Urbex: Nos conseils pour vous lancer avec tact dans l'exploration urbaine et réussir vos photos

PHOTO La photo urbex se démocratise… un peu trop pour ses adeptes. Avant de vous lancer dans l’« exploration urbaine », préparez votre matériel et adoptez les bons réflexes pour réussir vos images de décors à l’abandon…

Christophe Séfrin

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Un objectif ultra grand angle est à privilégier en photo urbex.
Un objectif ultra grand angle est à privilégier en photo urbex. — PHILIPPE SERGENT
  • Photo, vidéo: l’exploration urbaine (urbex) a la cote depuis plusieurs années et se répand sur les réseaux sociaux.
  • L’engouement est tel que les fans de toujours voient d’un mauvais oeil l’arrivée de profanes dans leur univers.
  • En adoptant un comportement en phase avec la philosophie urbex et quelques réflexes, on peut quand même tenter de partir à l’aventure…

Hier pratiquée par une petite communauté de fans, l’urbex (pour exploration urbaine) s’est démocratisée. Photos et vidéos de lieux désaffectés pullulent aujourd’hui sur Internet, comme encore récemment avec cette découverte par un YouTubeur d’un Eurostar « abandonné ». Sa vidéo a déjà été vue plus de 1,8 million de fois…

Problème : l’engouement pour l’urbex finit, à force d’explorations, mais aussi de pillages, par faire perdre à certains sites leur photogénie originelle. Et l’usage que font certains de leurs photos ou vidéos dénature le concept original.

>> A lire aussi : Urbex sur YouTube: Les «putaclics» sont-elles en train de tuer l'exploration urbaine?

Trop tard ? Non : si vous êtes prêts à respecter les règles de l’urbex (et à ne pas vous mettre en danger !), voici comment immortaliser des images à sensations de décors à l’abandon…

L’équipement : explorez léger !

L’exploration urbex impose un équipement léger. « On se rend généralement dans des lieux difficiles d’accès, il va falloir enjamber des murs, ramper, avoir conscience que l’on va revenir sale, voire très sale », rappelle Philippe Sergent, auteur du livre Les secrets de la photo Urbex (Eyrolles éditions).

Philippe Sergent, auteur de Les secrets de la photo Urbex aux éditions Eyrolles.
Philippe Sergent, auteur de Les secrets de la photo Urbex aux éditions Eyrolles. - PHILIPPE SERGENT

 

Du coup, on ne s’encombre que d’un smartphone (avec coque de protection), d’un appareil photo hybride ou d’un réflex, mais aussi d’un trépied. On peut compléter son équipement avec une lampe torche, une boussole… Le site my-urbex.com s’est fait une spécialité des accessoires pour les explorateurs urbains.

Cadrage : privilégiez le grand-angle

Maisons abandonnées, usines délabrées, sales des machines… souvent, le recul peut manquer pour immortaliser une scène. Si l’on utilise un appareil photo, un objectif ultra grand-angle est primordial dans son équipement. Canon 10-18 mm ; Tokina 11-16 mm, Nikon 10-20 mm… il est facile de trouver sa monture pour un budget compris entre 200 et 400 euros, environ.

Un complément d'optique pour smartphone peut être envisagé.
Un complément d'optique pour smartphone peut être envisagé. - PIXTER

 

Pour un smartphone, un complément d’optique comme ceux de la marque Pixter peut être envisagé : pour 49 euros, il est possible de greffer sur l’objectif de son smartphone une optique de 18 mm qui va peu ou prou doubler votre recul. C’est déjà ça… On n’oublie pas de photographier les matières : rouille, textures vieillies, poussières… extrêmement photogéniques.

Temps de pause : plus c’est long…

Trépied pour appareil photo ou tripode articulé pour smartphone (comme ceux de la marque Joby) sont indispensables : les photos urbex sont le plus souvent prises en basse lumière et imposent un temps de pause long. « Entre 30 secondes et une minute, voire davantage si l’on est dans un environnement très sombre qui peut aussi nécessiter un éclairage d’appoint », précise Philippe Sergent. On utilisera le retardateur ou, mieux, une télécommande si son matériel est compatible. Avec un smartphone, on peut aussi déclencher la prise de vue à distance à l’aide d’une montre connectée ou d’une montre hybride.

Filtres : Instagram est passé par là

Le partage des photos urbex sur Instagram est incontournable. On peut donc user, voire parfois abuser de filtres, comme le fait avec talent Laura aka urbexgrl sur Instagram.

On n’oublie pas les hashtags #urbex ; #abandoned ; #ruins ; #urbanexploring… Noir et blanc ou couleur ? A chacun sa philosophie. Pour les retouches, « la plupart des urbexeurs utilisent le logiciel Lightroom », constate l’auteur de « Les secrets de la photo Urbex ». Facebook, 500px, Pinterest et flickr restent également des lieux de prédilection pour le partage de photos urbex, même si flickr semble avoir perdu en notoriété. Pour les vidéos, YouTube est le passage obligé. Par contre, les excès y sont devenus légions, avec des explorations vidéo annoncées comme « finissant mal », qui font perdre à l’urbex son goût originel.

Carte mémoire : grugez, vous serez sauvé !

La photo urbex suppose parfois de visiter des lieux privés, voire gardiennés. Si l’on peut tomber sous le coup d’une plainte pour violation de domicile, il est aussi possible de se faire attraper par un gardien qui vous demandera d’effacer vos photos, ou vous confisquera votre carte mémoire. Solution pour ne pas repartir bredouille de son exploration : substituer à la carte mémoire de son appareil photo sur laquelle on a réalisé ses clichés urbex une autre carte contenant des photos sans importance.

Se mettre en scène : pourquoi pas…

Pas de règle en la matière. « Certains photographes le font, d’autres pas », constate Philippe Sergent. Pour ajouter un effet « waouh » à leurs photos, certains posent avec un masque à gaz. D’autres, comme Umbertha, ont trouvé un style propre entre l’urbex et la photo de charme.

Selon Philippe Sergent, « beaucoup de ceux qui démarrent dans l’urbex ont tendance à faire du nu. Après, ils passent à autre chose. Mais ce ne sont pas des urbexeurs ». A bon entendeur…

Code d’honneur

Les vrais urbexeurs sont supposés suivre une règle stricte, posée par l’explorateur urbain canadien Ninjalicious, précurseur en matière de photo urbex: « Ne casse rien, ne vole rien, ne laisse derrière toi que des traces de pas ». Il est aussi de coutume de ne pas dévoiler ses adresses afin que les sites ne subissent pas de dégradation.