Fostine Carracillo pour 20 Minutes
L'essentiel
- Votre employeur peut vous appeler ou vous écrire pendant un arrêt maladie, à condition de respecter certaines limites.
- Il ne peut pas vous demander de travailler, mais peut vous solliciter ponctuellement pour une information indispensable.
- En cas d’appels insistants ou de pressions répétées, plusieurs recours existent pour faire respecter vos droits.
Un appel du responsable, un SMS pour obtenir une information ou un mail concernant un dossier urgent… Même pendant un arrêt maladie, les sollicitations professionnelles ne disparaissent pas toujours. Mais lorsqu’un médecin vous a prescrit du repos, êtes-vous vraiment tenu de répondre à votre employeur ? Si la loi protège les salariés contre les demandes de travail, elle n’interdit pas tous les échanges avec l’entreprise. Encore faut-il savoir où se situe la limite et quels sont vos droits pendant cette période.
Arrêt maladie : votre employeur a-t-il le droit de vous contacter ?
Contrairement à une idée répandue, recevoir un appel ou un message professionnel pendant un arrêt maladie n’est pas nécessairement contraire à la loi. Votre employeur peut prendre de vos nouvelles, vous transmettre une information administrative ou vous contacter pour préparer votre retour. Il peut aussi avoir besoin d’échanger avec vous sur un sujet précis concernant l’organisation du service. L’essentiel est que ces prises de contact restent raisonnables, ponctuelles et respectueuses de votre état de santé.
Pendant un arrêt maladie, votre contrat de travail est suspendu. Concrètement, vous êtes dispensé d’effectuer vos missions habituelles et n’avez pas à rester disponible comme lors d’une journée de travail. Votre absence doit avant tout vous permettre de vous soigner et de récupérer. Un simple contact est donc possible, mais il ne doit pas se transformer en sollicitation professionnelle permanente, même lorsque l’entreprise rencontre des difficultés pour fonctionner sans vous.
Ce que votre employeur ne peut pas vous demander pendant un arrêt maladie
La distinction est importante : votre responsable peut vous écrire, mais il ne peut pas vous demander de continuer à travailler. Répondre aux clients, terminer un dossier, participer à une visioconférence ou traiter quelques mails urgents ne fait pas partie de vos obligations. Et ce, même si la tâche ne prend que quelques minutes ou peut être effectuée depuis votre domicile. L’arrêt maladie ne constitue pas une période de télétravail pendant laquelle vous resteriez disponible en cas de besoin.
Les appels répétés peuvent également poser problème lorsqu’ils deviennent insistants ou s’accompagnent de pressions. Votre employeur ne peut pas vous culpabiliser pour votre absence, vous reprocher de désorganiser le service ou vous pousser à reprendre avant la fin de votre arrêt. Selon leur nature et leur répétition, ces comportements peuvent engager sa responsabilité. Un message occasionnel pour régler une question administrative n’a donc rien à voir avec des sollicitations quotidiennes destinées à vous faire avancer sur vos dossiers.
Dans quels cas pouvez-vous être obligé de répondre ?
Certaines situations justifient néanmoins un contact exceptionnel. Si vous êtes la seule personne à détenir des informations indispensables au fonctionnement de l’entreprise, votre employeur peut vous demander de les communiquer. Il peut notamment s’agir de codes informatiques, d’un document nécessaire à la continuité de l’activité ou de matériel professionnel à restituer. La demande doit toutefois rester limitée à ce qui est strictement nécessaire et ne pas vous conduire à effectuer une véritable prestation de travail.
Cette possibilité a été confirmée par plusieurs décisions de justice. En octobre 2025, la cour d’appel de Paris a notamment examiné le cas d’un directeur technique en arrêt maladie qui refusait de transmettre des codes informatiques indispensables à son entreprise. Les juges ont considéré que ce refus n’était pas légitime dans les circonstances de l’affaire. Cette décision rappelle que la suspension du contrat de travail ne fait pas disparaître toutes les obligations du salarié, notamment celle de loyauté envers son employeur.
Faut-il répondre aux appels et aux mails de son employeur ?
En principe, vous n’êtes pas tenu de décrocher systématiquement ni de consulter votre messagerie professionnelle pendant votre absence. Si votre responsable vous sollicite pour travailler, vous pouvez lui rappeler que votre arrêt vous dispense de toute activité professionnelle. Rien ne vous oblige non plus à garder votre ordinateur allumé ou à surveiller vos notifications. En revanche, une demande d’information véritablement indispensable mérite une attention particulière, notamment si vous êtes la seule personne en mesure d’y répondre.
Votre employeur peut aussi vous interroger sur la durée prévisible de votre absence, notamment pour organiser le service ou anticiper votre remplacement. Il ne peut toutefois pas exiger de connaître votre diagnostic, vos symptômes ou votre traitement. Ces informations relèvent du secret médical et n’ont pas à être communiquées à l’entreprise. Vous pouvez donc parfaitement rester discret sur les raisons de votre arrêt, sans avoir à vous justifier davantage sur votre état de santé.
Un contact reste possible pour préparer votre retour au travail
Lorsqu’un arrêt maladie dépasse 30 jours, un rendez-vous de liaison peut être organisé à l’initiative du salarié ou de l’employeur. Son objectif est d’anticiper les conditions de reprise et d’informer le salarié sur les dispositifs susceptibles de faciliter son retour. Il peut notamment être question d’un aménagement du poste, d’une adaptation des horaires ou des mesures permettant d’éviter une désinsertion professionnelle après une longue absence.
Ce rendez-vous peut se dérouler à distance ou en présentiel, avec la participation du service de prévention et de santé au travail. Il ne constitue cependant pas une obligation pour le salarié, qui peut le refuser sans être sanctionné. Il ne doit pas non plus servir à lui demander de reprendre prématurément ses fonctions. L’idée est avant tout de préparer le retour dans de bonnes conditions, en tenant compte de la situation de la personne concernée.
Que faire si votre employeur vous sollicite trop souvent ?
Si les appels ou les messages professionnels deviennent envahissants, mieux vaut commencer par rappeler calmement à votre employeur que votre contrat est suspendu. Vous pouvez lui demander de limiter ses sollicitations aux informations strictement nécessaires et de reporter les questions professionnelles à votre retour. Conserver les mails, SMS et traces des appels peut également être utile si la situation se dégrade. Ces éléments permettront notamment de montrer la fréquence des contacts et la nature des demandes formulées.
En cas de pressions persistantes, les représentants du personnel, notamment les membres du comité social et économique (CSE), peuvent vous accompagner. Il est aussi possible de solliciter l’inspection du travail ou un avocat spécialisé en droit social. Selon les circonstances, le conseil de prud’hommes peut être saisi pour demander réparation d’un éventuel préjudice. Si l’employeur conserve la possibilité de vous contacter ponctuellement, une règle demeure : votre arrêt maladie doit vous permettre de vous soigner, sans avoir à poursuivre votre activité professionnelle à distance.