Manifestation au Liban: Elle donne un coup de pied dans l'entrejambe d'un garde ministériel et devient un symbole

RAS LE BOL Lors de la manifestation anticorruption qui dure depuis jeudi au Liban, une femme a été filmée en train de donner un coup de pied dans l’entrejambe d’un garde ministériel armé.

Marie de Fournas avec AFP

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Les manifestants au Liban ont bloqué les principales routes du pays lors d'une deuxième journée de manifestations contre les nouvelles taxes proposées, qui surviennent dans un contexte de grave crise économique.
Les manifestants au Liban ont bloqué les principales routes du pays lors d'une deuxième journée de manifestations contre les nouvelles taxes proposées, qui surviennent dans un contexte de grave crise économique. — Hassan Ammar/AP/SIPA

Comparée à la « Reine Nubienne ». Alors que les Libanais descendent ce samedi dans la rue pour le troisième jour de contestation face à la corruption de la classe politique, les heurts entre manifestants et forces de l’ordre se multiplient. L’une de ces altercations, filmée, est devenue virale et symbolique de toute une revendication : une Libanaise assénant un coup de pied dans les bijoux de famille d’un garde ministériel armé.

La vidéo aurait été filmée dans la nuit de jeudi à vendredi, lors d’une confrontation entre des manifestants et le convoi du ministre de l’Education Akram Chehayeb, dans le centre-ville de Beyrouth, rapporte le média libanais Lorient Le Jour. Toujours selon le média, l’un des gardes du corps du ministre est sorti de la voiture et a tiré en l’air avec un fusil d’assaut, provoquant la colère des protestataires. Alors qu’un second garde du corps pointe à son tour son fusil en l’air, la femme lui assène le coup, le faisant reculer l’homme surpris.

«Nos femmes ne font pas que botter des fesses »

Très rapidement, la vidéo a tourné sur les réseaux sociaux. L’image a été reprise par l’artiste libanais Rami Kanso et devenu l’icône de cette manifestation contre la corruption et des augmentations de taxes. « Quand ils volent ton argent, corrompent ton pays et pointent une mitrailleuse sur toi, tu leur donnes un coup de pied à l’entrejambe », écrit un utilisateur de Twitter. « Nos femmes ne font pas que botter des fesses, elles frappent aussi des hommes armés », ajoute une autre internaute.

L'oeuvre de l'artiste Rami Kanso sur la Libanaise donnant un coup de pied à un garde pendant la manifestation anti-corruption.
L'oeuvre de l'artiste Rami Kanso sur la Libanaise donnant un coup de pied à un garde pendant la manifestation anti-corruption. - Rami Kanso / AFP

En dépit d’une intervention des forces de l’ordre à coups de gaz lacrymogènes pour disperser vendredi soir la foule dans le centre-ville de Beyrouth devant le siège du gouvernement et des dizaines d’arrestations, les manifestants se mobilisent à nouveau à travers le pays ce samedi.

La plus importante mobilisation populaire depuis 2015

Les manifestants ont envahi les rues jeudi soir après la décision du gouvernement de taxer les appels effectués via les applications de messagerie Internet comme WhatsApp. Une mesure aussitôt annulée sous la pression de la rue, mais les Libanais ont poursuivi leur mouvement pour exprimer leur ras-le-bol d’une classe politique accusée d’affairisme dans un pays aux infrastructures en déliquescence et où la vie est chère.

Cette mobilisation populaire est la plus importante depuis les manifestations contre le pouvoir en 2015, durant une crise de gestion des déchets qui perdure encore. Le Liban s’est engagé en avril 2018 à se réformer en contrepartie de promesses de prêts et de dons d’un montant total de 11,6 milliards de dollars. La dette publique culmine à plus de 86 milliards de dollars, soit plus de 150 % du PIB, troisième taux le plus élevé au monde après le Japon et la Grèce.