Ces échecs technologiques: Le MiniDisc, rayé de la carte

SÉRIE D’ÉTÉ (2/5) Echecs commerciaux ou échecs d’estime, « 20 Minutes » retrace l’histoire de ces objets présentés comme révolutionnaires mais tombés dans l’oubli…

Helene Sergent

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Lancé en 1992 par Sony, le format MiniDisc s'est rapidement fait détrôné par le MP3.
Lancé en 1992 par Sony, le format MiniDisc s'est rapidement fait détrôné par le MP3. — YOSHIKAZU TSUNO / AFP

Il devait s’imposer comme le digne successeur de la toute-puissante cassette audio.
Dix-neuf ans après sa commercialisation par Sony, le MiniDisc (MD) a tiré sa révérence au grand désarroi d’une poignée d’inconditionnels du disque miniature.

Comment ça marche ?

A première vue, le MiniDisc ressemble comme deux gouttes d’eau à son grand frère, le Compact-Disc (CD), à la différence près qu’il est possible d’enregistrer dessus jusqu’à 80 minutes de son et qu’il n’excède pas la taille d’une disquette. Cumulant les avantages d’une K7 et ceux d’un CD, le nouveau format séduit les passionnés de musique et les professionnels mais peine à convaincre le grand public.

Pourtant Sony tente tout dans ses publicités, qui transpirent les années quatre-vingt-dix, pour ériger le MiniDisc au sommet du cool. Si les premières années sont chaotiques en termes de ventes, Sony écoule près de 22 millions d’exemplaires en moins de vingt ans.

Pourquoi c’est un échec ?

L’arrivée massive sur le marché musical du nouveau format MP3, pourtant de moins bonne qualité, a tué l’expansion du MiniDisc dès le début des années 2000. Le choix restreint des albums dans le catalogue proposé par Sony rebute également une partie du grand public.

Pour Nicolas Nova, auteur des Flops technologiques-Comprendre les échecs pour innover (Ed. FYP) publié en 2011, l’arrêt de la commercialisation de ce format par Sony traduit surtout un décalage entre développeurs et consommateurs : « La difficulté supplémentaire rencontrée par Sony a été de convaincre les gens de changer leur discographie. Quand on a déjà les CD et les vinyles, est-ce que cela vaut vraiment le coup d’ajouter un nouveau format ? ».

Une étape pourtant fondamentale dans le processus de création souligne Catherine Lejealle, sociologue des nouvelles technologies : « En marketing, on appelle ça le gouffre de Moore. Pour qu’une innovation se diffuse, elle doit réussir à séduire la majorité et pas seulement les innovateurs constitués par une partie de la population toujours partante pour adopter une nouvelle technologie ». Ce sont eux, ces innovateurs, qui aujourd’hui regrettent l’arrêt des MiniDisc, et qui continuent à s’échanger conseils et matériels via les réseaux sociaux. Une façon de rendre le disque miniature immortel, comme l’ont fait en 1999 les frères Wachowski dans le premier volet de la saga Matrix.