Le Monde des animaux
Sur la neige, une silhouette blanche file entre deux touffes d’herbe. Seul le bout noir de sa queue tranche avec le décor. En été, cette même hermine (Mustela erminea) portait un dos brun et un ventre clair. Son changement de tenue lui permet de se fondre dans un paysage transformé par l’hiver.
Se cacher dans la neige
Chasseuse de petits rongeurs, l’hermine peut aussi devenir la proie de prédateurs. Le blanc réduit son contraste avec la neige et la rend moins repérable. Pour tester l’efficacité de ce camouflage, des chercheurs ont placé des silhouettes en tissu blanc ou brun dans le nord de la Suède, sur des terrains enneigés ou sans neige. Des appareils à déclenchement automatique filmaient les prédateurs qui s’en approchaient.
Les résultats, publiés en 2024 dans le Journal of Experimental Zoology Part A, montrent que les prédateurs s’approchaient plus souvent des leurres dont la couleur contrastait avec le sol. Sur la neige, les silhouettes brunes attiraient ainsi davantage leur attention que les blanches. Sur un sol enneigé, le pelage blanc permet donc à l’hermine d’être moins repérable par ses prédateurs.
Une mue réglée par la lumière
Les poils bruns ne se décolorent pas : ils tombent et sont remplacés par des poils blancs, dépourvus de mélanine, le pigment du pelage. La pointe de la queue, elle, reste noire. Au printemps, une nouvelle mue remplace les poils blancs par des poils bruns.
Le principal signal est le raccourcissement des jours. L’organisme traduit cette information lumineuse en messages hormonaux, impliquant la mélatonine et la prolactine, qui règlent le renouvellement du pelage. Ce calendrier permet d’anticiper l’hiver sans attendre les premières neiges. La température peut ensuite modifier la vitesse de la mue.
Toutes les hermines ne blanchissent pas
Toutes les hermines ne deviennent pas entièrement blanches en hiver : certaines gardent des zones brunes. Une étude menée aux Pays-Bas sur des spécimens conservés dans des musées a montré que les individus entièrement blancs étaient plus fréquents dans les régions froides que dans les régions plus douces. La durée du jour donne donc le signal de la mue, mais les conditions locales contribuent à déterminer jusqu’où le pelage blanchit.
Avec le réchauffement climatique, la neige peut arriver plus tard ou fondre plus tôt, tandis que la durée du jour reste identique d’une année à l’autre. L’hermine peut alors porter son pelage blanc sur un sol sans neige. Plus visible, elle risque davantage d’être repérée par ses prédateurs : la tenue qui la dissimulait devient un désavantage.
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