Fusillade aux Etats-Unis : Pourquoi l’appel aux armes lancé sur Facebook n’a-t-il pas été censuré ?

MODERATION L’événement Facebook appelant la population de Kenosha à s’armer contre les manifestants avait été signalé 455 fois, sans être supprimé par les équipes de modération du réseau social

H. B.

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Des Américains armés protègent une station-service à Kenosha, dans le Wisconsin, le 25 août 2020.
Des Américains armés protègent une station-service à Kenosha, dans le Wisconsin, le 25 août 2020. — Tyler LaRiviere/AP/SIPA

Une « erreur opérationnelle ». C’est ainsi que le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg, a justifié la manière dont la plateforme a géré une page appelant à prendre les armes à Kenosha, dans le Wisconsin aux Etats-Unis. Intitulée « Kenosha Guard », cette page avait créé un évènement appelant à venir s’opposer à des manifestations antiracistes et des débordements, qui ont lieu depuis qu’ un homme noir sans arme – Jacon Blake - a reçu sept balles dans le dos lors d’une intervention de police.

Quelques heures après la publication de cet appel aux armes, Kyle Rittenhouse, un militant d’extrême droite de 17 ans, avait ouvert le feu sur des manifestants qui protestaient contre les violences policières, tuant deux personnes. « A ce stade, nous n’avons toujours pas trouvé de preuve que ce tireur suivait la page « Kenosha Guard » ou était lié à l’événement », a indiqué Mark Zuckerberg dans une vidéo diffusée vendredi soir.

Mais le patron de Facebook a reconnu que « cette page et cet événement violaient notre nouvelle politique en place depuis deux semaines, qui vise le mouvement QAnon et les milices dont nous redoutions qu’ils tentent d’organiser des violences ».

455 signalements sur la plateforme

Selon un rapport interne de Facebook, le réseau social aurait dû réagir plus vite, car 455 utilisateurs ont signalé les activités de la page en question. Selon un employé, cela représentait 66 % de tous les signalements d’événements de la journée. « Les contractuels et les modérateurs qui ont reçu les premières plaintes n’ont pas compris ce qu’il en était », s’est justifié Mark Zuckerberg, le PDG de Facebook. Et lors d’un second examen, effectué avec plus de sensibilité, l’équipe responsable des organisations dangereuses a reconnu que ce contenu violait les politiques du site, et nous l’avons supprimé. »

La plateforme a ainsi banni le compte et l’événement « Kenosha Guard ». Elle a également indiqué avoir « retiré la page du tireur de Facebook et Instagram », et empêche pour l’instant toute création de compte avec le même nom que celui du tireur présumé. Le réseau diffuse aussi un avertissement sur les vidéos partagées sur la fusillade.

Facebook sous pression

Le réseau social, qui a longtemps hésité à imposer un contrôle sur les contenus provenant notamment de la droite et de l’extrême droite​ américaines, a adopté de nouvelles règles début août.

Le groupe californien a récemment banni ou restreint des milliers de comptes d’extrême droite parce qu’ils « célèbrent des actes violents, montrent qu’ils ont des armes et suggèrent qu’ils vont les utiliser, ou ont des fans susceptibles de comportements violents ». Facebook avait précisé s’attaquer aussi à des « groupes anarchistes qui encouragent la violence dans les manifestations » et à des milices basées au Etats-Unis.