Porno, contenus haineux… Le contrôle parental sur Internet peut-il protéger les enfants ?

INTERNET Des députés de la majorité ont déposé une proposition de loi pour « encourager l’usage du contrôle parental sur certains équipements et services vendus en France permettant d’accéder à Internet »

H. B.
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Un enfant jouan sur une tablette.
Un enfant jouan sur une tablette. — ANGOT/SIPA
  • Des députés de la majorité présidentielle veulent renforcer le contrôle parental en ligne.
  • Ils ont déposé le 3 novembre une proposition de loi qui vise notamment à obliger les fabricants d’ordinateurs, smartphones et autres objets connectés à installer « par défaut » un système de contrôle parental sur leurs appareils.
  • Le texte sera probablement examiné en janvier à l’Assemblée et en février au Sénat ce qui, en cas d’adoption, ferait de la France une pionnière en matière de protection des enfants sur les appareils électroniques.

C’est l’un des chantiers prioritaires du gouvernement dans le domaine du numérique. L’exposition des jeunes aux contenus haineux et à la pornographie en ligne est en constante hausse depuis quelques années. « Dans notre pays, on accède à la pornographie vers l’âge de 13 ans. L’imaginaire et la sexualité des jeunes se construisent par la brutalité de ces images. Nous devons les protéger face à ces contenus », avait déclaré Emmanuel Macron lors de son discours à l’Unesco en 2019.

Deux ans après cette prise de parole du président français, aucune réelle mesure n’a été prise par le gouvernement pour tenter d’endiguer l’exposition des plus jeunes aux contenus inappropriés. S’il existe actuellement des moyens de filtrage de l’accès à Internet, ils ne sont pas suffisants. C’est la raison pour laquelle des députés de la majorité présidentielle viennent de déposer une proposition de loi « visant à encourager l’usage du contrôle parental sur certains équipements et services vendus en France » permettant d’accéder à Internet.

« Obliger tous les fabricants à intégrer un contrôle parental par défaut »

Cette proposition de loi vise notamment à obliger les fabricants d’ordinateurs, smartphones et autres objets connectés à installer par défaut un système de contrôle parental sur leurs appareils. « Les équipements ou services permettant d’accéder à Internet vont faire l’objet d’obligations renforcées afin de rendre plus systématique, simple et convivial l’usage par les parents des dispositifs de contrôle », précise le texte. Cette proposition de loi inclut également un contrôle du bon respect de cette obligation par l’Agence nationale des fréquences (ANFR) et l’harmonisation de ces fonctionnalités « afin de garantir un même standard de qualité à tous les foyers ».

« Il y a des enfants qui de façon accidentelle tombent sur des contenus totalement inappropriés pour eux », justifie Bruno Studer, député LREM du Bas-Rhin et président de la commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale. « Il y a trop peu de parents qui s’en saisissent, et parmi les parents qui ne s’en saisissent pas, il y a une sur-représentation des catégories sociales les plus défavorisées : ce sont celles qui manquent de connaissances techniques pour manipuler ces outils, car installer un contrôle parental reste encore aujourd’hui trop compliqué », ajoute le député du Bas-Rhin, à l’origine de ce texte qui sera probablement examiné en janvier à l’Assemblée et qui, en cas d’adoption, ferait de la France une pionnière en matière de protection des enfants sur les appareils électroniques.

« Le contrôle parental est méconnu et sous-utilisé »

Interrogés à ce sujet par 20 Minutes en février dernier, les secrétaires d’Etat au Numérique Cédric O, et en charge de l’Enfance et des Familles Adrien Taquet, faisaient le même constat. « De plus en plus de jeunes sont confrontés à la pornographie et à des contenus inappropriés. A 12 ans, près d’un enfant sur trois a vu des contenus porno. Et la moitié considère que ça les a choqués. Il y a par ailleurs un décalage entre la perception des parents : seulement 7 % d’entre eux pensent que leur enfant regarde du porno chaque semaine, alors qu’ils sont trois fois plus nombreux à le déclarer », avaient-ils expliqué.

Les deux secrétaires d’Etat avaient d’ailleurs invité les fournisseurs d’accès à Internet, moteurs de recherche et opérateurs de téléphonie mobile à signer une « charte » anti-pornographie pour limiter l’exposition des mineurs à ces contenus. Le but étant déjà de mettre en place une solution intégrée de contrôle parental pour protéger les mineurs. « Le contrôle parental est méconnu et sous-utilisé : un Français sur trois ne le connaît pas. Nous devons aujourd’hui faciliter son usage », avait notamment déclaré Cédric O.

Selon un sondage Ifop et une consultation publique réalisée par la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil), sur lesquels se sont basés les parlementaires à l’initiative du texte, seuls « 46 % des parents de jeunes âgés de 8 à 17 ans ont mis en place des solutions pour suivre l’activité de l’enfant sur Internet ». Pourtant, le même document atteste que « 82 % des enfants de 10 à 14 ans » et « 95 % des 15 à 17 ans » indiquent aller régulièrement sur Internet sans leurs parents.