Instagram dégaine son arme anti-harcèlement: Et Twitter?

WEB Instagram vient d’ajouter un moyen de faire taire le harcèlement dans les commentaires. Pourquoi Twitter, toujours sous le feu des critiques, n'en fait-elle pas autant?... 

Annabelle Laurent
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Le 15 août dernier, Justin Bieber quittait Instagram, laissant 77 millions d’abonnés inconsolables : en cause, le flot de commentaires haineux ayant déferlé sous les photos qu’il avait postées de lui en compagnie de sa nouvelle copine Sofia Richie. Si l’exaspération de Sir Justin avait alors fait le tour des médias, elle ne faisait que mettre en lumière une fois de plus – et via une histoire légère, pour une fois — le défi persistant que pose la prolifération des commentaires insultants aux réseaux sociaux, tenus de combattre le harcèlement, mais soucieux de respecter la liberté d’expression.

Ce lundi 12 septembre, les utilisateurs d’Instagram – plus de 500 millions de personnes – ont vu apparaître dans leur application une nouvelle option : « Masquer les commentaires inappropriés ». Sont considérés comme « inappropriés » des commentaires « contenant des mots souvent signalés comme étant offensants ».

Et l’utilisateur a également la possibilité d’ajouter lui-même des mots-clés qui, s’ils sont utilisés dans un commentaire, masqueront automatiquement celui-ci. Instagram avait déjà permis, en amont de cette annonce, à certaines célébrités (comme Taylor Swift, souvent victime des trolls) de désactiver l’option commentaires sous certains posts, tout en ayant développé depuis sa création des outils permettant la suppression ou le signalement de commentaires, ainsi que le signalement de comptes.

Polémique sur polémique 

Masquer les insultes : la démarche paraît simplissime, efficace. Si bien que l’on peut s’interroger: «Pourquoi Twitter ne peut-il pas faire exactement ce qu’Instagram vient de faire ? », comme le souligne Wired.

Twitter ne cesse en effet d’être pointé du doigt pour son combat insuffisant contre le harcèlement. Pour ne citer que deux épisodes de l’été écoulé : en juillet, la campagne de harcèlement lancée contre l’actrice noire Leslie Jones (star de S.O.S Fantômes), victime de centaines de messages sexistes et racistes au moment de la sortie du Ghostbusters 3 100 % féminin. En août, une fronde s’organisait contre Twitter avec le hashtag #ModerecommeTwitter, lancé pour critiquer le volontarisme avec lequel le réseau censurait, pour des raisons de droits d’auteur, les photos des JO, tandis que des appels à la haine ou commentaires homophobes, racistes ou sexistes continuent d’être publiés chaque jour.

Et ce bien que le réseau ait précisé en décembre dernier sa définition des contenus interdits, listant les « conduites haineuses », le « harcèlement » et les « menaces violentes »… Fin août, une utilisatrice américaine quittait également le réseau après avoir constaté que les très nombreuses menaces de viol qu’elle avait reçues ne constituaient pas, aux yeux de Twitter, une violation des règles d’utilisation du réseau

« Notre gestion des abus et des trolls est nulle, elle l’est depuis des années », Dick Costolo, PDG de Twitter

« La beauté de la communauté Instagram est la diversité de ses membres, écrit dans un post de blog Kevin Systrom, le PDG d’Instagram. Or, parfois, les commentaires sous les photos peuvent être désobligeants. Nous nous devons de promouvoir une culture où chacun se sente libre d’être lui-même sans être critiqué ou harcelé. »

Le CEO de Twitter dirait-il autre chose ? Non, bien sûr. Mais la différence fondamentale,rappelle Wired, tient à l’identité du réseau créé en 2006 et incapable de définir, depuis dix ans, sa politique de modération. Une enquête de Buzzfeed publiée en août et traduite par Buzzfeed France montre à quel point l’entreprise est paralysée par son attachement à la liberté d’expression, valeur suprême défendue par les trois premiers employés de l’entreprise issus de Blogger, où n’existait aucune modération.

En février 2015, le PDG de Twitter Dick Costolo écrivait à ses employés une note interne, que The Verge s’était procurée : « Notre gestion des abus et des trolls est nulle, elle l’est depuis des années. Ce n’est un secret pour personne, et le monde entier en parle chaque jour. Nous perdons de plus en plus d’utilisateurs en n’affrontant pas la question des trolls qui se pose chaque jour ».

Un aveu de faiblesse déconcertant, et dans la lignée duquel s’inscrit l’annonce du 18 août dernier: l’arrivée de nouveaux outils pour lutter contre le harcèlement, dont un « filtre de qualité » permettant de masquer des notifications jugées indésirables.  De nouvelles options  immédiatement considérées comme trop timorées.

Lutter contre le harcèlement? « Il en est de notre responsabilité d’entreprise », estime le PDG d’Instagram. Et Wired d’en  conclure: «C’est en effet la responsabilité de n’importe quel réseau social, quelle que soit son histoire. Tu entends ça, Twitter?»