La flotte de drones d'Amazon n'est pas près de voler

HIGH-TECH La technologie et les réglementations ne sont pas encore à la page...

Philippe Berry
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Amazon espère que ses drones auront le droit de voler d'ici 2015.
Amazon espère que ses drones auront le droit de voler d'ici 2015. — AMAZON

En dévoilant son programme expérimental de livraison par drone, Prime Air, dimanche soir, Amazon a réussi un triple coup: créer le buzz à la veille du «Cyber Monday», l'une des journées les plus importantes pour le commerce en ligne, détourner l'attention du public des critiques sur les conditions de travail dans ses entrepôts et parfaire son image d'entreprise innovante, face à des géants de la distribution à la peine. Pour le reste, il s'agit avant tout d'un effet d'annonce.

La réglementation n'est pas là

«Nous espérons que la FAA (l'autorité aérienne américaine) adoptera des directives d'ici 2015», écrit Amazon sur son site officiel. Dans l'émission 60 Minutes, dimanche, son patron, Jeff Bezos, était plus prudent, misant sur un délai de cinq ans. Dans la pratique, la FAA examine le problème depuis 2009 et ne semble pas prête à prendre une décision. La date de 2015 a été fixée par le Congrès mais l'agence a déjà pris du retard. Certains points pourraient toujours rester dans une zone grise jusqu'en 2026. Pour l'instant, faire voler un drone sans pilote est illégal, et plusieurs amendes ont déjà été distribuées. Dans le plan à cinq ans récemment dévoilé, la FAA ne mentionne que les engins «restant à distance visuelle du pilote». En clair, on parle plutôt ici de jouet pour amateurs, ou de drones utilisés par des fermiers ou la RATP sur site, pas d'octoptères volant dans un rayon de 30 kilomètres autour des entrepôts d'Amazon. Même si la législation française a pris de l'avance, l'entreprise a toujours privilégiée une approche «USA d'abord» pour ses nouveaux produits et services.

La technologie n'est pas au point

Faire voler un drone au dessus du désert afghan, c'est une chose. Dans une jungle urbaine, entre des avions commerciaux, des immeubles et des câbles électriques, c'est plus compliqué. Entre 2007 et 2012, l'armée américaine a recensé plus de 200 incidents: GPS qui perd le contact, problème de moteur, explosion ou crash, les risques sont nombreux. «Ils sont trop petits pour apparaître sur un radar. Quand un drone percutera le réacteur d'un avion de ligne, tout le monde y prêtera attention», explique sur la chaîne ABC le pilote retraité Tom Jeffries. Même en supposant que la précision du GPS progresse pour viser le paillasson et que des capteurs embarqués permettent d'éviter minou, le drone devra encore affronter d'éventuels voleurs voire des hackers. Selon John Hansman, professeur d’aéronautique au MIT, ces challenges, comme ceux de la voiture autonome, ne sont toutefois «pas insurmontables».

Ce n'est économiquement pas intéressant

Opérer un drone de surveillance autonome coûte entre 2.000 et 3.000 euros de l'heure à l'armée US. A l'autre extrême, la startup Matternet a acheminé un paquet de 2 kilos à Haïti et chiffre le coût à moins d'un euro pour un trajet de 10 km. Amazon se situerait sans doute entre les deux et une livraison express en moins de 30 minutes coûterait entre 100 et 200 euros au consommateur, selon plusieurs experts. Avec le modèle dévoilé (un drone pour un paquet), le système ne profite pas d'économie d'échelle alors qu'un camion embarque, lui, plus de 100 colis. Aujourd'hui, Amazon ne compte qu'environ 60 centres d'acheminement dans le monde, dont seulement quatre en France. Dans un rayon de 30 km, le géant du commerce en ligne ne touche pour l'instant pas grand monde. Les coursiers et les camionneurs ne sont pas encore au chômage.

>> Un drone d'Amazon en vidéo