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Surexposition aux écrans : « Il ne faut pas accabler les parents », estime cet expert de la commission Macron
ÉCRANS•« 20 Minutes » a interrogé Grégory Veret, fondateur de Xooloo et membre de la Commission sur la surexposition des jeunes aux écrans qui doit rendre ses travaux fin marsChristophe Séfrin
L'essentiel
- Annoncée lors de la conférence de presse du Président Macron le 16 janvier, la Commission sur la surexposition des jeunes aux écrans doit rendre ses travaux fin mars.
- Composée de dix experts, elle doit proposer des solutions pour limiter le temps d’exposition des plus jeunes aux écrans, dont la surconsommation menace notamment le développement de leurs facultés cognitives.
- Fondateur de Xooloo, solution logicielle contribuant à limiter cette exposition, et membre de la commission, Gregory Veret prône une meilleure éducation des plus jeunes et de leurs aînés, la mise en place de règles, mais aussi davantage de confiance envers les jeunes.
Quel remède pour réduire le temps d’écran de nos enfants ? Le sujet concerne toutes les familles, comme l’évoque le documentaire « Et si on levait les yeux ? » de Gilles Vernet, que 20 Minutes a rencontré lors de sa récente diffusion sur Public Sénat.
Alors que la Commission sur la surexposition des jeunes aux écrans annoncée par Emmanuel Macron lors de sa conférence de presse du 16 janvier doit rendre ses travaux d’ici à fin mars, nous avons interrogé Grégory Veret, l’un des dix membres de la commission. Il est également le fondateur de Xooloo, une solution logicielle qui permet aux enfants, avec leurs parents, de réguler leur consommation d’écran.
Vous avez très tôt compris la nécessité de mettre en place des outils pour protéger les enfants face aux écrans. Le danger a-t-il toujours existé ?
À 18 ans, je travaillais à TF1 autour des programmes pour enfants. C’était les tout débuts d’Internet. Tout le monde disait que ça allait être une catastrophe. De mon côté, je trouvais que ça allait être génial, mais à condition qu’on protège les plus jeunes et qu’ils maîtrisent la technologie.
Xooloo, qui a été lancé il y a déjà près de 20 ans, est issu d’un constat : les parents ont du mal à être parents sur le numérique. Ainsi avons-nous pris un parti particulier : celui des enfants. Peu de personnes sur le marché parient leur intelligence en la matière ! Nous n’avons donc pas décidé de créer une solution de contrôle pour les bloquer de manière autoritaire. Mais davantage de donner aux 8-13 ans et à leurs parents des outils pour les aider à se protéger, à protéger leur temps.
En fonction de leur âge, les sujets sont différents. Néanmoins, si les écrans et Internet sont bien utilisés, cela donne quand même un accès à des outils assez exceptionnels. Les 10-12 ans ont ainsi la capacité d’en savoir plus que leurs parents, plus que leurs profs ou leurs ministres !
J’ai ainsi le sentiment que la techno a cette capacité de donner des pouvoirs aux enfants, qu’elle les « augmente ». Parallèlement, elle peut aussi être nocive en les transformant en machines à scroller.
Comment, alors, allier les deux ?
On le constate chez Xooloo, notre développement est assez franc depuis plusieurs années. Notre service nommé Digital Coach permet à l’enfant de comprendre le temps qu’il passe sur son écran et de le comparer au temps passé par d’autres enfants. Mais aussi de le « réveiller » en l’alertant s’il dépasse la moyenne. Cet outil est aussi pour lui l’occasion de montrer à ses parents qu’il est « réglo » et ne consomme pas plus de temps d’écran que celui qui lui est proposé.
De leur côté, les parents peuvent gérer ce temps depuis l’application, mais le coach valorise la confiance donnée à l’enfant.
Est-ce efficace ?
Nous constatons que les enfants ont une consommation qui baisse et que le dialogue sur le numérique est rétabli. Cela permet de construire des règles et un accompagnement de l’enfant, tout en évitant que les parents démissionnent ou aient peur de tout. La chose intéressante est que plus on est là tôt, plus on a d’effets.
Et autre constat : la consommation d’écrans chez les garçons et chez les filles n’a rien à voir. Certes, il y a bien un socle commun au début qui est de regarder des vidéos sur l’écran d’un smartphone ou d’une tablette. Mais plus ils grandissent plus leurs chemins se séparent. À partir de 8 ans, les garçons vont sur du jeu vidéo. De leur côté, les filles s’orientent davantage vers du social. Globalement, leur temps d’écran reste proche des deux 2 heures par jour, dont 50 minutes/jour de vidéo, puis 50 minutes de jeu et de social.
Suis-je un mauvais parent si je laisse mon enfant passer du temps sur un smartphone ?
ll ne faut pas accabler les parents. Moi, je vous le dis : c’est dur, c’est difficile d’être parent dans ce monde plein d’écrans ! Il y a des pièges partout. Mon expérience est que les parents sont aussi en difficulté à cause de leur méconnaissance des usages des enfants.
Je préfère rester optimiste, sachant qu’il y a deux questions sur la table. D’abord, oui, il y a des services qui veulent juste faire de nos enfants des machines à scroller. Il y a d’ailleurs un modèle pour cela, un modèle basé sur la science de la « captologie ». Dès lors que l’on en comprend les mécanismes, on est mieux armés pour s’en prémunir.
Et puis, je trouve en second lieu que l’on ne considère pas assez l’intelligence des enfants. La manière avec laquelle on les accompagne aujourd’hui n’est souvent pas la bonne, puisqu’elle consiste le plus souvent à les bloquer dans leurs usages, alors que de l’autre côté de l’écran, si l’on y regarde bien, il y a aussi un truc qui est dément…



















