Cédric Hutchings (Withings): «Demain, avoir un tableau de bord de sa santé sera une évidence»

INTERVIEW Le cofondateur de la société spécialisée dans les objets connectés dédiés au bien être et à la santé est persuadé que ces nouveaux outils vont bouleverser la relation patient-médecin…

Anaëlle Grondin

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Le tableau de bord de l'application de Withings.
Le tableau de bord de l'application de Withings. — Withings
Traqueur d’activité, balance, tensiomètre… La société française Withings fondée en 2008 s’est spécialisée les objets connectés au service du bien-être de ses utilisateurs. Son prochain bébé? Un capteur textile permettant d’analyser et améliorer la qualité de son sommeil. Il sera lancé dans les prochaines semaines. 20 Minutes a rencontré son cofondateur, Cédric Hutchings, en marge d’une table ronde organisée par Cnil autour du «corps connecté» ce mercredi

Comment expliquez-vous cet attrait pour les objets connectés dédiés au bien-être et à la santé?

On a été nous-mêmes très surpris de ce succès. La première réponse, c’est qu’il y a un impact sur la santé. On a eu énormément de remontées d’utilisateurs qui nous ont expliqué et décrit comment le fait d’avoir un suivi, notamment une courbe de poids, avait changé totalement leur comportement face à la gestion de leur poids. On peut influer positivement pas à pas sur sa santé. Aujourd’hui, la première réponse qu’on obtient quand on demande à quelqu’un qui prend soin de sa santé, c’est «mon docteur». Demain, avec ces outils, on répondra «je prends soin de ma santé», évidemment avec l’aide de son docteur. La relation patient-docteur va changer.  Demain, avoir un tableau de bord de sa santé ce sera une évidence.

Est-ce que vous comprenez que des gens puissent être inquiets à l’idée de livrer des informations aussi sensibles sans savoir où elles vont?

Evidemment, on ne peut que le comprendre et le constater. Ce sont des obstacles qui ont été franchis lorsque les cartes bancaires sont arrivées avec la possibilité d’établir des historiques des comportements des consommateurs. Votre comportement d’utilisateur de téléphone peut aussi être complètement tracé. C’est légitime de craindre cela, mais des garde-fous ont été mis en place. Je pense que les médias ont une responsabilité très importante lorsqu’ils décrivent les innovations et nouveaux usages, et focalisent sur les craintes qu’il peut y avoir de voir ses données mal utilisées. Mais si vos données sont mal utilisées, le premier à en subir les conséquences serait Withings…  

Sans parler de «mauvaise utilisation» des données, les cyberattaques et le vol de données peuvent inquiéter. Surtout lorsque l’on sait que des entreprises comme Orange ou eBay n’y sont pas à l’abri

Personne ne peut prétendre à une sécurité absolue des données. Ce serait une grande prétention de considérer qu’on est à l’abri. Mais à la fois il y a des standards et des techniques de sécurisation, de chiffrement, d’anonymisation. 

Notre rythme cardiaque, notre tension, notre poids… Toutes ces données recueillies sur l’application de Withings, sont-elles anonymisées?

Il y a deux chemins de la donnée. Celui qui va de l’instrument de mesure [capteur, balance connectée…] vers votre application. Là, elles ne sont pas anonymisées puisqu’il faut garantir qu’il s’agisse de la mesure de vous montant sur le pèse-personne pour la retrouver sur votre courbe de poids sur le téléphone. Ce chemin là est parfaitement nominatif, mais les données sont chiffrées et ne circulent pas en clair sur le réseau. S’il y a des agrégations de données à des fins d’analyse et d’amélioration de service, là ces données sont déconnectées de leur aspect nominatif.

Withings utilise-t-il les données de ses utilisateurs à des fins d’analyses?

Tout à fait. Aux Etats-Unis, on travaille sur des études avec des grandes universités. Par exemple pour la constitution de panels de données qui vont permettre de distinguer des occurrences de taux d’obésité dans certaines régions qui peuvent être liés à certains types de régimes alimentaires ou de comportements.

Vous affirmez que partager des données de santé pouvait sauver des vies…

Le meilleur exemple c’est le Mediator. Il y a une nécessité de partager ses données pour faire avancer le savoir scientifique et médical. Le fait de partager à grande échelle des données (qui sont anonymes) et de pouvoir avoir des bases de données auxquelles des professionnels des laboratoires de recherche pourront accéder demain, ça permettra de sauver des vies. Ils pourront trouver des corrélations qui ne sont pas considérées aujourd’hui.  

Tous ces objets ne vont-ils pas exercer à terme une certaine pression sur l’individu? Ils peuvent inciter à un perfectionnisme extrême, à vouloir être dans la «norme» présentée par les applications…

Il y a des normes sociétales, il y a des images dans les magazines, etc. Le fait d’avoir des instruments de mesure n’impose pas une norme différente de celle qui est présentée à la télé.