Le Monde des animaux
Le soir tombe et le rouge-gorge disparaît du jardin. Il peut pourtant passer la nuit tout près, dissimulé dans la végétation. Tous les oiseaux ne rejoignent pas un trou d’arbre : des branches entourées de feuillage constituent aussi des refuges nocturnes.
En Angleterre, dix merles noirs, accenteurs mouchets, mésanges charbonnières et rouges-gorges ont été équipés de petits émetteurs entre janvier et mars 2022. Le suivi, publié dans Bird Study en 2023, a notamment localisé des merles dans des ronces et des arbres couverts de lierre, et les deux rouges-gorges surtout dans des lauriers. Même les mésanges suivies dormaient dans la végétation. Une haie ou un arbre couvert de lierre peut ainsi servir de refuge nocturne aux oiseaux que l’on observe dans la journée.
Un trou d’arbre protège surtout du vent
Les mésanges peuvent également dormir dans une cavité ou un nichoir. Dans ces abris, la température peut être un peu plus élevée qu’à l’extérieur. Mais les parois protègent aussi les oiseaux du vent, ce qui leur permet de perdre moins de chaleur et de dépenser moins d’énergie pour rester au chaud.
Pour évaluer le bénéfice de ces abris, une étude publiée dans The Condor en 1999 s’est intéressée à deux espèces nord-américaines : la mésange de Gambel et la mésange des genévriers. Les mesures des conditions à l’intérieur et à l’extérieur des cavités, associées aux besoins énergétiques des oiseaux, ont permis d’estimer l’énergie nécessaire pour y passer la nuit. En hiver, dormir dans une cavité réduisait cette dépense de 25 à 38 % par rapport à un emplacement exposé. À l’abri du vent, les oiseaux avaient donc besoin de produire moins de chaleur pour maintenir leur température corporelle. Leurs réserves pouvaient ainsi durer plus longtemps, un avantage précieux pendant les longues nuits d’hiver où ils ne se nourrissent pas.
Dormir en dépensant moins
Même à couvert, maintenir son corps chaud coûte de l’énergie. Certaines espèces abaissent donc leur température corporelle pendant la nuit : cette hypothermie contrôlée réduit leurs dépenses.
Chez la mésange bleue, une expérience publiée dans Oecologia en 2011 a consisté à réchauffer l’abri tout en mesurant la température corporelle des oiseaux. Par temps froid, leur température interne baissait moins lorsque leur refuge était chauffé : ils perdaient moins de chaleur et pouvaient donc rester plus chauds sans dépenser autant d’énergie. Les mésanges possédant davantage de graisse maintenaient également une température plus élevée, car elles disposaient de réserves plus importantes. Laisser sa température corporelle baisser pendant le sommeil réduit l’énergie dépensée pour la maintenir élevée toute la nuit, même s’il faut ensuite se réchauffer au réveil.
Pour les oiseaux qui passent l’hiver près de nous, une haie dense ou un arbre creux représente donc bien plus qu’une cachette, c’est un abri précieux pour économiser leurs réserves jusqu’au retour du jour.
Cet article vous a plu ? Prolongez l’expérience avec le magazine "Le Monde des Animaux" en kiosque ou en ligne, en version papier et numérique, avec des offres d’abonnement adaptées à tous les passionnés de nature.
À travers des récits immersifs et des photographies spectaculaires, le magazine vous emmène au plus près de la faune et de la flore sauvages, aux quatre coins du monde.