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C’est quoi cette histoire de détention illégale d’un album du Wu-Tang ?

L’ex super-méchant de la pharmacie condamné pour avoir streamé un album du Wu-Tang

copie cachéeIl était une fois à Shaolin, un super vilain qui détenait un trésor unique qu’il n’était plus censé posséder
Laurent Bainier

L.B.

L'essentiel

  • En 2015, le Wu-Tang Clan a vendu un exemplaire unique de son double album secret.
  • Acheté par un financier véreux, l’album a fini dans la collection d’une plateforme autonome vouée à l’art numérique.
  • Mais le premier acheteur avait gardé une copie qu’il a diffusée sur X, déclenchant un nouvel épisode de cette bataille judiciaire.

En sortant « Once Upon a Time in Shaolin », le Wu-Tang Clan voulait ajouter une page à l’histoire de l’industrie musicale. Neuf ans après sa sortie, c’est tout un livre que le groupe de hip-hop américain a écrit. Mais contrairement à ce que son titre (« il était une fois à Shaolin ») laissait entendre, il s’agit moins d’un conte de fées que d’un feuilleton judiciaire.

Au commencement était donc ce « Once Upon a Time in Shaolin », double album mythique parce que ses auteurs avaient décidé dès son lancement d’en faire un ovni. Edité à un seul exemplaire, il était vendu aux enchères en 2015 pour la somme record de 2 millions de dollars. L’acquéreur n’avait pas le droit de l’exploiter commercialement mais pouvait le diffuser gratuitement, l’objectif étant d’explorer de nouvelles voies de financement pour la musique.

« L’homme le plus détesté du monde »

Ce que n’avait pas prévu le Wu-Tang, c’est que l’acheteur serait un homme à la réputation sulfureuse, Martin Shkreli, connu pour ses manœuvres dénuées d’éthique dans le monde de la pharmacie. Gestionnaire de fonds d’investissement, il s’était notamment fait connaître en achetant les droits d’un médicament contre la toxoplasmose pour en multiplier immédiatement le prix par 55.

Sans grande surprise, celui que la presse présentait alors comme « l’homme le plus détesté d’Amérique » annonçait, à peine l’achat enregistré, qu’il allait détruire l’album pour que personne d’autre que lui n’en profite.

Mais Shkreli ne mit pas ses menaces à exécution et deux années plus tard, « Once Upon a Time in Shaolin » réapparut. Il était mis en vente par son propriétaire, condamné à sept ans de prison pour fraude boursière et contraint de payer une énorme amende.

La DAO attaque

L’histoire ne s’arrêtait pas là, car une fois de plus l’acheteur était atypique. PleasrDAO, comme son nom l’indique, est une DAO, une organisation autonome décentralisée, sorte de coopérative virtuelle constituée autour d’un crowdfunding en cryptomonnaie. Initialement créée pour acheter un NFT très recherché d’une artiste nommée PPLPLEASR, la DAO s’est donnée plus largement pour but de collectionner de l’art numérique et de le rendre accessible au plus grand nombre. Et c’est ainsi qu’elle a fait l’acquisition de l’album du Wu-Tang. Le super vilain arrêté, l’album aux mains d’une coopérative animée de bonnes intentions, l’épilogue semblait parfait…

Mais Shkreli, sorti de prison en 2022, n’avait semble-t-il pas dit son dernier mot. Le 9 juin dernier, sur X, il a diffusé en direct l’album, prouvant qu’il avait gardé une copie de l’œuvre. Dans la foulée, toujours sur X, PleasrDAO annonçait qu’elle le poursuivait en justice, affirmant que la diffusion de l’album lui causait un grave préjudice financier.

Un premier jugement

Pour l’accusé, l’action en justice n’était pas recevable car la DAO n’avait pas fait voter ses membres avant de porter plainte. Shkreli le mal-aimé s’est d’ailleurs trouvé sur X des soutiens inattendus, plusieurs internautes estimant que diffuser au plus grand nombre l’album comme l’a fait Shkreli n’est pas moralement condamnable.

Mais dans un premier jugement, la justice américaine a finalement donné raison à PleasrDAO : le tribunal a ainsi émis une ordonnance restrictive temporaire interdisant à Shkreli « d’utiliser, de diffuser, de streamer ou de vendre tout ce qui a trait l’album, y compris ses données et ses fichiers ». Pour d’éventuels dommages et intérêt, il faudra attendre la suite de la procédure. Il était une fois à Shaolin, une histoire qui n’avait pas fini de rebondir…