« Papa, il a tué maman », « Elle le quitte, il la tue »… Des collages dans les rues de Paris pour alerter contre les féminicides

VIOLENCES CONJUGALES A quelques jours du lancement du Grenelle contre les violences conjugales, plusieurs militantes ont organisé une grande action de collage contre les féminicides à Paris

H. B.

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Plusieurs militantes ont organisé une grande action de collage contre les féminicides à Paris.
Plusieurs militantes ont organisé une grande action de collage contre les féminicides à Paris. — Pauline Makoveitchoux
  • Depuis vendredi soir, un groupe d’une quarantaine de femmes a collé près de 80 messages contre les féminicides sur les murs des rues de Paris.
  • L’opération a été organisée par la militante féministe et ancienne Femen, Marguerite Stern, qui entend envahir l’espace public « pour dénoncer les violences conjugales ».
  • « Notre combat ne doit pas être cantonné aux réseaux sociaux (…) Nous devons nous adresser à tous. Quoi de mieux que la rue pour ça ? », explique la militante féministe.

« Irina, égorgée par son conjoint le 13.08.19 », « Jacques tue sa compagne Euphémie d’une balle le 20.08.19 », « Georgette, étranglée par son mari le 21.03.2019 », ou encore « Sébastien tue Céline le 12.07.2019 parce qu’elle l’a quitté »… Près de 80 messages, rendant hommage aux femmes assassinées cette année sous les coups de leur conjoint, ont été placardés ce week-end sur les murs des rues de Paris.

Des collages rappelant la triste réalité du nombre de féminicides en France, et qui intervient quelques jours avant le lancement du Grenelle contre les violences conjugales organisé par Marlène Schiappa, la secrétaire d’Etat chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes.

« Sortir des réseaux sociaux » pour « se réapproprier l’espace public »

L’opération a été organisée par la militante féministe et ancienne Femen, Marguerite Stern. Avec un collectif composé au total d’une quarantaine de femmes, elles ont d’abord écrit et peint des messages sur de grandes banderoles, avant de les placarder dans les rues de la capitale. « On en a affiché un peu partout, dans le 13e et le 14e arrondissement, à Châtelet, Bastille, République mais aussi dans le 20e et à Barbès », explique Marguerite Stern.

L’objectif est simple, envahir l’espace public « pour dénoncer l’inacceptable ». « Notre combat ne doit pas être cantonné aux réseaux sociaux, à des gens souvent déjà acquis à la cause. Nous devons alerter et nous adresser à tous. Quoi de mieux que la rue pour ça ? », explique la militante féministe. « En tant que femme, il est aussi important de se réapproprier l’espace public. De prendre de la place [certaines affiches mesurent 1,5 m sur 3 m], et de faire du bruit dans les rues. Parce que souvent, on ne nous écoute pas ! », ajoute Marguerite Stern, qui confie avoir reçu jusqu’à aujourd’hui un accueil bienveillant de la part des Parisiens.

Un 100e féminicide depuis le 1er janvier

« Les murs de Paris portent la mémoire des victimes de violences pour dénoncer l’inaction de l’Etat. On veut des moyens, pas des conférences de presse », déclare de son côté Sophia Hocini Boukaouma, également militante féministe. L’opération de collage va se poursuivre cette semaine. « Nous allons continuer à placarder notre révolte sur les murs de Paris ces prochains jours », prévient Marguerite Stern, qui espère encore compter sur de nombreux bénévoles pour alerter l’opinion publique.

Et il y a urgence. Dimanche matin, les associations de lutte contre les violences conjugales ont recensé un 100e féminicide en France depuis le 1er janvier. Le corps d’une jeune femme dissimulé sous un tas de détritus a été découvert à Cagnes-sur-Mer (Alpes Maritimes). « L’hypothèse d’une dispute conjugale est vraisemblable », a confirmé une source policière. Le collectif féministe #NousToutes a annoncé l’organisation dimanche soir à Paris d’un rassemblement pour dénoncer ce 100e « meurtre » de l’année.