Trump a-t-il recours à des supporters fantômes sur Twitter pour gonfler sa popularité?

FAKE NEWS D'étranges comptes créés en janvier 2016 suivent le président et lui envoient des messages de félicitations...

Lucie Bras

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Une émission satirique américaine présente la Twitter-bibliothèque présidentielle de Donald Trump.
Une émission satirique américaine présente la Twitter-bibliothèque présidentielle de Donald Trump. — ROB KIM / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
  • Donald Trump a remercié une internaute sur Twitter pour son soutien.
  • Après enquête, il s’avère que ce compte Twitter est un faux.
  • Derrière ces comptes construits de toutes pièces, des robots sont à la manœuvre.

Des robots se cachent-ils parmi les milliers de fans de Donald Trump sur Twitter ? C’est en tout cas ce que pensent de nombreux internautes, qui ont soulevé cette problématique après que le président des Etats-Unis a répondu à un compte un peu louche.

Elle s’appelle Nicole et se présente sur Twitter comme une femme noire américaine, entrepreneure, propriétaire d’une arme, fervente supportrice de Donald Trump. Jusque-là, rien de suspect. Mais depuis quelques heures, son profil est scruté par de nombreux observateurs, après que le président l’a remerciée pour son soutien.

Des maquettes réutilisables

Des internautes ont mené l’enquête sur cette femme qui a créé son compte en janvier 2017 (cette date ne vous rappelle rien ?). Dans un portrait publié sur elle par le site d’information Heavy, il n’y a aucune information concrète, aucune mention de ville ou d’entreprise à laquelle se rattacher par exemple. Son compte Twitter renvoie seulement vers un site de vente de « goodies Trump », dont l’entrepreneuse serait à l’origine.

Parmi les mannequins de ce site, une photo paraît familière. C’est celle de Kendra Manning, blogueuse et pro-Trump, qui affiche ses cheveux décolorés et son look de hipster sur son compte Twitter. Jusque-là, rien de (trop) suspect. Mais un internaute a découvert que sa photo et celles du site de vente en ligne sont en réalité des maquettes, utilisables par tout le monde et pour tout type de vente de tee-shirts. C’est un service qui permet de présenter ses produits à peu de frais. La preuve, de nombreux sites utilisent la même jeune femme pour exposer leurs t-shirts comme cette  boutique etsy qui prône le girl power, ce t-shirt « What did you do last summer » ou cette boutique de mode en ligne. Toujours la même photo, déclinable à l’infini.

Qui trouve-t-on aussi sur ce site ? Surprise ! Nicole Mincey elle-même, décrite comme une « jeune et jolie femme vêtue d’un tee-shirt blanc à col rond qui marche dans un centre commercial ». Loin de l’entrepreneuse pro-Trump. Ce mannequin a simplement posé pour un site d’images libres, et a été transformée par la suite en supportrice de Trump, en lui fabriquant une identité.

Fantômes numériques

Comme Nancy et Kendra, ils sont nombreux à relayer l’information pro-Trump, et à avoir des t-shirts identiques

Ces faux comptes s’appellent des bots : ils ont tout de vrais comptes, mais personne ne se cache derrière. Ils produisent du contenu de manière automatique ou semi-automatique et jouent un rôle important en politique : au moment de l’élection présidentielle américaine, des chercheurs ont estimé qu’un tiers des followers de Trump étaient des bots et un cinquième pour Clinton.

En France aussi, les bots se sont imposés dans les stratégies de campagne, notamment dans le camp de Marine Le Pen. Ils ont également joué un rôle dans les MacronLeaks, ces fuites de documents du mouvement En Marche !. Leur but : occuper le terrain et relayer l’information. Programmés à l’avance, ces robots peuvent faire remonter une information ou donner du poids à un message grâce à leur participation massive. Même si elle est combattue par certains sites comme Twitter, la présence de ces fantômes numériques est plus importante qu’on ne le croit. D’après une étude de la société Imperva datée de février 2017, plus de la moitié du trafic sur Internet est générée par des bots.