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ANALYSEL’émoji, nouveau vecteur des combats de société dans le numérique ?

Salade vegan, homme enceint... L’émoji, vecteur des combats de société dans le monde numérique

ANALYSERégulièrement et depuis plusieurs années, les émoticônes sont utilisées sur Internet pour rassembler une communauté, véhiculer des idées ou mener un combat de société…
Emojis sur Google (illustration)
Emojis sur Google (illustration) - Google
Marie De Fournas

Marie De Fournas

L'essentiel

  • En 2018, un œuf était retiré de l’émoji salade de Google pour rendre celle-ci plus « inclusive » pour les vegan, a déclenché de vives réactions sur la toile.
  • Depuis début février 2022, une trentaine de nouveaux émojis sont proposés par Apple dans sa nouvelle version d’iOS, la 15.4. Parmi eux se trouvent une boule à facettes, des haricots rouges, une béquille… mais aussi un homme enceint, qui depuis fait beaucoup (trop) parler de lui
  • 20 Minutes a demandé pourquoi à Vincenzo Susca, maître de conférences en sociologie de l’imaginaire et à André Gunthert, enseignant chercheur à l’Ehess, spécialisé en culture visuelle.

EDIT du 7 février 2022 : Les émoticônes représentant un homme enceint et une personne non genrée enceinte sont apparues en septembre 2021. Mais Apple l’a ajouté la semaine dernière à sa galerie d’émojis dans sa nouvelle version d’iOS, la 15.4. Depuis, la terre tremble, des internautes crient au scandale et même l’équipe de Cyril Hanouna s’en est émue dans « Touche pas à mon poste » assurant que « ce monde ne va pas du tout » et que « ça se barre en couille ». « 20 Minutes » vous propose donc à la relecture cet article qui explique pourquoi à chaque sortie d’une nouvelle émoticône, outil d’échange et de communication très puissant, la guerre 2.0 est déclarée.

Ce jeudi, Google faisait parler de lui sur les réseaux en annonçant qu’il . La raison ? « Cela en fait une salade vegan plus inclusive », a expliqué dans , Jennifer Daniel, responsable du design des émojis chez le géant d’Internet. Une démarche qui a à la fois suscité chez les omnivores et .

Cette polémique autour d’un émoji n’a rien d’inédit. De nombreux combats, idées et moyens d’identification ou d’appartenance passent par ces petites icônes et font débat. Ainsi, depuis près de trois ans, les émojis visages des smartphones sont disponibles en différentes couleurs de peau. En 2017, une ONG a voulu créer . Il y a peu, les roux ont enfin obtenu leur émoticône.

« Les symboles ont un impact dans notre société »

« Vu d’en haut, ça a l’air un peu ridicule, mais si on gratte, beaucoup moins. Sur Internet, l’émoji est un code universel, compréhensible à travers le monde entier », explique , enseignant chercheur à l’Ehess, spécialisé en culture visuelle. Une caractéristique qui fait de l’émoticône un outil d’échange et de communication très puissant.

« Il y a deux leviers autour de l’émoji : ce qu’il symbolise et qui il représente », poursuit André Gunthert. Ainsi, ou retirer un œuf d’une salade est symbolique. Est-ce que le premier fera avancer le débat sur le port d’armes à feu aux Etats-Unis et le second changera la condition des ? Pas sûr, mais ce n’est pas pour autant qu’il n’y aura pas de conséquences. « Les symboles ont un impact dans notre société. Avec le temps, ils changent notre façon de voir les choses, les mentalités. »

« Un moyen d’identification »

Pour le côté « représentation », Vincenzo Susca, maître de conférences en sociologie de l’imaginaire à l’Université Paul-Valéry de Montpellier, voit l’émoji comme le nouveau « moyen d’identification » sur la toile. « On se reconnaît et on exprime l’identité d’un groupe par ces images. L’espace numérique devient de plus en plus notre territoire de vie et l’on veut pouvoir s’y exprimer en tant que vegan, roux ou noir. »

« Il s’agit d’un jeu de code fermé : le nombre d’émoji est limité. Soit vous y êtes, soit vous n’y êtes pas. Dans tous les combats de minorités, il y a une volonté d’apparaître dans l’espace public. Tout simplement car c’est ce qui est vu ou non qui détermine la norme. Le fait qu’il y ait des débats autour d’émojis réclamés par une minorité, n’est pas étonnant. Dans la vie physique, les combats des minorités dérangent aussi les majorités », analyse André Gunthert. « On n’est qu’au début. Un jour, chaque groupe, avec ses nuances, ses différences et ses facettes, aura son propre émoji », assure Vincenzo Susca, auteur du livre .

Une arme ludique

Selon le sociologue, l’émoji répond également au besoin de s’unir entre personnes qui se ressemblent ou avec des idées communes pour mener des combats de la vie physique dans la vie numérique. Comme si les réseaux étaient un champ de bataille et les émojis, des armes, mais « ludiques ». « Cela permet de faire passer par le jeu, quelque chose qui n’en est pas un. »

Ces images derrière lesquelles différentes communautés se reconnaissent . « Or, l’émotion est au cœur de notre société. » D’où l’importante présence d’émojis dans les réactions sur les réseaux ou les échanges numériques. « Les millénials s’expriment plus par l’image que par l’écrit. Le texte vient compléter l’émoji, pas l’inverse ! C’est le passage de la parole au langage du corps. »

Ceci explique peut-être pourquoi un simple œuf en moins dans une salade n’est désormais plus si anodin.

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