Passer au contenu principalPasser à l'en-têtePasser au pied de page
La tech se féminise enfin, selon la vice-présidente marketing Europe d’Acer

« Hier, les filles avaient plus tendance à postuler chez L’Oréal que dans l’informatique », note Valérie Piau d’Acer

FEMME (S) DANS LA TECHVice-présidente marketing d’Acer en Europe, Valérie Piau répond aux questions de « 20 Minutes » sur la place des femmes dans les métiers de la tech
Christophe Séfrin

Christophe Séfrin

L'essentiel

  • Valérie Piau occupe, depuis juillet 2023, le poste d’Associate Vice-President marketing, gadgets & new business EMEA (Europe, Moyen-Orient, Afrique) chez Acer.
  • Depuis 20 ans dans ce milieu à dominante masculine, elle avoue avoir déjà rencontré des situations de patriarcat « bienveillant » et, finalement, « formateur ».
  • Si les mentalités évoluent, il faudra selon elle encore cinq à dix ans pour que la situation ait trouvé son parfait équilibre.

High-tech au féminin. Dans un milieu historiquement à dominante masculine, les femmes sont de plus en plus nombreuses à s’imposer. Avec sa série « Femmes(s) dans le tech », 20 Minutes part à leur rencontre, leur donne la parole et dresse leur portrait. Après Anaïs Libold de Dolby, après Hanna et Laura, les fondatrices de la marque de vélos électrique BCKL, ou encore Whitney Wolfe Herd, la créatrice de Tinder et Bumble, rencontre avec Valérie Piau, vice-présidente marketing (Europe, Moyen-Orient, Afrique) du fabricant de produits informatiques Acer.

Quel parcours vous a mené jusqu’à la tech ?

Je ne me destinais pas forcément à ce genre de carrière. J’ai un frère ingénieur, un autre prof de maths… Je les ai vus tous les deux construire leur premier PC dans le salon. J’avais sans doute aussi une curiosité pour les produits… Sinon, j’ai fait un bac scientifique. Puis des études particulièrement féminines : la Sorbonne, L’Université Catholique de l’Ouest ! Au final, j’ai toujours travaillé dans la tech. Même comme stagiaire, j’ai fait mes premiers pas chez Motorola. Puis j’ai travaillé chez Packard Bell, racheté par Acer en 2009.

Lors de votre recrutement, avez-vous eu le sentiment qu’il était plus difficile de s’imposer face à d’éventuels profils masculins ?

Non. Pas forcément. À l’origine, j’ai été recruté chez Packard Bell dans la logistique, un univers pourtant très masculin. Mais je n’ai pas ressenti cet aspect.

Avez-vous, durant votre parcours, vécu des événements pouvant refléter une certaine forme de patriarcat ?

Oui, il y a 10-15 ans, ça existait. Ça va être très cliché, mais je travaille en Suisse italienne… donc proche de l’Italie ! J’ai connu ce genre de situation, mais ne l’ai pas mal vécue. Dans ma carrière, ça m’a un peu plus poussé vers mes limites. C’était un patriarcat bienveillant, on va dire. Je n’ai donc pas connu de situation négative par rapport à cela. Ça a été assez formateur. Maintenant, je dois avouer que le Covid a pas mal changé les mentalités.

De quelle façon ?

Je trouve qu’il y a plus d’ouverture sur les responsabilités de chaque individu, sur l’écoute de l’humain.

Au quotidien, en quoi consiste votre travail aujourd’hui ?

Je dois définir la stratégie marketing d’Acer au niveau EMEA (États d’Europe, du Moyen-Orient et de l’Afrique) en m’assurant de bien suivre et de respecter la stratégie globale de l’entreprise et du groupe.

Je gère également notre plateforme d’e-commerce, avec des objectifs financiers que l’on doit atteindre. Et m’occupe enfin de la partie « nouveaux business » qui concerne tout ce qui n’est pas du PC. Tout ce qui n’a pas un CPU, de carte graphique ou d’écran arrive dans mon domaine. Sur 2023, ce secteur représentait 25 % des revenus de la société à l’échelle planétaire, et entre 5 et 10 % pour la zone que je représente.

Au poste que vous occupez, vous situez-vous dans un environnement professionnel à dominante masculine ou féminine ?

J’ai travaillé dans la logistique et dans les produits, qui sont des univers essentiellement masculins. Désormais dans le marketing, j’officie dans un secteur plus féminin. Selon les postes que j’ai pu occuper, il y a donc une différence. En EMEA, on est quand même à 70 % d’hommes pour 30 % de femmes. C’est essentiellement masculin. La parité n’existe pas, même si cela a tendance à changer.

C’est très cliché, mais, à mes débuts, les filles avaient davantage tendance à postuler chez L’Oréal que dans l’industrie de l’informatique. Aujourd’hui, je trouve que ça change progressivement et que d’ici 5 à 10 ans, les choses auront vraiment évolué.

Sentez-vous que les nouvelles générations ont une perception différente des questions de sexe au sein d’une entreprise tech ?

On voit le changement. Même s’il n’est pas radical, il faut être honnête. Une perspective à 10 ans me semble ainsi assez réaliste.

À poste égal, salaire égal ?

Chez Acer, on est payé en fonction des postes. Nos salaires sont basés sur nos rôles. Il y a des barèmes selon les pays, selon nos résultats aussi. Je pense qu’Acer est assez loyal sur le sujet.

Vos perspectives d’évolution sont-elles les mêmes que celles de vos collègues hommes ?

Je pense que mon parcours montre que c’est le cas et que j’ai eu autant d’opportunités que les hommes. Après, il faut toujours jouer des coudes, mais que l’on soit homme ou femme, c’est toujours la même chose.

Avez-vous connu des situations où vous avez senti qu’il fallait vous battre davantage parce que vous étiez une femme ?

Non, pas parce que j’étais une femme.

Vous travaillez notamment sur des zones Moyen Orient, Afrique, la vision que l’on peut avoir sur place de votre poste est-elle identique ?

Honnêtement, oui. Le management est assez ouvert dans ces pays. Je suis allée à Dubaï pour la COP28. Physiquement sur place, forcément, on ressent une différence, il y a quand même plus d’hommes que de femmes. Mais pour le management d’Acer au Moyen-Orient, non.

Justement, la COP28. Quel retour d’expérience ?

Aller sur place pour évoquer la durabilité, le challenge n’était pas forcément simple. C’est un sujet sur lequel on s’exprime beaucoup, mais il fallait éviter le greenwashing, et être certain d’être concret. Et ça l’a été, avec des prises de position importantes : dès 2025, 30 % de nos PC seront produits avec des plastiques recyclés ; net zéro carbone d’ici à 2025 ; 100 % d’utilisation d’énergies renouvelables d’ici à 2050…

L'Aspire Vero 16, le PC éco-responsable d'Acer.
L'Aspire Vero 16, le PC éco-responsable d'Acer. - Acer

Ce sont des choses sur lesquelles on s’engage, mais avec nos partenaires, fournisseurs. C’est un travail de longue haleine.

Quels sont les produits que vous défendez avec lesquels vous avez la plus grande sensibilité ?

Le premier PC green que l’on a lancé, Vero. Il représente bien la marque. C’est une référence importante aux niveaux marketing et personnel.

Sentez-vous que votre entreprise fait des efforts particuliers pour la parité dans ses recrutements ?

Ce n’est pas simple : le recrutement doit toujours être fait sur les compétences et qualités. Il y a moins de femmes candidates. Mais il faut oser. S’il y a un message à passer c’est qu’il ne fait pas se mettre de barrières. Faut foncer, mais rester soi-même, ne pas douter, et puis y aller et tenter sa chance !