Coronavirus : Photos de foule et rues bondées, comment faire la part des choses ?

CONFINEMENT, UN AN APRES S’indigner sur la base de photos de lieux publics bondés, un classique sur les réseaux sociaux depuis le printemps dernier. Mais les apparences peuvent parfois se révéler trompeuses

Mathilde Cousin
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Des promeneurs sur les quais de Seine à Paris, le 28 février.
Des promeneurs sur les quais de Seine à Paris, le 28 février. — JP PARIENTE/SIPA
  • Un an après l’entrée en vigueur du confinement, décrété le 17 mars pour lutter contre l’épidémie de Covid-19, 20 Minutes revient sur les images de foule dans les lieux publics qui suscitent régulièrement l’indignation sur les réseaux sociaux.
  • Pourtant, certaines images sont parfois trompeuses.
  • Pour apprendre à décrypter ces images, 20 Minutes a demandé conseil à Pierre Terdjman, un photographe indépendant.

« Quel bazar ! », « vraiment n’importe quoi », « irresponsable »… Les photos de lieux publics particulièrement fréquentés n’en finissent pas de faire débat en ligne. Comment s’assurer du respect de la distanciation physique à partir d’une simple image ? La réponse est difficile, d’autant plus qu’une même scène immortalisée sous deux angles différents peut amener à des conclusions opposées sur le respect des gestes barrières par les protagonistes.

En ligne, le débat fait rage depuis le premier confinement, lorsque la question du respect des gestes barrières s’est imposée dans le débat public pour lutter contre la pandémie de Covid-19. Des photos de voyageurs proches les uns des autres dans un terminal de l’aéroport parisien de Roissy sont devenues virales dès la fin du mois de mars 2020. Le médecin qui les a relayées s’est vu accuser d’avoir publié des « fake » par un autre internaute, qui fournissait d’autres images d’un terminal vide. Les photos du médecin étaient authentiques, comme l'expliquait 20 Minutes à l’époque.

Des Parisiens proches… ou pas

A chaque week-end ensoleillé, la bataille revient. Deux photos des quais de Seine à Paris, prises le samedi 27 février 2021, illustrent ce débat persistant. Sur l’image ci-dessous, les groupes de Parisiens qui prennent le soleil assis au bord du quai semblent proches les uns des autres.

Sur cette image, les promeneurs assis sur ce bord de quai, à Paris, semblent proches les uns des autres.
Sur cette image, les promeneurs assis sur ce bord de quai, à Paris, semblent proches les uns des autres. - Jacques Witt/SIPA

La même scène, prise plus en hauteur, offre un autre point de vue : on s’aperçoit qu’il existe une distance entre les groupes.

Sur cette seconde image, surplombante, on s'aperçoit qu'un espace sépare chaque groupe de flâneurs assis sur le rebord du quai.
Sur cette seconde image, surplombante, on s'aperçoit qu'un espace sépare chaque groupe de flâneurs assis sur le rebord du quai. - Jacques Witt/SIPA

Alors, assistons-nous à une bataille d’images vaine, point de vue contre point de vue ? Non. Si celle-ci n’est pas nouvelle – en 1986, une publicité du Guardian avertissait déjà du danger de n’avoir qu’un point de vue sur un événement – la pandémie et l’impératif de respecter la distanciation physique ont renforcé le besoin d’avoir une image remise dans son contexte.

Une question d’angle et de " zoom "

Si une même scène apparaît différente dans deux photographies, il y a d’abord une explication technique : c’est en raison de l’angle et de la focale utilisée par le photographe. « La focale [le "zoom"] joue un rôle essentiel, puisque plus la focale est longue, plus elle va aplatir, donc ça va donner une impression compacte », explique Pierre Terdjman, photographe indépendant et cofondateur du collectif Dysturb.

L’angle joue aussi : « Si je me mets face à une foule, en frontal, je vais voir les dix personnes qui sont devant moi, mais je ne vais pas avoir forcément la notion de foule derrière, alors que si je change d’angle et que je lève mon appareil photo, là, je verrai les dix personnes et toute la foule derrière. Mon point de vue ne sera plus du tout le même. »

Comment faire, alors, pour s’y retrouver dans ces photos de foule, qui apparaissent compactes sous un angle, plus espacées sous un autre, et dont l’auteur peut être anonyme ? Un premier réflexe est de vérifier si un média les a décryptées. 20 Minutes a par exemple contacté l’auteur d’une photographie prise le 13 février, qui montre une foule compacte dans une artère commerçante de Bordeaux, ou celui d’un cliché viral sur les rives du lac d'Annecy quelques jours plus tard.

Un deuxième réflexe pourrait être de se demander comment la photographie a été prise. Ce n’est pas celui qui a la préférence de Pierre Terdjman. « Je ne sais pas si comprendre la focale permet de mieux comprendre l’image, avance le photoreporter, qui forme également des écoliers au fonctionnement des médias. Je pense que l’intention et le propos sur l’image sont ce qu’il y a de plus important ».

« Représenter ce qui se passe »

La légende qui accompagne la photo est indispensable : « Sous [une image de] quai bondé, on peut écrire « regardez, il n’y a pas de distance sociale », ou « regardez, il y a plein de gens qui vont travailler le matin ». C’est très subjectif, finalement, de poster une photo sans une légende. »

Le photographe propose une « piste de lecture » de l’image : « Qui a pris la photo, qui la diffuse et pourquoi ? » En d’autres termes, quelle est la source et pourquoi nous montre-t-elle cette photo. Quelle réaction espère-t-elle susciter chez nous ? L’indignation sur le non-respect des gestes barrières ? L’indignation sur les élus et les gestionnaires de transport public qui font rouler des bus bondés ? Notre soutien à une fermeture d’endroits publics particulièrement fréquentés en cette période de pandémie ? Si la source est anonyme, une prudence accrue est de mise.

Et en cas de doute sur une image virale, vous pouvez nous l’envoyer dans le formulaire ci-dessous pour que nous la vérifiions !