Alimentation, cosmétique, santé… Mais quand le marché de l’algue va-t-il enfin décoller en France ?
TRÉSORS DE LA MER•Alors qu’on promet chaque année son décollage, le marché des algues reste encore confidentiel en France. Dans l’alimentation, la cosmétique ou la construction, les débouchés pour cette ressource naturelle sont pourtant nombreuxJérôme Gicquel
L'essentiel
- Souvent annoncé comme le nouvel or vert, le marché des algues peine à décoller en France.
- Dans l’alimentation, la cosmétique ou la construction, les débouchés pour cette ressource naturelle sont pourtant nombreux.
- Le premier salon national de l’algue se tient ces dimanche et lundi à Rennes.
Alginates, carraghénanes, agar-agar… Sans même le savoir, nous consommons tous les jours ou presque des algues sous forme d’additifs utilisés par l’industrie agroalimentaire. Mais à la différence des pays asiatiques qui en ont fait un aliment du quotidien depuis des millénaires, ces légumes de la mer se font bien discrets dans nos assiettes. « Ce n’est pas dans nos habitudes alimentaires comme le pain ou la salade, cela reste un marché de niche », confirme Frédéric Faure. Présent depuis de nombreuses années dans le business, le cofondateur de l’entreprise Algaia, qui produit et commercialise des extraits d’algues pour l’alimentation, la cosmétique ou l’industrie pharmaceutique, sait pourtant que ces végétaux marins présents sur nos côtes constituent un trésor naturel.
Bourrées de vitamines et de minéraux, la dulse, la laitue de mer, la nori ou encore le wakamé ont tout du superaliment. « Il y a des saveurs, des textures, des couleurs qui sont intéressantes à travailler », souligne Hugo Morel, auteur du livre de cuisine Vive les algues !. Il met toutefois en garde : « Sur le papier, cela a tout d’une alimentation saine et équilibrée, mais on ne va pas non plus en manger 100 grammes par jour, indique le responsable culinaire de la marque Bord à Bord. Il faut en consommer dans des proportions raisonnables en essayant d’en intégrer dans tous les plats du quotidien. »
La France deuxième pays producteur d’Europe
Déjà présentes dans les cosmétiques et les médicaments, les algues peuvent aussi trouver des débouchés dans l’agriculture, utilisées comme bio stimulants à la place des produits chimiques, ou dans la construction comme biomatériaux. Autant de promesses d’un or vert que l’on martèle depuis de nombreuses années mais qui restent encore largement inexplorées. « On parle chaque année du boom à venir mais pour l’instant, cela reste un marché encore modeste », précise Frédéric Faure, aujourd’hui à la tête de la société de conseil Algility, spécialisée là encore dans les algues.
Réunis ces dimanche et lundi à Rennes pour le premier salon national de l’algue, tous les acteurs de la filière veulent croire que l’essor est pour bientôt. La France, qui possède le deuxième espace maritime mondial, ne part pas de rien. Avec environ 90.000 tonnes produites chaque année, dont 90 % en Bretagne, elle est le deuxième pays producteur d’algues européen derrière la Norvège. Mais face à une demande croissante, elle reste encore très dépendante des importations, principalement d’Asie.
Enfin une feuille de route pour la filière
En cette Année de la mer, le gouvernement entend donc mieux exploiter ce potentiel. « Les algues sont une richesse précieuse et un levier indéniable de souveraineté pour notre pays », indiquait en février Agnès Pannier-Runacher. L’ancienne ministre de la Transition écologique, de la Mer et de la Pêche présentait alors la feuille de route pour développer la filière. Avec des ambitions fortes : tripler la production d’algues cultivées pour atteindre 1.000 tonnes en 2027.
Notre dossier sur les alguesCar pour l’heure, la quasi-totalité de la production provient de la récolte d’algues sauvages. Et comme toute ressource naturelle, elle n’est pas illimitée. Attendue de longue date par les professionnels, la feuille de route du gouvernement doit donc permettre le développement de l’algoculture, une filière encore naissante et peu structurée. Mais attention à ne prendre grandir trop vite et à ne pas refaire « les mêmes erreurs que l’agriculture », prévient Hugo Morel.
« Les algues vertes nuisent à notre image »
Cause principale de la prolifération des algues vertes en Bretagne, l’agriculture intensive n’a d’ailleurs pas vraiment aidé au décollage de la filière. « A chaque fois on nous parle des algues vertes, cela nuit clairement à notre image », reconnaît l’ancien chef cuisinier. « Il y a tout un travail à mener pour expliquer les causes de ces algues vertes, confirme Frédéric Faure. Les algues peuvent d’ailleurs être une solution à ce problème car utilisées comme engrais naturels, elles peuvent permettre aux agriculteurs de changer leurs pratiques en réduisant l’usage des intrants chimiques. »
Les bases du développement de la filière sont en tout cas posées. « On doit maintenant se structurer pour continuer d’innover et susciter l’intérêt des investisseurs, des grands acteurs économiques et du grand public », indique son porte-parole, qui pense que le décollage du marché passera d’abord par les biomatériaux ou les engrais plutôt que par l’alimentation. « Il y a une vraie envie des gens de consommer des algues mais il faudra au moins une, voire deux générations, pour que cela rentre dans nos habitudes alimentaires », prévient-il. Alors, prêts à remplacer la laitue par la laitue de mer ? Et le poulet grillé par le wakamé ?



















