Jean-Charles Nayebi: «On peut avoir 400 amis sur MSN et ne pas aller voir sa soeur»

INTERVIEW Le psychiatre, qui soigne les cyberdépendants, revient sur cette souffrance de plus en plus présente dans notre société...

Propos recueillis par Oriane Raffin

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Les loisirs interactifs deviennent de plus en plus addictifs, au point de devenir une véritable drogue pour certains.
Les loisirs interactifs deviennent de plus en plus addictifs, au point de devenir une véritable drogue pour certains. — DR

Téléphones portables, ordinateurs, consoles de jeux: la technologie peut nous rendre dépendants. Jean-Charles Nayebi, auteur de La Cyberdépendance en 60 questions (éd. Retz), explique quelles sont les conséquences et les traitements de cette maladie.

Comment peut-on définir les cyberdépendances?

Un cyberdépendant est une personne qui cherche la connexion à la machine et qui perd la possibilité de se déconnecter. En général, il y a deux symptômes principaux: le manque (qui crée une forme d’irritation chez la personne) et la tolérance (ce qui signifie que la personne doit augmenter les doses pour avoir le même effet).

Quels sont les dangers liés à la cyberdépendance?

Il y a de nombreux dangers, de différents types. La personne cyberdépendante expérimente une perte de contrôle, qui vient jouer sur l’image qu’elle a d’elle-même. Cette diminution de la confiance en soi entraîne une angoisse qui provoque une augmentation de la consommation. C’est un cercle vicieux.

En outre, la cyberdépendance entraîne un rétrécissement de l’univers personnel, avec une baisse de la fréquentation des amis et de la famille. On voit par exemple des enfants qui ne veulent plus aller chez leurs grands-parents car ils n’ont pas d’ordinateurs ou qui ne vont plus à leurs entraînements sportifs. Suivant la nature de la dépendance, on voit naître d’autres conséquences. Pour les personnes soufrant de cyberdépendance communicationnelle, le risque, c’est l’abandon des vrais échanges. Par exemple, une personne qui aura 400 amis sur MSN mais qui n’ira pas voir sa sœur. Enfin, il peut y avoir des conséquences physiologiques: musculo-squelettiques ou occulaires.

Quels traitements sont mis en œuvre pour soigner les cyberdépendants?

Il s’agit d’une dépendance sans drogue, donc la notion de sevrage ne s’applique pas. De plus, on a besoin, pour les études ou le travail, de se servir d’ordinateurs et d’Internet. C’est donc plus un apprentissage.

Dans 10% des cas, on utilise des anxiolytiques ou des anti-dépresseurs. Sinon, ce sont des thérapies de courtes de durée, environ six mois, sur trois axes: comportemental, cognitif et analytique, pour apprendre à maîtriser son comportement, comprendre ce qu’il suppose et chercher le conflit sous-jacent qui fait que la personne se perd dans le réel.