Trois ans après, les «Toujours Charlie» réunis dans l’entre-soi pour un hommage à l'hebdo satirique

COMMEMORATION À la veille de la commémoration de l’attentat contre le journal satirique, ses nombreux soutiens se sont réunis à Paris pour discuter de « l’esprit Charlie »…

Olivier Philippe-Viela

— 

Un tee-shirt
Un tee-shirt — CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP
  • Une journée hommage à Charlie Hebdo s’est déroulée à Paris, trois ans après l’attentat contre sa rédaction.
  • Les soutiens médiatiques de l’hebdomadaire ont témoigné de leur vision de la laïcité.
  • Les contradicteurs n’étaient pas les bienvenus, alors que l’esprit Charlie est moins partagé qu’il y a trois ans.

Dispositif policier important, fouilles à l’entrée et billet obligatoire. Ce samedi aux Folies Bergère, dans le 9e arrondissement de Paris, les curieux auraient pu se croire aux abords de la rédaction de Charlie Hebdo. Il y avait bien des représentants de l’hebdomadaire caustique dans la salle de spectacle – notamment son rédacteur en chef, Gérard Biard, et sa DRH, Marika Bret -, pour cette journée consacrée à rendre hommage au travail du journal, et commémorer le troisième anniversaire de l’attentat qui a fait douze morts le 7 janvier 2015.

>> A lire aussi : «Charlie Hebdo»: Trois ans après les attentats, Emmanuel et Brigitte Macron sur les lieux dimanche pour les commémorations

Leurs noms (Charb, Cabu, Honoré, Tignous, Wolinski, Elsa Cayat, Bernard Maris, Franck Brinsolaro, Mustapha Ourrad, Michel Renaud, Ahmed Merabet et Frédéric Boisseau) ont été prononcés en ouverture par Jean-Pierre Sakoun, président du Comité Laïcité République, coorganisateur avec la LICRA et le Printemps républicain de cette journée « Toujours Charlie ».

« La majorité de nos concitoyens sont toujours Charlie »

Depuis 2015, les représentants de ces trois organismes défendent sur les réseaux sociaux « l’esprit Charlie », avec en toile de fond un débat qui se poursuit encore sur la laïcité française, et son rapport à la religion musulmane.

>> A lire aussi : Derrière la querelle entre «Charlie» et «Mediapart», une guerre entretenue autour de la laïcité

Ce 6 janvier, ils étaient réunis en chair et en os. Au-delà de l’hommage au journal et à sa rédaction décimée, les discussions ont porté sur la liberté d’expression et la place de l’Islam en France. Le sous-titre de l’événement donnait le ton : « De la mémoire au combat ». « La majorité de nos concitoyens sont toujours Charlie, il ne faut pas se laisser impressionner par ceux qui disent le contraire », a souligné le cofondateur du Printemps républicain Laurent Bouvet, figure en ligne et dans les médias des défenseurs du journal.

61 % des Français disent encore se retrouver dans le fameux « Je suis Charlie », selon un sondage de l’Ifop pour Europe 1 diffusé vendredi. Dix points de moins qu’en janvier 2016, alerte le directeur de l’institut, Frédéric Dabi, pour qui « c’est sur les réseaux sociaux qu’il y a le plus de remises en cause de Charlie », des réseaux où « certains disent que le journal dépasse les bornes ».

Des sièges réservés aux Folies Bergère à Paris, pour la journée
Des sièges réservés aux Folies Bergère à Paris, pour la journée - CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

« Beaucoup font un amalgame entre laïcité et racisme »

Alors les soutiens de l’hebdomadaire sont montés au créneau, durant trois heures de « débats » sans contradicteur. « C’est un choix qui a été pris après en avoir débattu », justifiait Laurent Bouvet au Monde. « Beaucoup font un amalgame entre laïcité et racisme, or la laïcité, c’est l’inverse du racisme, elle protège les personnes », a assuré Samuel Mayol, directeur de l’IUT de Saint-Denis, un temps suspendu de ses fonctions pour « manipulation islamophobe » avant d’être relaxé.

Outre les témoignages vis-à-vis de l’Islam, en présence par exemple de Bernard Ravet, auteur de Principal de collège ou imam de la république ?, les prises de parole visaient à défendre une certaine vision de la liberté d’expression.

L’essayiste Caroline Fourest, ancienne de Charlie Hebdo :

On nous dit : "Ce n’est pas gênant cet événement où il n’y a que des gens qui partagent tous la même vision de la laïcité ?" Mais on ne nous propose que des anti-Charlie comme contradicteurs ! »

La philosophe Elisabeth Badinter, grande gagnante à l’applaudimètre :

Peut-on encore être Charlie ? Oui, sans restriction, mais surtout, on doit être Charlie. »

Au premier rang, dans le public, Anne Hidalgo, la maire de Paris, et Manuel Valls ont assisté à l’ensemble des discussions. L’ancien Premier ministre s’est même déridé le temps de quelques blagues potaches à son endroit, dans un esprit très Charlie, versant humoristique. La porte-parole des Femen, Inna Shevchenko, a aussi rendu une forme d’hommage à l’humour du journal athée, devant un public conquis : « Si nous nous trompons sur toute la ligne, sachez que ce sera une joie de brûler en enfer avec vous ».