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VisionnaireCette imprimante en braille open source veut aider les malvoyants du monde

Cette imprimante en braille open source veut aider les malvoyants du monde entier

VisionnaireImaginée par un informaticien, la « Braillerap » vient de recevoir un trophée lors d’un concours aux Etats-Unis
Informaticien, Stéphane Godin a mis au point une imprimante en braille disponible en open-source qu'il espère faire connaître dans le monde entier.
Informaticien, Stéphane Godin a mis au point une imprimante en braille disponible en open-source qu'il espère faire connaître dans le monde entier.  - C. Allain/20 Minutes / 20 Minutes
Camille Allain

Camille Allain

L'essentiel

  • Mise au point dans un « fab lab » de Rennes, l’imprimante Braillerap permet de traduire un texte en braille dans plus de 200 langues.
  • Partagés en open source, les plans de la machine sont disponibles dans le monde entier dans le but de profiter au plus grand nombre.
  • Les concepteurs de cette machine à écrire nouvelle génération viennent de recevoir un prix aux Etats-Unis.

C’est une simple boîte de plastique transparente à l’intérieur de laquelle on trouve quelques composants électroniques, des tubes de robinet et un circuit imprimé. Une invention « made in Rennes » qui pourrait changer la vie de milliers de personnes souffrant de troubles de la vue. Dans la capitale bretonne, personne ne s’est pourtant bousculé pour déposer un brevet, ni pour tenter de commercialiser ce formidable objet. Bien au contraire. Baptisée « Braillerap », cette imprimante a la particularité d’avoir été conçue en open source, c’est-à-dire que tous ses plans seront partagés dans le monde entier. L’objectif ? Que cette invention soit intégrée « dans le bien commun de l’humanité » et puisse servir au plus grand nombre, et notamment les plus défavorisés. Mise au point dans le petit laboratoire d’une association rennaise, l’imprimante vient de recevoir un prix lors du prestigieux concours international Hackaday Prize, décerné aux États-Unis.

Des multitudes de points pour savoir lire

Deux jours après sa descente de l’avion qui l’a ramené de Los Angeles, Stéphane Godin ne semble toujours pas réaliser ce qui lui arrive. Lui, l’informaticien bidouilleur de machines, vient de remporter un prix international pour sa « Braillerap ». « C’est une machine qui permet d’écrire en braille à partir de plus de 200 langues. Il suffit de rentrer votre texte dans l’ordinateur et l’imprimante s’occupe de le timbrer », raconte modestement son concepteur. « Timbrer » ou « gaufrer » ou même « embosser », cela veut dire que la machine est capable de traduire en braille un texte écrit et de l’imprimer en marquant le support d’une multitude de petits points.

Ce système d’écriture tactile a été mis au point par Louis Braille en 1825. Alors qu’il n’avait que 16 ans, ce jeune Français avait mis au point un système à six points permettant de « traduire » un texte pour les aveugles et les malvoyants. Avec les nouveaux outils d’impression, les personnes qui en souffrent peuvent aussi « voir » à quoi ressemblent les contours d’un pays ou quelle forme a un éléphant, rien qu’en touchant une forêt de petits points imprimés.

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Très connu et utilisé dans le monde entier, le système braille souffre en revanche d’un handicap lourd. Il nécessite souvent un investissement assez conséquent dans des machines d’impression pas à la portée de tout le monde. Là où les imprimantes coûtent en général 2.000 à 8.000 euros, la « Braillerap » se distingue par son accessibilité avec un prix ne dépassant pas les 250 euros. « Au départ, ce n’est pas moi qui ai eu cette idée. Il y avait des fous furieux qui voulaient faire du braille avec des clous et des imprimantes 3D. Avec un collègue, on voulait arrêter de bricoler et proposer un modèle plus sérieux », raconte Stéphane Godin dans un sourire taquin. En France, on estime que seuls 10 % des malvoyants utilisent le braille. La faute aux nouveaux outils qui permettent d’écouter le contenu d’un livre ou d’un site mais surtout à l’absence de formation pour de nombreuses personnes frappées par la cécité alors qu’elles sont âgées. Mais pour tous les enfants et adultes qui savent le déchiffrer, ce langage est essentiel. Parce qu’il permet de lire.

« Que les gens apprennent à faire par eux-mêmes »

Pour mettre au point sa machine, l’informaticien rennais s’était rapproché du « Human Lab » de l’association My Human Kit, créée à l’initiative de Nicolas Huchet. Victime d’un accident de travail alors qu’il avait à peine 20 ans, il avait réussi l’exploit de mettre au point une prothèse open source, sorte de main bionique accessible à tous. Depuis une petite dizaine d’années, son association œuvre pour faciliter la vie des personnes en situation de handicap par la mise au point d’outils adaptés conçu dans son « fab lab », un atelier de bidouille où se croisent toutes sortes d’inventeurs. « Le but de l’open source, c’est de se répandre, d’essaimer, que les gens apprennent à faire par eux-mêmes », raconte Hughes Aubin.

Ce spécialiste du numérique œuvre depuis longtemps pour que les nouvelles technologies viennent en aide du plus grand monde. Depuis les débuts de l’imprimante Braillerap, il ne cesse de voyager pour la faire connaître. Au Cameroun ou en Inde, il a, avec Stéphane Godin, formé les populations locales à la conception de l’imprimante open source en partageant les plans imaginés à Rennes. « On amène les pièces et on passe deux jours à expliquer comment les assembler. L’objectif, c’est que chacun soit en capacité de comprendre le fonctionnement de la machine afin de pouvoir la réparer. Au Cameroun, on ne peut pas se faire livrer des pièces comme chez nous ». La machine a en plus l’avantage de pouvoir imprimer sur d’autres matières que le papier, comme l’aluminium d’une canette par exemple.

A l’heure actuelle, une vingtaine d’imprimantes « Braillerap » sont déjà en fonctionnement en Argentine, en Égypte et même dans le petit royaume bouddhiste du Bhoutan. Les inventeurs de cette machine à écrire d’un nouveau genre espèrent que le prix obtenu aux États-Unis leur offrira une meilleure visibilité à l’international. « Ce projet doit être universel, il faut le faire connaître parce qu’il peut aider des enfants à lire », rappelle Stéphane Godin. « Quand on parle aux gens malvoyants, on comprend que leur vie ressemble parfois à un parcours du combattant. Alors, si on peut les aider un peu… », conclut Hugues Aubin.

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