Le Monde des animaux
Dans l’obscurité, une petite chauve-souris s’approche d’une vache au repos. Elle peut parcourir les derniers mètres au sol avant de pratiquer une petite incision dans sa peau. Cette scène n’a rien d’un film d’Halloween : le vampire commun se nourrit bien de sang, mais sa technique est plus subtile que celle de Dracula.
Trois espèces au menu sanglant
Il existe trois espèces actuelles de chauves-souris vampires : le vampire commun, le vampire à pattes velues et le vampire à ailes blanches. Toutes vivent sur le continent américain : aucune ne peuple naturellement la France métropolitaine. Leur alimentation est exclusivement composée de sang, un régime appelé hématophagie.
Le vampire commun se nourrit surtout sur des mammifères, notamment le bétail. Les humains ne sont pas ses principales cibles, mais des morsures sont documentées, notamment dans certaines communautés rurales d’Amazonie, où il peut prélever du sang sur des personnes endormies.
Le principal danger est la transmission de la rage : si la chauve-souris est infectée, sa salive peut transmettre le virus lors de la morsure. Une fois les symptômes apparus, cette maladie est presque toujours mortelle. Toute morsure doit donc être lavée immédiatement à l’eau et au savon pendant au moins quinze minutes, puis faire l’objet d’une consultation médicale urgente pour recevoir un traitement préventif adapté. Ce risque lié aux vampires concerne toutefois leur aire de répartition américaine, pas la France métropolitaine.
Un museau sensible à la chaleur
Le vampire commun est particulièrement agile au sol : il peut marcher et même courir. Une étude publiée dans Nature en 2005 l’a montré en filmant des individus sur un tapis roulant. Pour se propulser, ils utilisent surtout leurs membres antérieurs, transformés en ailes. Cette mobilité leur permet notamment d’approcher un animal par terre.
À courte distance, des structures sensorielles situées autour des narines détectent la chaleur émise par la peau. Elles aident à repérer les zones où le sang circule près de la surface. Le vampire entaille ensuite la peau avec ses incisives, puis lèche le sang qui s’écoule. Sa salive contient des substances anticoagulantes qui maintiennent le sang fluide pendant qu’il se nourrit.
Des vampires qui partagent leur repas
Chez le vampire commun, le repas peut se partager. Un individu bien nourri peut régurgiter une partie de son repas pour un compagnon qui n’a pas réussi à s’alimenter. Ce partage peut concerner des adultes sans lien de parenté.
Pour comprendre comment ces liens se construisent, des chercheurs ont suivi pendant quinze mois des vampires communs en captivité qui ne se connaissaient pas auparavant. Leur étude, publiée dans Current Biology en 2020, montre que de nouveaux partenaires commencent par se toiletter mutuellement, puis intensifient ces échanges avant de partager leur nourriture. Le don de sang représente un investissement plus coûteux puisque celui qui régurgite cède une partie de son propre repas. Ces chauves-souris semblent ainsi développer progressivement leurs relations d’entraide, plutôt que de donner indifféremment au premier venu.
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