VIDEO. Japon: Mon guichetier est un robot

JAPON Les robots ont fait leur entrée dans le quotidien des Tokyoïtes, dans un grand magasin et dans une banque…

Mathias Cena

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 L'androïde Aiko Chihira à l'accueil du grand magasin Mitsukoshi, à Tokyo, le 20 avril 2015.
L'androïde Aiko Chihira à l'accueil du grand magasin Mitsukoshi, à Tokyo, le 20 avril 2015. — M.CENA/20 MINUTES

De notre correspondant à Tokyo

Ils ne pourraient pas être plus différents. Aiko Chihira mesure 1,65m, porte un kimono et dans le grand magasin Mitsukoshi, où elle accueille le chaland, on pourrait la confondre avec une employée humaine. Nao, lui, mesure 58 cm. A l’aise dans son armure de métal pour parler aux clients de la banque Tokyo Mitsubishi, il se tient sur deux jambes mais ne tente pas de ressembler à un homme. Ces deux robots de service, plus habitués à être exhibés dans des foires d’exposition, ont fait leur entrée dans la vie quotidienne des Tokyoïtes ces deux dernières semaines.

Aiko et Nao campent de part et d’autre de la «vallée dérangeante» (uncanny valley), théorisée par le japonais Masahiro Mori: d’un côté, un robot dont l’apparence est très lointaine de celle de l’homme. De l’autre, une imitation presque parfaite d’un humain. Toute créature qui se situe entre les deux créé chez nous un malaise, selon la théorie du scientifique.

15 moteurs sous le visage

La présence de ces robots dans deux vénérables établissements de l’économie japonaise peut paraître incongrue, mais elle n’a rien d’un hasard. Affublée d’un kimono d’été, Aiko Chihira semble à l’aise au milieu de la clientèle huppée et âgée du grand magasin Mitsukoshi, fondé en 1673. L’androïde fabriquée par Toshiba a été invitée pour incarner une valeur chère aux commerçants nippons: l’accueil. «L'installer chez Mitsukoshi, qui représente le nec plus ultra de l'hospitalité japonaise, est une excellente occasion de voir quel rôle notre humanoïde pourrait jouer dans un tel environnement», explique Hitoshi Tokuda, un responsable de Toshiba, qui a conçu le robot.

Des robots humanoïdes plus vrais que nature guident les visiteurs d'un musée

L’intégration semble réussie: pendant que la jeune femme (elle dit avoir 32 ans) de métal et de silicone annonce diverses opérations commerciales, mettant en mouvement les 15 moteurs qui articulent son visage, la clientèle se fait prendre en photo avec elle ou passe devant sans remarquer qu’elle n’est pas tout à fait une humaine comme les autres.

Accueil des clients en 19 langues

Au siège feutré de Tokyo Mitsubishi, l’une des principales banques du pays, où Nao est installé depuis la semaine dernière, le robot fabriqué par le Français Aldebaran est encore en phase de test. Installé sur un piédestal à cause de sa petite taille, le robot est flanqué de trois personnes qui veillent sur sa santé mécanique, et assurent l’interface avec les clients intrigués qui tentent d’échanger quelques mots avec la machine.

Contrairement à Aiko, Nao est conçu pour communiquer directement avec la clientèle et lui présenter divers services bancaires. Il comprend des phrases courantes et est programmé pour répondre en 19 langues, une compétence dont la banque espère tirer tous les bénéfices quand les clients étrangers afflueront à l’horizon des Jeux olympiques de Tokyo, qui auront lieu en 2020: «S’il y a des clients qui ne parlent ni japonais ni anglais, Nao pourra faire une première "consultation" avec eux, assure Tadashi Betto, responsable des initiatives technologiques pour la banque. On pourra alors leur ouvrir un compte ou les aider dans leur démarche de façon fluide.» Si l’intrépide androïde manie déjà à merveille les formules de politesse japonaises, on attendra encore un peu pour lui confier ses finances.