Clichés racistes: Gad Elmaleh relance la polémique sur son sketch «Les Chinois»

POLEMIQUE A l'occasion de la rediffusion du spectacle, l'humoriste a trollé les détracteurs du sketch qui accumule les stéréotypes sur les Asiatiques...

M.C.

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Gad Elmaleh et Kev Adams grimés en Asiatiques pour leur sketch.
Gad Elmaleh et Kev Adams grimés en Asiatiques pour leur sketch. — Capture d'écran / M6
  • Le sketch, qui enchaîne les stéréotypes racistes sur les Asiatiques, avait choqué fin 2016.
  • Il a été rediffusé cette semaine par W9.
  • Gad Elmaleh s'en est pris à ses détracteurs, mettant de nouveau le feu aux poudres.

Les plus mauvaises plaisanteries sont souvent les moins courtes. Fin 2016, un sketch du spectacle de Gad Elmaleh et Kev Adams avait choqué : lumière jaune sur le visage, natte, accent caricatural… Les deux humoristes enfilaient comme des perles les stéréotypes sur les Asiatiques, provoquant la colère d’une partie des internautes. Avance rapide : mercredi dernier, W9 a rediffusé le spectacle, provoquant un nouveau tonnerre de réactions choquées, que Gad Elmaleh a accompagnées en trollant ses détracteurs sur les réseaux sociaux, mettant une nouvelle fois le feu aux poudres.

Près d’un an et demi après la première polémique, les posts Twitter et Instagram de Gad Elmaleh sont arrivés avant même la rediffusion télé, ne faisant pas non plus dans la dentelle, en détournant une photo de Louise Chen, DJ d'ascendances française et taïwanaise qui avait dénoncé le sketch l’an dernier, et en la livrant du coup en pâture aux 8 millions d’abonnés de l’humoriste.

Début 2017, la jeune femme avait signé dans les Inrocks une tribune où elle se disait « très très en colère parce qu’on a essayé de me faire croire l’espace d’un sketch que c’est ça la France de 2017. Elle recycle des blagues post-colonialistes d’il y a 30 ans comme si le “Chinois en France” n’avait pas évolué. ALORS QUE NON, je le sais que ce n’est pas ça la France. »

Après la rediffusion, Gad Elmaleh a remis le couvert, citant de nouveau le sketch et retweetant les éloges de ses fans. Mais en parallèle, les voix dénonçant les clichés racistes sur les Asiatiques se sont fait entendre sur les réseaux sociaux :

 

Sur Twitter, les réactions de colères se sont fédérées sous le mot-dièse #GadElmalehOutOfNetflix, en allusion au show en anglais de l’artiste diffusé depuis début mars sur la plateforme de streaming.

L’indignation s’est aussi fait entendre hors des réseaux. Après la rediffusion du sketch, le CSA aurait ainsi reçu plus d’une centaine de signalements de téléspectateurs, selon le Huffington Post.

Dans une tribune intitulée ironiquement « C’est pénible, ces Chinois qui n’ont pas d’humour », la journaliste d’origine vietnamienne Doan Bui écrit pour sa part :

« Le sketch est tellement bourré de clichés sortis du siècle dernier, qu’on a l’impression d’avoir été kidnappé dans la voiture de "Retour vers le Futur". Kev Adams est grimé en parodie de "Chinois" donc, une espèce de mix entre Ming Li Foo de "Lucky Luke" et le Dr Fu Manchu, il a une natte, un accent grotesque. Bref, c’est un gros moment de gêne [note à l’auteur des vannes : les sushis, ce n’est pas la Chine, mais le Japon, et la lumière jaune, là, sur le visage de Kev Adams, franchement, c’est non].

« Je me souviens, poursuit la journaliste de L’Obs, que lorsque Antoine Griezmann a fait une "blackface", ça a fait scandale, on a réexpliqué pourquoi la "blackface", c’est non, ce qui a le mérite de faire du bien à tout le monde, Griezmann s’est excusé, ce qui a permis de clore la polémique. Dans le cas de la "yellowface" de Gad Elmaleh et Kev Adams, ce qui est intéressant, c’est que personne n’a trouvé bon ni de s’excuser, ni même de s’interroger et de se poser la vraie question : le sketch était-il vraiment drôle ? (spoiler : non). On a aujourd’hui la réponse. Gad Elmaleh trouve le sketch drôle, et même mégadrôle. »

Le sketch « enfonce les clichés plutôt que les dénoncer »

Dans une autre tribune, publiée par le Huffington Post, Dominique Sopo, le président de SOS Racisme, enfonce le clou : « Le sketch n’est globalement pas drôle mais […] ce qui est plus gênant, c’est [qu’il] enfonce les clichés plutôt que les dénoncer », rappelant au passage que dans d’autres sketchs, Gad Elmaleh dénonce lui-même les clichés, par exemple sur les Marocains.

Dominique Sopo note aussi que « le racisme antiasiatique, au contraire du racisme envers les noirs, les Arabes, les Roms et les Juifs, n’est pas une ressource utilisée par les appareils politiques et se trouve, de ce fait, beaucoup plus pris à la légère dans le champ public ». « Nous sommes sur un sketch, écrit-il, dont le sujet est une population susceptible d’être victime d’une hostilité en mots ou en actes dont on sait, puisqu’il s’agit d’une hostilité raciste, qu’elle peut aller jusqu’aux extrémités de la violence. »