Cyberharcèlement : Une journaliste, harcelée sur Internet par des néonazis, exhorte Macron à « s’emparer » de ce sujet

JUSTICE Un sympathisant de l’ultradroite, soupçonné d’avoir participé au harcèlement en ligne de la journaliste lyonnaise Julie Hainaut, a été relaxé en appel à Lyon

H. B. avec AFP

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Illustration du yberharcèlement.
Illustration du yberharcèlement. — TheDigitalArtist / PIXABAY

« J’étais déjà en colère contre la surdité étatique. Je le suis aujourd’hui par le message inquiétant et dangereux de la justice ». La journaliste lyonnaise Julie Hainaut, victime de menaces et d'insultes racistes depuis 2017, est en colère. Un sympathisant de l’ultradroite, soupçonné d’avoir participé à son harcèlement en ligne, a été relaxé ce jeudi en appel  à Lyon. La Cour d’appel a annulé la condamnation du prévenu à 6 mois de prison avec sursis prononcée en décembre 2019, estimant que le délit d’insulte contre la journaliste « par le moyen du partage » d’un article publié sur le site raciste et antisémite « Démocratie participative » était en réalité prescrit.

« Voilà comment sont maltraitées judiciairement les victimes de cyberharcèlement », s’est insurgé le conseil de la journaliste, Éric Morain. « Depuis toujours, nous avons été en colère sur la façon dont cette instruction a été menée ou plutôt malmenée », a-t-il ajouté, regrettant que les principaux auteurs de ces articles et insultes n’aient jamais été inquiétés.

« Vous n’êtes pas à la hauteur », a-t-elle lancé au président Emmanuel Macron

Julie Hainaut a tenté de faire condamner – sans succès – les responsables du site « Démocratie participative », hébergé aux États-Unis et aujourd’hui interdit. Son administrateur présumé, le blogueur ultranationaliste Boris Le Lay, localisé pour la dernière fois au Japon, demeure recherché après plusieurs condamnations par défaut, notamment pour provocation à la haine raciale et antisémitisme.

Sur Twitter, la journaliste a dénoncé « le message inquiétant et dangereux de la justice », et exhorté le gouvernement à « s’emparer » de la question du cyberharcèlement, mais pas « en pondant des lois qui restreignent la liberté d’expression et celle de la presse ». « Vous n’êtes pas à la hauteur », a-t-elle lancé au président Emmanuel Macron, au ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin et à la députée LREM Laetitia Avia, auteure d’une proposition de loi contre la haine en ligne en grande partie censurée par le Conseil Constitutionnel en juin.

Partie civile avec le Syndicat national des journalistes (SNJ), l’ONG Reporters sans frontières a également dénoncé un « fiasco » imputable « à la lenteur et l’absence de réactivité de la justice ». L’association Prenons la Une a de son côté « enjoint les rédactions à se montrer plus solidaires de leurs journalistes » cyberharcelés.

L’article relayé par le mis en cause et signé sous le pseudonyme « Heinrich » avait été le premier acte d’une série de harcèlements en ligne déclenchée par la publication d’un papier de la journaliste, en septembre 2017, dans l’hebdomadaire culturel lyonnais Le Petit bulletin. Elle y racontait une soirée passée dans un bar dont les gérants faisaient devant elle l’apologie de la colonisation. Les auteurs de « Démocratie participative » avaient alors immédiatement rédigé un article intitulé : « Une p… à nègres féministe veut détruire un bar à rhum colonialiste : mobilisation ! », et un flot de violentes insultes contre Julie Hainaut s’était ensuite déversé sur ce site. Dans la foulée, la journaliste avait été la cible de nombreuses attaques sur les réseaux sociaux et avait reçu plusieurs courriers électroniques menaçants.