Fin de vie : Facebook va-t-il diffuser en direct les derniers jours de vie d’Alain Cocq ?

RESEAUX SOCIAUX Atteint d’une maladie orpheline incurable, Alain Cocq diffusera sa fin de vie dès samedi matin en direct sur sa page Facebook afin de « montrer aux Français ce qu’est l’agonie obligée par la loi Leonetti »

Hakima Bounemoura
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Les derniers jours d'Alain Cocq seront retransmis en vidéo sur Facebook, «pour que les gens sachent ce qu'est la fin de vie actuellement en France.»
Les derniers jours d'Alain Cocq seront retransmis en vidéo sur Facebook, «pour que les gens sachent ce qu'est la fin de vie actuellement en France.» — PHILIPPE DESMAZES
  • Alain Cocq, atteint d’une maladie incurable, va arrêter « toute hydratation, alimentation et soins » à partir de ce vendredi.
  • Il avait réclamé à Emmanuel Macron le droit de mourir de manière légale avec une sédation, ce que la loi sur la fin de vie ne permet toujours pas.
  • Ses derniers jours seront retransmis en vidéo sur Facebook, « pour que les gens sachent ce qu’est la fin de vie actuellement en France ».

Alain Cocq, atteint d’une maladie orpheline incurable, va mourir. A partir de ce vendredi, il va cesser de s’alimenter et de boire pour se laisser dépérir. Souffrant d’une maladie qui endommage les vaisseaux et les artères, il a demandé à pouvoir bénéficier d’une sédation profonde, mais la loi Leonetti sur la fin de vie ne l’y autorise pas. Après un refus de l’Elysée d'accéder à sa demande « de suicide assisté », le Dijonnais âgé de 57 ans a donc décidé de se laisser mourir à petit feu, et entend filmer ses derniers jours en direct sur sa page Facebook, suivie par près de 10.000 personnes.

« Je veux que l’on voie l’expression de la douleur dans mes yeux », explique Alain Cocq, totalement dépendant et qui ne supporte plus d’être « prisonnier de son corps ». « Je veux que les gens sachent ce qu’est la fin de vie actuellement en France, ce qu’est l’agonie obligée par la loi Leonetti (…) Le moment où je m’éteindrai sera une délivrance, le combat continuera après moi », a-t-il écrit sur son compte Facebook.

« Laisser s’exprimer les personnes en détresse »

Alain Cocq diffusera donc sa fin de vie dont il estime qu’elle durera « quatre-cinq jours », dès samedi matin au réveil, en direct sur sa page Facebook. Beaucoup se posent aujourd’hui la question de savoir si la plateforme va accepter de diffuser en direct la mort d’une personne, ou si au contraire les images vont être censurées.​  Pour Facebook, qui a souvent été accusé de ne pas supprimer certains contenus choquants, le cas d’Alain Cocq est particulièrement « sensible ». Le réseau social n’a pas de réglementation spécifique concernant le sujet de la fin de vie, indique à 20 Minutes la plateforme.

Les règles spécifiques – « les standards de la communauté » – qui s’en rapprochent le plus sont celles concernant « le suicide » et « l’automutilation ». Dans ces cas de figure, le réseau social qui travaille avec des experts dans le domaine de la santé mentale, a pour habitude de « laisser s’exprimer les personnes en détresse », pour qu’elles puissent faire passer leur message, mais aussi permettre aux internautes qui assistent à la scène de les aider, soit en leur parlant directement soit en contactant les services d’urgence.

Facebook supprime ainsi systématiquement tout contenu « qui encourage le suicide ou l’automutilation », mais pas toutes les discussions ou vidéos sur le sujet. La plateforme indique également veiller à ce que les images diffusées sur un Facebook Live ne reflètent pas une situation de détresse physique ou un risque imminent pour la santé, afin de ne pas choquer les internautes qui sont derrière leurs écrans ou leur donner des idées suicidaires.

« Pas une tentative de suicide manifeste »

Concernant le cas d’Alain Cocq, la plateforme refuse de communiquer précisément, expliquant qu’elle ne peut pas anticiper ce qu’il va se passer. Mais insiste sur le fait que leur politique ne les autorise en général à intervenir que lorsqu’il s’agit d’une « tentative de suicide manifeste ». En toute logique, et selon les éléments communiqués par le réseau social, les internautes auront donc bien la possibilité de suivre en direct, et durant plusieurs jours, la fin de vie d’Alain Cocq.

Mais dès que son état de santé se détériorera au point que les images deviennent insoutenables, la plateforme se réserve le droit d’interrompre le Facebook Live, tout en partageant « des ressources » pour aider les internautes qui le souhaiteraient. Au cours des prochains jours, Facebook France scrutera donc de près la diffusion de ce live et l’évolution de la situation. Alain Cocq a d’ores et déjà fait savoir que ses derniers moments de vie seraient diffusés sans son, et qu’il était « hors de question de montrer des images trash ». Quand son état s’aggravera, ses auxiliaires de vie devront par ailleurs, pour ne pas être dans l’illégalité, appeler les urgences.