet, responsable affaires publiques d’Ecologic. Pour les vélos en fin de vie (premier gisement d’équipements sportifs), pas de problème. « C’est un produit qui se répare très bien, qui est très réparé, qui se réemploie et se recycle facilement », note Quentin Bellet. Un vieux bicloune pourra selon son état vivre une nouvelle vie, ou voir l’aluminium qui le compose réemployé dans l’industrie de l’automobile.
Composées de feutrine, de caoutchouc et de plastique, les balles de tennis usagées rebondiront sous forme de sol sportif souple… en attendant peut-être de finir en chaussures de sport (un projet est actuellement à l’étude). « On travaille aussi en R & D sur le recyclage du néoprène des combinaisons de plongée », explique le responsable affaires publiques d’Ecologic. De leur côté, les équipements de sport électroniques, les articles de sport textile et les classiques tennis ou sneakers doivent rejoindre des filières de collecte et de recyclage spécifiques déjà parfaitement rodées.
Décathlon veut décrocher la palme
Beaucoup reste à faire, l’idée étant également de prendre la question de l’éco-conception à bras-le-corps, directement avec les fabricants d’équipements. Qu’elle fasse partie de leur ADN. Comme pour Décathlon qui, avec Autodesk (développeur de logiciels), travaille sur une nouvelle palme. Lancée en 2025, la FF 500 développée à l’aide de l’IA générative, verra son empreinte carbone réduite de moitié. Constituée d’une voilure en plastique recyclé, cette palme mono matière pourra être recyclée sans démantèlement…
En attendant, outre les déchetteries municipales (1.500 collectent déjà les équipements sportifs sur les 4.000 existantes en France), les associations et fédérations sportives sont mises à contribution. Certaines avaient déjà anticipé, comme la Fédération Française de Tennis qui avait lancé la collecte des balles usagées de ses adhérents dès 2009.
Ou la Fédération de Vol Libre qui a depuis un moment mis en place un système de récupération et de vente de produits d’occasion entre ses licenciés. Les adeptes de tir sportif recyclent également leurs douilles, etc. « Souvent, le recyclage existe déjà, notamment pour les sports outdoor où les pratiquants sont très soucieux du changement climatique et de la préservation de l’environnement qui est leur terrain de jeu », précise Quentin Bellet.
Mais il faut également embarquer le très grand public dans cette nouvelle aventure et lui faire comprendre qu’aujourd’hui, une balle de ping-pong écrasée ou un ballon de foot crevé ne se jettent plus. « Il y a beaucoup de choses à revoir et à réinventer. Nous, on essaie de constituer des réseaux, d’augmenter la voilure et de massifier », décrypte le responsable affaires publiques d’Ecologic.
Les JO de Paris 2024 pour sensibiliser
Incombe de facto à l’éco organisme un immense chantier de sensibilisation du public. Les JO 2024 constituent pour Ecologic une occasion unique de prêcher la bonne parole auprès des spectateurs pour « un sport durable ». Présent sur les villes étapes du parcours de la Flamme jusqu’au 25 juillet, Ecologic tente d’y évangéliser les foules avec des animations, quiz, jeux et autres ateliers pour notamment fabriquer des porte-clés avec des vieux pneus.
Pour des questions de sécurité, pas de collecte directe sur place. En revanche, Ecologic recyclera le matériel des athlètes sur les sites d’entraînement et de compétition.
Quentin Bellet se veut optimiste. En 2024, 24.000 tonnes d’équipements sportifs devraient être récupérées en France. Soit un quart du gisement existant. Pas mal, pour une filière qui n’a que deux ans. Et qui est unique en Europe, voire dans le monde, où seule l’Australie semble s’être préoccupée de ses déchets issus du sport (notamment autour des combinaisons des surfeurs). Ainsi, le travail d’Ecologic va-t-il servir de test à grande échelle. Quentin Bellet l’a constaté : « On est très regardés afin que soit dupliqué le modèle français ». La France, déjà sur la plus haute marche du podium… cocorico !



















