Le Monde des animaux
Une feuille grignotée
Sous la haie, une feuille brune se troue, s’amincit, puis ne laisse qu’un réseau de nervures. Parmi ses consommateurs, les cloportes : ces crustacés terrestres grignotent les tissus morts et rejettent ce qu’ils n’ont pas assimilé sous forme de crottes.
Mais le repas se prépare aussi à une autre échelle. Des champignons et des bactéries décomposent la matière végétale grâce à des enzymes, qui découpent ses grosses molécules en molécules plus petites, assimilables. Les animaux mangent ainsi une feuille déjà colonisée, avec les microbes qu’elle porte.
Le travail des cloportes se poursuit à travers leurs déjections. Broyée et partiellement digérée, la matière végétale devient plus facile à décomposer. Une expérience publiée en 2020 dans Communications Biology, portant sur plusieurs animaux dont des cloportes, l’a montré en comparant leurs déjections aux feuilles dont ils s’étaient nourris. Le bénéfice était particulièrement marqué pour les feuilles qui se dégradaient lentement : leur consommation facilite ensuite le travail des micro-organismes.
Des convives presque invisibles
Entre les débris circulent des collemboles, minuscules animaux à six pattes. Leur menu varie selon les espèces : débris végétaux, bactéries ou filaments de champignons. Certains consomment donc directement la feuille morte ; d’autres se nourrissent des micro-organismes qui la décomposent.
En mangeant les filaments des champignons, les collemboles peuvent modifier la vitesse à laquelle les feuilles se décomposent. S’ils en prélèvent peu, certains champignons produisent davantage de filaments et dégradent plus vite les débris végétaux. S’ils en dévorent trop, ils freinent au contraire leur développement, ce qui peut ralentir la décomposition des feuilles.
La feuille passe sous terre
Une partie du repas quitte aussi la surface. La nuit, le lombric commun sort l’avant de son corps de sa galerie et saisit des feuilles mortes avec sa bouche. Il recule ensuite pour les tirer vers l’entrée, où elles peuvent rester en partie enfoncées avant d’être consommées. Ce transport fait passer des débris végétaux de la surface vers le sol. D’autres vers, appelés épigés, vivent parmi les feuilles mortes : ils se nourrissent des débris en décomposition sur place et les transforment en déjections. Les uns enfouissent donc la matière végétale, tandis que les autres participent à sa dégradation en surface.
À mesure qu’ils décomposent la feuille, les champignons et les bactéries utilisent sa matière pour grandir et obtenir de l’énergie. Ce faisant, ils rejettent une partie du carbone qu’elle contenait sous forme de CO₂ : c’est leur respiration. Une autre partie du carbone reste dans le sol, au sein de la matière organique. La décomposition libère aussi des éléments minéraux que les racines peuvent absorber. Les éléments nutritifs contenus dans les feuilles mortes peuvent ainsi être réutilisés par les plantes du jardin.
Cet article vous a plu ? Prolongez l’expérience avec le magazine "Le Monde des Animaux" en kiosque ou en ligne, en version papier et numérique, avec des offres d’abonnement adaptées à tous les passionnés de nature.
À travers des récits immersifs et des photographies spectaculaires, le magazine vous emmène au plus près de la faune et de la flore sauvages, aux quatre coins du monde.
