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Du Far West à Apple, retour chariot vers le futur pour la machine à écrire

20 Mint : du Far West à l'invention de l'informatique, la machine à écrire a imprimé sa marque sur l'histoire moderne

LO-FIChantre de la productivité, la machine à écrire est désormais l'icone de la slow culture. Jacques Perrier, l’un des derniers mécanographes d’Europe, nous raconte l'histoire de cette invention que nous avons choisie comme emblême de 20 Mint.
Jean-Jacques Valette

Jean-Jacques Valette

C’est un petit cliquetis mécanique qui a bercé le XXe siècle. Celui des frappes sur les claviers des machines à écrire. Du Far West américain à l’émancipation des femmes, en passant par les deux guerres mondiales ou la naissance de l’informatique, la machine à écrire a été de tous les combats et de toutes les histoires, grandes et petites. Elle connaît aujourd’hui un certain retour auprès des passionnés malgré la domination écrasante de l’informatique. Ou peut-être justement à cause de celle-ci. Et c'est naturellement à elle que nous avons pensé pour créer notre première collection de cartes membres NFT pour 20 Mint.

Jacques Perrier
Jacques Perrier - Francois Graf agence STRATES

« J’aime cette phrase de Bismarck : si on ne sait pas d’où on vient, on ne sait pas où on va, confie Jacques Perrier. De nombreux jeunes qui viennent faire réparer leur machine dans mon atelier me racontent ce besoin de se relier à leurs origines. » Mécanographe spécialisé depuis quarante ans à Lausanne, il a repris l’activité de son père et est l’un des derniers réparateurs de machines à écrire exerçant en Europe.

Marchands de guerre et machines de paix

Dans son petit musée associatif, « sans aucune subvention » précise-t-il, on retrouve plus d’un millier de modèles. « La première machine à écrire à être commercialisée est la fameuse Typewriter de Remington, sortie en 1874”. Son inventeur, le journaliste et éditeur Christopher Latham Sholes s’était en effet associé au fabricant d’armes pour produire en série son invention. Une opportunité unique pour l’industriel alors que la guerre de Sécession venait de se terminer. «En vrai, il est difficile de dire qui est l’inventeur de la machine à écrire, car il y a eu des dizaines de brevets et autant d’inventeurs dont l’anglais Henry Mill dès 1714», énumère Jacques Perrier.

C’est en tout cas à ce monsieur Sholes et sa machine que l’on doit le clavier QWERTY, toujours utilisé sur les claviers anglophones et dont l’AZERTY est la version française inventée à la fin du XIXe siècle. « Son but était de ralentir l’écriture et d’éviter que les lettres fréquemment associées ne voient leurs marteaux se croiser », détaille le mécanicien. Car sur une machine à écrire, les frappes sur les touches entraînent mécaniquement de petites barres métalliques à l’extrémité desquelles sont fixés les caractères, qui viennent frapper le ruban encreur, laissant derrière lui une empreinte sur le papier. Parmi ces touches on découvre d’ailleurs étonnamment le “@”, qui servait au XIXe siècle pour la comptabilité.


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Frappe radiale ou sauterelle

Malgré une mécanique fragile et capricieuse, la machine à écrire connaît un succès commercial dès son lancement. « On peut remercier Mark Twain, qui a été vraisemblablement le premier journaliste et auteur à se servir d’une Remington qu’il emmenait dans tous ses voyages », raconte Jacques Perrier. De nombreuses entreprises se lancent dans la conception et la commercialisation de machines à écrire de plus en plus ingénieuses, avec des mécaniques à index, barillet, frappe radiale ou même « sauterelle ».

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Mais c’est l’Underwood 1, en 1895, qui va enfin permettre à l’auteur de voir ce qu’il écrit et définir le standard de forme que l’on connaît. Inspirant ses concurrents comme Oliver, Hammond, Mignon ou plus tard Hermes en Suisse et Japy en France.

Dactylos et féministes

« La plus grande révolution de la machine à écrire est probablement sociologique, assure Jacques Perrier, car elle a permis l’accès des femmes au marché du travail. » En effet, les greffiers à l’écriture manuscrite se voient vite supplantés par les dactylos à la productivité supérieure. Et les fabricants vont même jusqu’à organiser des concours de vitesse entre ces jeunes femmes pour se faire de la publicité. « Dans le film Populaire, avec Romain Duris et Déborah François, pour lequel j’ai été consultant, Rose s’exclame : “Etre dactylo, c’est l’aventure, le voyage !” Et pour les femmes de l’après-guerre c’était en effet le cas et l’opportunité d’une ascension sociale hors de l’usine ou des champs », assure Jacques Perrier.

Tout au long du XXe siècle, la mécanique des machines à écrire va se raffiner avec notamment l’arrivée du moteur électrique en 1914, qui permet d’éviter le geste physique et répétitif du retour chariot en appuyant sur une simple touche. S’alléger, comme avec la mythique Hermes Baby prisée par Kerouac ou Hemingway. Et se flexibiliser, avec la machine à boule Selectric d’IBM, qui permet de changer de police de caractères et est produite à plus de 13 millions d’exemplaires de 1961 à 1986. Etonnamment, tous les modèles silencieux ou offrant des claviers plus pratiques que les standards Qwerty ou Azerty seront des échecs commerciaux. La faute aux vieilles habitudes !

Ruban mexicain

Il faudra attendre la démocratisation de l’informatique à partir des années 1980 pour que le déclin de la machine à écrire soit enfin entamé. Steve Wozniak aurait d’ailleurs eu l’idée du premier Mac en voyant sa machine trôner devant sa télévision. On connaît la suite de l’histoire…

Pourtant en ce XXIe siècle la machine à écrire n’a pas dit son dernier mot. « On trouve encore heureusement du ruban de 13 mm fabriqué au Mexique. Le même standard depuis la Première Guerre mondiale. Et je reçois des demandes de pièces détachées du Japon jusqu’aux Etats-Unis », constate Jacques Perrier. Le profil des acheteurs ? « Il y a de tout. Ça va de 7 à 77 ans. Du petit gamin qui veut remettre en état une machine en panne à sa grand-mère qui veut retrouver le plaisir de l’écriture. »

Le retour du slow writing

Car si les ordinateurs nous permettent d’avoir accès au savoir universel et de communiquer en temps réel, certains réfractaires leur préfèrent toujours la lenteur et les plaisirs de la déconnexion. S’il ne peut nommer ses clients, le mécanographe assure avoir parmi eux plusieurs auteurs français très populaires. Et même avoir réparé la machine de Johnny Depp lors de son passage en Suisse il y a deux ans !

« Quand on écrit à la machine, il faut réfléchir d’abord à ce que vous voulez dire. Il n’y a pas de copier-coller, de retour en arrière ou de notifications pour vous distraire. C’est une gymnastique mentale que je compare à la photo argentique. Faire 50 photos avec son téléphone et les trier après, c’est pratique. Savoir régler l’ouverture et la vitesse d’obturation pour prendre une photo parfaite du premier coup, c’est mieux », termine le passionné. Quant à écrire cet article de presse d’un seul jet sur une machine à écrire, votre humble serviteur n’a su y arriver. La preuve peut-être qu’au-delà de belles antiquités, c’est une certaine façon de penser qu’il s’agit de préserver.

Elle incarnait la productivité à tous crins. On vante aujourd'hui ses mérites à chaque rassemblement de la slow culture. La machine à écrire illustre parfaitement le rapport sans cesse réinventé entre une technologie et son temps. C'est pour cela que nous l'avons choisie comme emblème de la première collection de cartes membres NFT de notre magazine 20 Mint. Pour vous offrir l'une des 999 machines à écrire virtuelles, toutes uniques, inventées par notre partenaire Capsule Corp. Labs et rejoindre de facto la communauté qui copilotera 20 Mint, notre magazine consacré au Web3, rejoignez-nous sur Twitter et Discord.