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«Je n’avais pas peur qu’il m’agresse, j’avais peur qu’il ne me lâche plus»

Cyber-harcelé(e)s: «Je n’avais pas peur qu’il m’agresse, j’avais peur qu’il ne me lâche jamais»

PRIS POUR CIBLEMargaux, 24 ans, a été victime du harcèlement d’un homme qui a flashé sur elle en ligne…
Laure Beaudonnet

Propos recueillis par Laure Beaudonnet

L'essentiel

  • Il y a un an et demi, Margaux, 24 ans, s’est inscrite sur un site de rencontres.
  • Un trentenaire, qui a flashé sur elle, a réussi à retrouver ses informations personnelles et l’a contactée par Facebook. Elle a accepté de le voir une fois, mais elle lui a vite fait comprendre que rien ne serait possible.
  • Malgré le refus de Margaux, il l’a inondée de messages. Jusqu’à ce qu’elle le bloque sur toutes les plateformes.
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Logo de la série prispourcible - 20 Minutes

Voici l’histoire de Margaux. Son témoignage rejoint notre série « Pris pour cible » sur les persécutions en ligne. A travers ces expériences individuelles, 20 Minutes souhaite explorer toutes les formes de harcèlement en ligne qui, parfois, détruisent des vies. Chaque semaine, nous illustrerons, à l’aide d’un témoignage, une expression de la cyberviolence. Si vous avez été victime de cyberharcèlement, écrivez-nous à [email protected], [email protected] ou [email protected].

« Je venais de me séparer d’avec mon copain et je me suis inscrite sur un site de rencontres pour connaître de nouvelles personnes. C’était il y a un an et demi, au printemps 2017. Un garçon d’une trentaine d’années me contacte directement sur Facebook. J’étais plutôt surprise car je n’avais pas renseigné mon nom, ni ma ville. En regardant mes photos, il a réussi à identifier mon lieu de travail. Je ne sais pas comment il a fait. Il a retrouvé le magasin où je travaillais, mon nom, mon prénom, et donc mon compte Facebook. Il m’a contactée directement sur le réseau social, sans passer par le site de rencontres. J’ai trouvé ça un peu bizarre, mais, j’ai accepté de discuter avec lui sur Facebook Messenger, sans l’ajouter en ami. J’ai consenti à le rencontrer une seule fois, pour voir. Je ne me suis pas dit : "Chouette, l’homme de ma vie", mais lui a flashé, ou alors il était complètement obsédé.

Il a fait une heure et demie de route pour me rencontrer. Et quand, on s’est rejoints, je l’ai trouvé d’emblée beaucoup trop à l’aise. Il a directement essayé de m’embrasser, de me prendre par les épaules, je l’ai repoussé tout de suite. Lors d’une première rencontre, ça ne se passe pas comme ça. On se fait la bise, on discute un peu… Il était célibataire depuis longtemps, salarié, il vivait dans un appartement. Il essayait de me faire rêver. Il me disait : "Si on est ensemble on fera des voyages. Je t’emmènerai dans tel ou tel pays". Cela ne faisait même pas deux heures qu’on se connaissait. A la fin du rendez-vous, j’ai été très claire. Je lui ai dit qu’il n’y aurait rien entre nous.

« Il n’admettait pas que je puisse lui dire non »

Il a commencé à m’envoyer des messages régulièrement sur Facebook et par SMS. Je ne sais pas comment il a eu mon numéro vu que je ne lui ai jamais donné. Il a peut-être réussi à le trouver en récupérant mon CV sur un site de recherche d’emploi. Il faut être tordu, mais c’est possible qu’il ait fait comme ça. Il me contactait tous les jours, je recevais un message le matin et un message le soir, comme si quelque chose était possible entre nous. Il n’admettait pas que je puisse lui dire non. Il n’était pas agressif, mais il disait : "Tu me plais vraiment". "Oui, mais moi, ma décision, c’est ne pas donner suite". Il ne prenait pas en compte mon avis. Il m’écrivait : "Quand est-ce qu’on se revoit ?". J’ai fini par dire clairement : "Arrête de me contacter, c’est fini".

Au bout de deux semaines, je l’ai bloqué sur Facebook et par SMS. Et là, il m’envoie un mail. J’ai répondu en disant que s’il continuait, j’irais voir la police et je l’ai bloqué partout, même sur certains réseaux sociaux où je n’étais pas en contact avec lui. Je l’ai recherché pour pouvoir le bloquer. Je me suis dit, si je laisse la moindre brèche, il va réussir à s’engouffrer dedans. Je pense qu’il essayait de me manipuler. Il ne prenait pas en compte ce que je lui disais. Quand j’écrivais : "On ne se reverra pas". Il répondait : "Quand est-ce qu’on se revoit ?"

Encore aujourd’hui, je reçois régulièrement un SMS, une fois par mois ou une fois tous les deux mois. « Salut, Margaux ». Ce n’est pas signé, mais je ne connais pas ces numéros et si c’était quelqu’un que je connaissais et qui avait quelque chose à me dire, il développerait. La dernière fois que j’ai eu des nouvelles, c’était mi-octobre. J’ai fait la même chose que d’habitude, j’ai fermé la messagerie et je suis passée à autre chose.

« Je ne sais pas s’il m’a donné son vrai nom, ni sa vraie ville »

Au début, je n’étais pas vraiment choquée, je pensais qu’il fallait que j’insiste. Et quand j’ai compris qu’il ne lâcherait pas l’affaire, je me suis dit, s’il a trouvé mon numéro de téléphone, il peut trouver mon adresse. Si je déménage, il pourra trouver ma nouvelle adresse. Si c’est vraiment un tordu et qu’il se pointe chez moi, que j’ai des enfants… Quand c’est devenu très insistant, j’ai prévenu mes collègues que si quelqu’un demandait à me voir, je n’étais pas là. Je n’avais pas peur qu’il m’agresse, j’avais peur qu’il ne me lâche jamais.

Je ne suis pas allée voir la police car j’ai pensé que je passerais pour quelqu’un de stupide. Comme je ne sais pas s’il m’a donné son vrai nom, ni sa vraie ville. Il emprunte peut-être des téléphones, peut-être qu’il les vole… Ce n’est pas possible de me contacter avec autant de numéros différents. Si un jour, ça passait la barre du SMS, s’il m’appelait par exemple, j’en parlerais sérieusement avec mon copain actuel et on déciderait ensemble d’une marche à suivre. Je n’ai pas envie de me dire toute ma vie : "Ce mec va peut-être me contacter". »

Retrouvez tous les épisodes de la série, ici.

20 secondes de contexte

L’idée de cette série n’est pas arrivée par hasard. Le Web déborde d’histoires de cyber-harcèlement, les raids numériques se multiplient ces dernières années. Nous entendons parler de ce phénomène Internet dans la presse à travers les histoires de Nadia Daam, Nikita Bellucci ou, plus récemment, de Bilal Hassani, mais ils sont nombreux, moins célèbres, à en avoir été victimes. Nous avons voulu leur donner la parole pour faire connaître cette réalité qui a, parfois, brisé leur vie. Notre idée : donner corps aux différentes formes de violences en ligne et montrer qu’il n’existe pas des profils type de harceleur ni de vraiment de victime.

De semaines en semaines, nous avons réussi à sélectionner des témoignages à l’aide du bouche-à-oreille, d’appels sur Twitter et sur notre groupe Facebook 20 Minutes MoiJeune. Et ce n’est pas toujours facile de tenir le rythme d’une interview par semaine, même à trois journalistes. Nous devons évaluer chaque récit en fonction de sa pertinence et, parfois, de sa crédibilité. Mais, nous laissons toujours la liberté aux victimes de témoigner à visage découvert ou de garder l’anonymat pour ne pas donner une nouvelle occasion aux cyber-harceleurs de s’en prendre à elle.