Corée du Nord: Kim Jong-un s'offre son tout premier site officiel à destination... des étrangers

INTERNET Un site tourné vers le monde dans ce pays où une poignée d'habitants ont accès à l'Internet que nous connaissons...

Lucie Bras

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Photo de Kim Jong-un diffusée par l'agence officielle nord-coréenne, le 30 mai 2017.
Photo de Kim Jong-un diffusée par l'agence officielle nord-coréenne, le 30 mai 2017. — Yonhap News/NEWSCOM/SIPA

Attention, ça pique les yeux. Le régime nord-coréen a mis en ligne son premier site officiel d’un organe d’Etat, celui du ministère des Affaires étrangères.

Capture d'écran du site officiel du ministère des Affaires étrangères coréen.
Capture d'écran du site officiel du ministère des Affaires étrangères coréen. - Capture d'écran

Sur un fond dégradé digne des Power Point des années 2000 (les vrais savent), ce site mis en ligne le 20 juin propose de nombreux services. Vous y trouverez un fil d’actualité nourri par des informations de l’agence de presse officielle du pouvoir, les prises de position et déclarations du pouvoir, un topo sur la Corée du Nord (géographie, population etc), des traités politiques sur le socialisme.

Pour nous c’est peut-être un détail, mais dans un pays comme la Corée du Nord, c’est à marquer d’une pierre blanche. Sur les 25 millions d’habitants, seuls une poignée a accès l’Internet tel qu’on le connaît. « Il n’y a qu’une partie de la population qui y a accès », explique Juliette Morillot, journaliste et co-auteure du livre La Corée du Nord en 100 questions (Tallandier).

« Communiquer par eux-mêmes »

« Les élites, les diplomates, les expatriés et quelques étudiants triés sur le volet. Tous doivent avoir un permis pour posséder un ordinateur. » Ces privilégiés se partagent une connexion très faible. « J’en avais parlé à un diplomate, qui me disait que la puissance du réseau pour l’ensemble des expatriés à Pyongyang était l’équivalent de celle d’un immeuble en France », raconte Juliette Morillot.

Si les Nord-Coréens n’ont presque pas accès à « notre » Internet, alors à qui est destiné ce site officiel ? « Il y a une volonté affichée de pouvoir communiquer par eux-mêmes à travers ce site en anglais, et de diffuser les messages nord-coréens officiels à un maximum d’interlocuteurs », observe Dorian Malovic, co-auteur du livre avec Juliette Morillot. Une stratégie de communication vers l’étranger donc, dans un pays où toutes les productions Internet sont validées par le gouvernement.

Un Angry Birds nord-coréen

Et le reste des Nord-Coréens alors ? Ils doivent se « contenter » d’un intranet. Ce service gratuit et similaire à ce que nous connaissons : « L’intranet, appelé « Kwangmyong », fonctionne avec un système d’exploitation comme Linux qui s’appelle Red Star. La navigation, ressemble à celle d’un équipement Mac, et le moteur de recherche, c’est un peu Firefox. » Pour surfer sur ces interfaces, les Nord-Coréens possèdent 3 millions de téléphones portables et tablettes.

Un équipement à la ville comme à la campagne, qui va à l’encontre des clichés sur le pays. « Quand on les voit patienter devant une gare par exemple, ils sont tous penchés sur leur téléphone portable, ce n’est pas très différent de ce qu’on voit ailleurs. » Depuis leurs smartphones, 5.000 sites sont accessibles. Ils ont également de nombreuses applications : des dictionnaires, des recettes de cuisine, de la musique, un GPS, des sociétés de livraison à domicile, et même un Angry Birds coréen.

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