Accro au smartphone : « Un jeune qui passe beaucoup de temps sur son portable n’a pas forcément un problème »

DEUX POIDS DEUX MESURES Où se trouve la limite entre un usage problématique et une utilisation contrôlée du smartphone chez les jeunes ? Deux expertes en psychologie ont fait la part des choses pour « 20 Minutes ».

Marie De Fournas

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Comment savoir quand l'usage du smartphone devient problématique chez un jeune?
Comment savoir quand l'usage du smartphone devient problématique chez un jeune? — Pixabay/ natureaddict
  • Une récente étude montre que près d’un jeune sur quatre serait addict à son smartphone. Un chiffre à prendre avec précaution.
  • Deux psychologues expliquent à "20 Minutes" comment faire la distinction entre un usage contrôlé et une utilisation réellement problématique du portable par un jeune.
  • En tant que parents, la meilleure réaction reste la communication.

Chers parents, ne soyez pas trop alarmistes. Vendredi, une étude menée par des psychiatres du King’s College, au Royaume-Uni et publiée dans la revue BMC Psychiatry montre que près d’un jeune sur quatre serait addict à son smartphone. Ce chiffre plutôt inquiétant est le résultat de plusieurs études menées dans le monde depuis 2011 et impliquant près de 42.000 adolescents et jeunes d’une vingtaine d’années. Outre le fait que croiser les conclusions de diverses recherches sans liens pour obtenir un résultat global est une méthodologie plutôt controversée, il convient de faire la différence entre une utilisation fréquente du portable et un usage abusif (et ne pas sombrer dans la psychose).

Avant toute chose, sachez que « l’addiction » au smartphone n’est pas reconnue scientifiquement, à la différence de l’addiction à la drogue ou à l’alcool par exemple. Les spécialistes parlent en revanche « d’usage problématique ». « Ensuite, un jeune qui passe beaucoup de temps sur son portable n’a pas forcément un problème », explique Marie Danet, maître de conférences en psychologie à l’université de Lille, spécialiste des usages de l’écran dans la famille. Une distinction parfois difficile à faire pour des parents qui ont l’impression de voir leur ado scotché à son portable comme un zombie.

« La perte de contrôle est un signe comportemental important »

Pour la psychologue des thérapies cognitives et comportementales Stéphanie Bertholon, différents types de signes peuvent alerter sur un usage réellement problématique du portable. « Il y a d’abord les signes comportementaux, comme l’usage compulsif de l’objet. Le jeune a par exemple toujours son téléphone à la main ou dans la poche et il est incapable de le poser. Les parents peuvent aussi constater une augmentation significative de son utilisation au fil des mois. La perte de contrôle est un signe comportemental important : le jeune va par exemple être incapable de se joindre à table ou de faire ses devoirs parce qu’il ne peut pas faire de pause avec son téléphone. »

« S’il se réveille pendant la nuit pour regarder son téléphone, n’arrive plus à aller à l’école, se désintéresse de ses passions, se coupe de sa famille et de ses amis, cela devient problématique car il y a des répercussions négatives dans la vie quotidienne », ajoute Marie Danet.

« Le smartphone n’est pas forcément la base du problème »

« Concernant les signes émotionnels, on peut les remarquer, lorsque le jeune se voit privé de portable ou bien de réseau. Il y a un manque qui se traduit par des symptômes physiologiques : une sensation de mal-être, un vide, une angoisse de ne plus être en lien avec les autres, ou bien de la colère et de la frustration si l’objet a été confisqué », poursuit Stéphanie Bertholon, coordinatrice du Centre de traitement du stress et de l’anxiété.

Cependant tous ces signes sont à prendre avec précaution. D’abord parce que l’adolescence est aussi souvent une période avec des envies d’indépendance et des conflits avec les parents. « Le smartphone n’est pas forcément la base du problème, mais seulement le révélateur de quelque chose de plus profond. Il faut donc se demander à quel besoin cette utilisation abusive répond », souligne Marie Danet.

Aujourd’hui, on fait tout avec un smartphone

« Plus que le temps passé sur le téléphone, il faut regarder l’usage qu’en fait le jeune », poursuit la maître de conférences. En effet le smartphone est aujourd’hui autant un moyen de communiquer, que de s’informer, jouer, visionner des vidéos, flâner sur les réseaux sociaux, d’avoir l’heure, s’organiser, lire ses mails, travailler ou même se réveiller. Des activités qui ne sont pas mauvaises dans l’absolu. « Le portable c’est un moyen de communication, donc le retirer à un jeune cela signifie aussi le couper de ses amis, faire qu’il se retrouve exclu car il aura raté des échanges, des informations ou des rendez-vous », analyse l’experte.

Malgré tout, il arrive que l’usage devienne abusif et les conséquences négatives comme l’échec scolaire et le renfermement sur soi. « L’utilisation du smartphone est un divertissement facile : c’est bien plus simple d’être sur son lit à regarder une vidéo que d’aller au cinéma. Cela peut entraîner une baisse de motivation, souligne Stéphanie Bertholon. Je remarque aussi chez les filles une perte d’estime de soi lorsqu’elles passent beaucoup de temps à regarder la vie parfaite d’influenceuses. Je demande d’ailleurs à celles qui viennent me voir, de ne plus suivre certains comptes. »

« Se positionner en donneur de leçons empêche la communication. »

L’usage d’une application n’est pas interdit, mais peut se voir modifier. Une bonne solution pour les parents ? « Plus on interdit, plus le comportement apparaît. Il vaut mieux communiquer, les questionner sur l’usage qu’ils ont de leur téléphone sans les espionner ou être trop intrusif », propose Marie Danet. « Il faut utiliser les mêmes applications et réseaux sociaux. S’y intéresser afin de les comprendre, conseille Stéphanie Bertholon. Cette démarche fait aussi partie du rôle de parents et de leur éducation. Etre seulement dans la critique pure et simple et se positionner en donneur de leçons empêche la communication. »

Il est possible d’établir des temps libres d’écran où toute la famille met le téléphone de côté dans une autre pièce, pendant les repas par exemple. Pendant la nuit faites d’éteindre l’appareil, le laisser charger dans une autre pièce, ou le mettre en mode avion car les notifications font du bruit et réveillent. Et évidemment chers parents, soyez les premiers à être exemplaires.