Le Monde des animaux
Une nuée s’étire, se replie, puis vire brusquement au-dessus des arbres. Au crépuscule, les étourneaux sansonnets dessinent ces formes mouvantes, appelées « murmurations », avant de se poser pour la nuit. Vus du sol, ils semblent serrés les uns contre les autres. Comment évitent-ils le carambolage ?
Se retrouver avant la nuit
Ces vols collectifs précèdent l’installation au dortoir, dans des arbres ou des roselières. Les oiseaux peuvent s’y rassembler par milliers en automne et en hiver.
Voler en groupe peut aussi les protéger des rapaces : un étourneau isolé constitue une cible plus facile qu’un oiseau au milieu de centaines de congénères. Une enquête publiée dans PLOS ONE en 2017, portant sur plus de 3 000 observations, a relevé des nuées plus grandes et des vols plus longs en présence de rapaces. Ces résultats appuient l’hypothèse d’une protection contre les prédateurs : au milieu d’une multitude d’oiseaux en mouvement, un rapace peut avoir davantage de difficulté à suivre une proie précise.
Garder ses distances et suivre ses voisins
Pour comprendre leur organisation, des chercheurs ont photographié des nuées d’étourneaux à Rome depuis plusieurs points de vue, puis reconstitué la position de chaque oiseau en trois dimensions. Leurs résultats, publiés dans Animal Behaviour en 2008, montrent que les oiseaux maintiennent entre eux une distance minimale d’environ 40 cm, comparable à leur envergure. Malgré l’impression de foule donnée depuis le sol, ils préservent ainsi un espace suffisant pour battre des ailes sans toucher leurs voisins.
Pour rester dans le groupe, chaque étourneau ajuste ses mouvements à ceux d’un petit nombre de voisins. Une analyse publiée dans PNAS en 2008 indique qu’il interagit en moyenne avec les six à sept oiseaux les plus proches. Lorsque la nuée s’étire, ces voisins s’éloignent, mais continuent d’influencer sa trajectoire. À l’inverse, quand elle se resserre, il ne se met pas à suivre davantage d’oiseaux. Cette organisation permet au groupe de rester uni malgré les variations d’espacement entre ses membres.
Un virage transmis de proche en proche
Lorsqu’un petit groupe change de direction, ses voisins réagissent, puis les leurs. En suivant les trajectoires individuelles, une étude publiée dans Nature Physics en 2014 a mesuré la vitesse de cette propagation : un virage peut gagner un groupe de 400 oiseaux en un peu plus d’une demi-seconde.
Les étourneaux ne tournent donc pas exactement au même instant : leurs réactions se succèdent si vite que nous percevons un mouvement presque simultané. Cette transmission rapide permet au groupe de changer de cap sans se disloquer. L’impressionnante chorégraphie naît ainsi de l’attention que chaque oiseau porte à ceux qui l’entourent.
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