Telegram: Cinq choses à savoir sur la messagerie menacée de blocage en Russie

APPLICATION Créé par le Russe Pavel Durov, Telegram connaît une forte croissance alors que des pays comme la Russie et l’Iran s’en méfient…

O. P.-V. (avec AFP)

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L'application Telegram sur mobile (illustration).
L'application Telegram sur mobile (illustration). — Wally Santana/AP/SIPA
  • 200 millions d'utilisateurs, 700.000 de plus tous les jours selon son fondateur.
  • Telegram est autant utilisé par les responsables politiques que les dissidents dans les Etats autoritaires, ainsi que les terroristes.
  • Son créateur Pavel Durov est considéré comme le Mark Zuckerberg russe.

La messagerie Telegram, menacée de blocage en Russie, a séduit 200 millions d’utilisateurs depuis 2013, mais aussi les investisseurs en offrant une forte confidentialité. Elle affirme gagner quelque 700.000 nouveaux utilisateurs par jour, bien qu’elle reste encore loin du milliard d’utilisateurs de la messagerie WhatsApp, contrôlée par Facebook.

Telegram est aujourd’hui au centre de l’attention des milieux financiers, affolés par l’apparition des cryptomonnaies. Depuis le début de l’année, la messagerie a levé 1,7 milliard de dollars - un montant record pour ce secteur - via deux levées de fonds massives pour développer les technologies du blockchain à la base des cryptomonnaies. 20 Minutes décrit ce concurrent de WhatsApp & co en cinq points.

Un cryptage fort

Grâce à un système de cryptage complexe, Telegram se pose en champion de la liberté d’Internet et de la confidentialité de ses utilisateurs. La messagerie a notamment enregistré un succès fulgurant dans le contexte des révélations de surveillance à grande échelle de l’ex-consultant du renseignement américain Edward Snowden, réfugié en Russie… et que son créateur Pavel Durov a proposé d’embaucher lors de son arrivée à Moscou en 2013.

« Contrairement à d’autres applications populaires, Telegram n’a pas d’actionnaires ou d’annonceurs auxquels rendre de comptes », a ainsi souligné Pavel Durov, insistant n’avoir divulgué « pas un seul octet des données personnelles de nos utilisateurs à des tiers ».

Cette promesse de sécurité, ainsi que ses « chaînes » qui permettent aux utilisateurs de diffuser des informations à leurs abonnés, lui vaut notamment d’être utilisé par des certaines administrations russes pour leur communication, y compris le Kremlin ou le comité d’enquête.

Un fondateur au drôle de profil

Doté d’une fortune de 1,7 milliard de dollars à 33 ans selon Forbes, Pavel Durov a fondé Telegram en 2013 avec son frère Nikolaï. C’est en 2006, tout juste diplômé de l’université de Saint-Pétersbourg, qu’il se fait connaître en lançant le réseau social VKontakte, devenu rapidement le premier de Russie devant Facebook et valant à Pavel le surnom de Mark Zuckerberg russe.

Pavel prend la lumière par rapport à son frère, discrète éminence grise, et - ouvertement libertaire - enchaîne les provocations (il avait accusé le gouvernement français d'être aussi responsable des attentats de Paris que l'Etat islamique), entre doigts d’honneur postés sur les réseaux sociaux et billets de banque lancés par la fenêtre de leurs locaux.

Le succès de VKontakte débouche sur des frictions. Avec ses actionnaires, puisqu’il vend VK en 2014 après des mois de conflit, mais aussi avec les autorités. Il quitte la Russie après avoir refusé de remettre au FSB les données personnelles de militants proeuropéens ukrainiens.

Après avoir développé Telegram en voyageant de pays en pays afin d’éviter les entraves, il s’installe à Dubaï et obtient la citoyenneté de l’île caribéenne Saint-Kitts et-Nevis. Très secret sur sa vie privée, Pavel Durov se met néanmoins savamment en scène sur les réseaux sociaux, vêtu de noir ou exhibant ses muscles sur des plages paradisiaques.

Le canal des politiques

L’Obs a consacré tout un article en mars à l’utilisation compulsive par le président de la République Emmanuel Macron, les membres du gouvernement mais aussi les députés LREM de la messagerie. « Durant la campagne, tout passait par Telegram, c’est devenu très vite le seul canal naturel », explique ainsi un « membre au cœur du réacteur » dans l’hebdomadaire.

Exemple avec le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin, accroc à l’application : « Sa boucle [son groupe de discussion] est spectaculaire. On peut y poser des questions en direct, à n’importe quelle heure du jour et de la nuit […] Le ministre y cajole les députés », explique un parlementaire au magazine. Et les marcheurs ne sont pas les seuls, la majorité de l’état-major de la France insoumise y passant nuit et jour pour communiquer entre eux.

La messagerie des terroristes…

C’est comme cela que Telegram s’est fait connaître en France. L’Etat islamique avait même fait la promotion en ligne de son canal Telegram. L’EI avait par exemple revendiqué les attentats de Paris ou le crash de l’avion russe dans le Sinaï fin 2015 par ce moyen. La messagerie a été montrée du doigt dans le contexte des menaces terroristes. Sous pression après les attentats de Paris en novembre 2015, elle décide de fermer des comptes liés au groupe Etat islamique. Elle en a encore bloqué plus de 6.000 en mars.

Pavel Durov définit ainsi sa ligne de conduite : « Pour nous la limite est claire. Critiquer les autorités locales, contester le statu quo et débattre de politique ne pose pas problème. Par contre, promouvoir la violence et appeler à des actions qui peuvent nuire à des innocents pose un problème ».

…Mais aussi des dissidents politiques

Ce qui en fait un canal détesté par les Etats autoritaires. Telegram connaît des frictions régulières avec les autorités en Russie mais aussi en Iran, où il a provisoirement été bloqué en décembre et janvier lors des troubles suivant des manifestations contre la vie chère. Les relations entre Durov et le Kremlin sont toujours aussi tendues.

Le régulateur russe des télécommunications a saisi ce vendredi la justice pour demander le blocage de la messagerie Telegram, qui a refusé de fournir aux services de sécurité russes ses clés de cryptage permettant de lire les messages des utilisateurs. Le 20 mars, l’agence de régulation Roskomnadzor avait donné 15 jours à Telegram pour fournir ses clés de cryptage.

« Les menaces de bloquer Telegram s’il ne fournit pas les données personnelles de ses utilisateurs n’auront pas de résultats. Telegram défendra la liberté et la confidentialité », avait alors réagi sur Twitter Pavel Dourov.

Mi-octobre, la justice russe avait condamné Telegram à une amende de 800.000 roubles (18.000 euros) pour avoir refusé de coopérer avec le FSB. La messagerie avait déjà échappé à un blocage en juin après avoir accepté de fournir au régulateur russe des informations pour être intégrée au registre des diffuseurs d’information, ce qu’elle refusait auparavant.

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