Mars: «Curiosity a eu besoin de 5 millions de lignes de code pour atterrir»

INTERVIEW «20 Minutes» a rencontré l'ingénieur de la Nasa Benjamin Cichy, qui a conçu «le cerveau» du rover Curiosity, actuellement en mission d'exploration sur la planète Mars...

Propos recueillis par Anaëlle Grondin

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Auto-portrait du robot Curiosity, sur Mars depuis le 6 août 2012.
Auto-portrait du robot Curiosity, sur Mars depuis le 6 août 2012. — Mandatory Credit: Photo by NASA/JPL-Caltech/MSSS / Rex Features

Le périple de Curiosity sur Mars est avant tout un incroyable défi informatique pour les ingénieurs de la Nasa. Benjamin Cichy, présent à la conférence tech LeWeb qui réunit à Paris la Silicon Valley et les start-up les plus prometteuses, le confirme à 20 Minutes. L'Américain de 35 ans, diplomé en informatique et en ingénierie spatiale, a travaillé sur le précédent rover envoyé sur Mars, Phoenix, qui avait décelé la présence d'eau gelée à la surface de la planète en 2008. Il a également conçu le logiciel embarqué par Curiosity qui doit lui permettre de mener à bien sa mission.

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Combien de temps vous a-t-il fallu pour mettre au point l'environnement informatique embarqué dans Curiosity?

Pour le système de Curiosity, nous avons dû concevoir un logiciel et des outils informatiques. Avec mon équipe, j'ai commencé à travailler sur ce logiciel (VxWorks) il y a huit ans. C'est le cerveau du rover. Il contrôlait la navette pendant son périple vers Mars, pour la garder à la température adéquate et faire en sorte que le voyage se passe sans encombre. Le logiciel contrôlait également toute la partie atterrissage. Il a fallu 5 millions de lignes de code pour apprendre à Curiosity comment atterrir sur Mars avec un pourcentage de réussite de 33%. Une fois sur place, notre logiciel, qui peut être mis à jour depuis Pasadena en Californie, permet au rover de mener des investigations et de se déplacer partout sur la planète.

C'est le logiciel le plus complexe conçu par la Nasa pour une mission?

Ce rover est le plus compliqué que nous ayons construit pour explorer une planète. Nous avons découvert par le passé qu'il y avait de l'eau sur Mars. L'idée maintenant, c'est de pouvoir la palper avec Curiosity. Et puis nous avons aussi réalisé que ce n'était pas suffisant pour savoir s'il y a eu de la vie ou non sur Mars. Nous devons répondre à des questions fondamentales: par exemple, y a-t-il des molécules organiques? Pour cela, nous avons besoin de matériel scientifique très sensible et précis. Nous avions donc besoin d'un rover ultra-sophistiqué. On se rappelle de toutes les fois où la planète nous a surpris. Il y a tellement de choses que l'on ignore encore.

Quel a été le plus gros défi lors de la conception du «cerveau de Curiosity»?

Il fallait absolument que le rover puisse continuer à fonctionner même après une panne. On ne voulait pas seulement envoyer Curiosity sur Mars. Il doit pouvoir y rester le temps nécessaire. Il a fallu faire en sorte que l'ordinateur de Curiosity ne meurt pas en même temps qu'un composant électronique. Le plus compliqué a donc été de concevoir un logiciel qui puisse gérer les composants, le «hardware». Je croise les doigts, pour le moment tout se passe à merveille.

La Nasa pense-t-elle déjà à la prochaine mission?

Oui, on y réfléchit. Je travaille déjà sur le prochain rover qui verra certainement le jour dans deux ans. Ce sont des choses qui prennent du temps à se mettre en place et il ne faut rater aucune opportunité.

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